On ne va jamais chez le médecin (ou chez l’homéopathe) par hasard.

Un jour j’ai décidé de prendre au sérieux toute personne se présentant à mes consultations, sans préjuger de la légitimité de sa décision de recourir à mes services. Même quand cette personne, selon les règles putatives de la médecine, n’a « rien », ou « rien de grave » comme on dit. Elle a forcément quelque chose qui ne va, cette personne, puisqu’elle a fait la démarche de venir consulter. 

Plein de gens consultent pour raisons de maladies. Mais plein d’autres aussi consultent pour raisons d’inquiétudes.  Gavés de tant de mises en garde sur ce qu’ils mangent, respirent, touchent, les gens finissent par s’inquiéter au moindre pet, au plus petit spasme, à la boite de conserve qui leur semble louche, au sandwich indigeste.  De plus, ils ont entendu parler du monsieur qui est allé voir trop tard le médecin, et est mort en 48 heures, parce qu’il n’avait pas porté attention à quelques petits symptômes. Du fils du copain du voisin, qui a rompu un anévrisme après avoir juste dit qu’il avait mal au crâne. Sans oublier le neveu qui a tourné une appendicite en péritonite parce qu’on ne prenait pas ses douleurs au sérieux.

Du coup, ce qui caractérise le plus notre époque et nos patients, c’est le sérieux avec lequel ils considèrent leurs symptômes. Tout symptôme devient potentiellement l’entrée dans une maladie grave, et se doit donc d’être pris en compte comme une alerte à surveiller. Selon le degré d’inquiétude personnelle, la considération du symptôme peut se produire pour de petites ou de grandes douleurs. Toujours est-il que, ne sachant vers qui se tourner pour apaiser les tourments de l’inquiétude, la porte largement ouverte du médecin (ou des urgences) est un endroit  où il se dit que l’on va être rassuré. .

De ce fait, les médecins, nous avons cette impression -qui n’est pas une impression d’ailleurs- celle de voir des gens consulter pour de petits bobos sans guère d’importance. Et cela ne manque pas, souvent, de nous donner une sensation de perte de temps. Voire pour certains médecins, d’agacement. Pourquoi tel patient ressent t’il le besoin de consulter pour une petite plaie, du genre sur laquelle nos mères nous mettaient autrefois un pansement?. Pourquoi des patients qui consultent pour des douleurs, indiquent après interrogatoire, que leurs crises douloureuses durent 5 minutes. 5 minutes durant lesquelles ils paniquent, pensant qu’un mal intérieur est en train de les ronger. Pourquoi la patiente qui a poncé son mur pendant une semaine consulte t’elle pour mal à la main, alors qu’elle sait pertinemment pourquoi elle a mal et pourrait attendre que ça passe en cessant de bricoler.  Pourquoi ces consultations à répétition pour des gaz, qui ne sortent pas, ou qui sortent trop, ou bien pour des douleurs de gorge, du mal au dos, du mal partout, de l’arthrose. Pour tout un tas de troubles que les consultants  voudraient voir disparaître par enchantement et si possible sans prendre de médicament.

2 autres phénomènes qui, me semble t’il, caractérisent aussi beaucoup notre époque et nos patients, c’est que les attentes de diagnostic sont grandissantes, et surtout c’est que le côté magique du médecin et des solutions que l’on attend n’a pas faibli, bien au contraire. Combien de patients imaginent qu’après quelques secondes d’interrogatoire, on sait déjà leur dire de quoi ils souffrent. Combien de patients imaginent que les traitements devraient les guérir presque immédiatement. Comme il est dur de faire accepter à bon nombre de patients avec des pathologies chroniques que les médicaments soignent (tant qu’on les prend), mais ne guérissent pas. Autrement dit que leur effet cesse si on ne les prend pas.  

C’est cette magie que viennent chercher beaucoup de patients chez les médecins. Et nous, médecins, avons souvent du mal à nous mettre dans le rôle de Merlin l’enchanteur. Nous sommes cartésiens, scientifiques. Les gaz, c’est la vie, même si ça vous gêne. Les douleurs ? Vous ne connaissez pas cette citation : » si vous vous réveillez le matin après 40 ans sans avoir mal quelque part, c’est que vous êtes mort ? » alors, pourquoi se plaindre en pensant que l’on peut tout arranger, diantre, avoir mal ne veut pas obligatoirement dire qu’on a une maladie grave.

Nous savons mal accepter d’endosser le rôle de magiciens. Nous savons mal accepter de voir des gens juste souffrants dans leur corps, dans leur âme, mais finalement en assez bonne santé quoi qu’ils en pensent.

Nombre de ces patients qui incommodent le corps médical, nombre de ces patients que nous ne guérissons pas car ils n’ont pas de maladie, ont l’idée de se tourner vers ce que l’on appelle les médecines alternatives.

J’ai signé la tribune #fakemed destinée à faire tomber l’homéopathie de son piédestal médical. Je suis convaincue de l’absence d’efficacité de l’homéopathie. En revanche, on peut toujours offrir des alternatives sans risque à ceux qui cherchent à améliorer leur bien-être personnel.

L’homéopathie a sa place dans l’arsenal de prise en charge des personnes. Tout comme d’autres fakemed alternatives, elle offre le petit côté magique à tous ceux qui, n’ayant pas de problème de santé, mais des problèmes de symptômes, sont en recherche d’un truc miraculeux pour les calmer.  Pour l’homéopathie, et autres trucs dits alternatifs, une condition : que l’on ne fasse plus croire au gens que c’est de la médecine. C’est juste un remède à  leur inconfort. C’est une culture granulée d’effet placebo,  qui ne fait pas de mal , ne guérit rien, mais témoigne qu’on prend en considération les troubles des consultants.

Je suis bien aise de voir que l’ordre des médecins est d’accord pour dire qu’on ne peut parler de « médecine » homéopathique, puisque les traitements ainsi administrés ne sont pas scientifiquement reconnus. https://www.conseil-national.medecin.fr/node/2836 

En revanche, ces alternatives ont malgré tout une place dans l’arsenal offert aux personnes qui se plaignent de maux divers nosologiquement intégrables dans ce que l’on nomme pudiquement inconfort, dysconfort, troubles fonctionnels, voire déprime. Car, en consultant souvent trop et pour des raisons qui nous semblent usurpées, les gens viennent en fait à la recherche non pas seulement de soulagement, mais de rassurance. Les médecins, cartésiens, ont  du mal à rassurer leurs patients. D’autant plus de mal qu’ils cachent toujours la crainte de se tromper en rassurant, et le patient le sent.

Alors, que finalement, s’il n’a vraiment rien, il est possible de rassurer un patient par magie. Certes, il y a l’écoute, et les paroles qui rassurent. Mais le côté miracle, le coup de la baguette magique manque encore. Quelques petits granules homéopathiques peuvent remplacer la baguette magique que nous n’avons pas. De la culture granulée d’effet placebo, administrée doctement par un vrai docteur, illusionnant ainsi le patient sur le fait qu’on le soigne médicalement. Pas d’effet indésirable, forcément, puisque pas d’effet désirable, hormis l’intention: la façon de donner vaut mieux que ce que l’on donne… 

Prenons tous nos patients au sérieux. Les malades comme les inquiets. Les inquiets voudront continuer à prendre des granules, mais cet acte, on est nombreux à dire que ce sera mieux ainsi, sera sorti du champ de la médecine, et probablement plus remboursé. Démontrant ainsi aux patients que leurs soucis ne relèvent définitivement pas de la sphère de la médecine, mais juste de l’attente d’une forme de solution magique et anodine à leurs maux de tous les jours. Les malades continueront, eux, à bénéficier des progrès de la médecine. 

3 réflexions sur “On ne va jamais chez le médecin (ou chez l’homéopathe) par hasard.

  1. Bonjour,
    Je ne suis presque d’accord sur rien mais il faudrait écrire un traité.
    Vous oubliez que la médecine et les médecins n’ont cessé de faire des sur promesses aux citoyens en leur affirmant que la santé est médicale. La santé n’est pas que médicale. Les citoyens ont cru ou ont fait semblant de croire que tout était médical et que les médecins pouvaient leur offrir le bonheur sur terre. Comme ils se rendent compte que c’est faux ils se tournent vers d’autres marchands de rêves.
    Quant aux anxieux que vous méprisez ils ont été formés par le système normatisé de la bonne santé dont vous faites partie puisque vous avez écrit un billet sur le dépistage organisé du K du sein qui « sauve » des vies.
    L’homéopathie est une croyance tout comme l’idéologie de l’Eglise de dépistologie dont vous faites partie.
    Bonne journée.

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  2. La facilité de se voir prescrit des médicaments a pour revers la forte demande pour des prescriptions visant à rassurer… Je suis tout à fait d’accord avec ce que vous écrivez, c’est important de prendre ces patients au sérieux, on ne soigne pas seulement le corps mais aussi la relation que le patient instaure avec son mal (il faudrait que je retrouve mais il y a des choses passionnantes là dessus en anthropologie de la santé). L’homéopathie me gêne dans la mesure où elle vend cher des illusions suremballees, mais les placebo et autres pratiques « douces » peuvent avoir leur place dans un protocole de soin… La chaîne youtube Scilabus a récemment publié une vidéo pas mal du tout sur cette question, et comment parler ou non du placebo au patient

    Aimé par 1 personne

  3. Bonjour
    Comment vous dire que… je suis contente de voir enfin un médecin qui a une longue expérience dire les choses comme elles sont .
    En effet, laissons les médecines douces ou parallèles pour ce qu ‘elles sont , c.a.d.
    des compléments qui apportent un gain de confort pour les patients qui ont choisi
    de se tourner vres elles parce qu’elles leur laisse la possibilité de prendre leur santé en charge . Et bien evidemment qu’elles jouent un rôle important auprès des patients
    inquiets de ne pas faire suffisamment pour leur santé. Mais considerer que l’homéopathie est une médecine qui soigne c’est laisser entendre que tous les patients qui ne se tournent pas vers cette solution ont fait le choix de supporter les désagréments de la médecine traditionnelle . Oui ! nous ne sommes pas tous « cables » pour avaler des petites pilules à heures fixes et ce , plusieurs fois dans la journées .De
    plus, il faut pouvoir tenir ce rythme dans le temps… pour soi disant en ressentir les besoins.
    Je ne doute pas de la sincérité des patients sui ont recours à l homéopathie mais comparons ce qui est comptable avec ce qui l’est. Laisser de faux espoirs aux patients qui se disent qu’ils soignent leurs maux uniquement avec ces médecines douces et naturelles c’est dangereux dans certaines situations car nous ne sommes pas tous égaux en matière d’éducation à la santé.
    Belle journee

    Aimé par 1 personne

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