Crise du système de santé, le responsable c’est pas moi, c’est lui…

Qu’est ce qui ne va pas dans la médecine ? Le système de soins est-il paralysé ou va-t-il réussir sa mutation ? Qui est responsable de l’état actuel : Les médecins, les patients, les tutelles, les politiques ?

Avec quoi faudrait-il avoir le courage de rompre ? quelles mentalités faut-il changer ?

Quelle est la vraie crise ? Est-ce que la seule vraie réalité de la crise de la santé, c’est que l’on manque actuellement de médecins pour répondre à la demande de soins de la part de la population ? Est-ce que la vraie crise ne vient pas de la résistance au changement des médecins comme des patients ?

Quelle est la vraie crise?. Est-elle différente de ce qu’il y avait avant?. Est-ce seulement l’écho des malaises qui est une crise?. Les malaises des médecins, comme ceux des patients qui se sentent laissés pour compte, malgré les grands progrès de la médecine ?

Qui, dans cette crise, se soucie de ses propres erreurs ?. Les médecins, les patients, les tutelles , les politiques ? Les nouvelles idées sont des verbes. Coordonner,  réguler, déléguer. Mais la mise en œuvre de ces nouvelles idées donne parfois l’impression de  ravaudages, de la cautérisation d’un système fuyant de partout.  On ne met rien à plat, et encore moins à plat la relation qui unit les médecins et les patients. Pourtant, cette relation médecin/patient a évolué de manière radicale dans les 30 dernières années.

Une partie de  solution pourrait en partie venir des médecins eux-mêmes ? Mais la résistance au changement est telle qu’ils freinent les évolutions, sans pour autant arriver à les empêcher de se produire, mais en réussissant presque chaque fois à se sentir floués.  Pourtant, à mon sens, une partie de solution pourrait venir des médecins s’ils s’adressaient à leurs patients.

Et voici 5 sujets autour desquels les médecins pourraient dialoguer et échanger avec leurs patients, dans le but de surmonter ensemble, en y mettant tous un peu du sien la crise actuelle de la santé. (et si les patients les laissaient s’exprimer sans monter sur leurs grands chevaux… )

Patients et médecins, et si nous réfléchissions ensemble à ces 5 points: 

  • L’indépendance professionnelle des médecins

Avant le médecin soignait en toute indépendance professionnelle

Cela voulait dire : le médecin fait ce qu’il veut, rendre des comptes est impensable. S’il commet des erreurs médicales, passons-les sous silence et discrètement dans l’oubli.

Vous n’avez pas trouvé cela normal. Vous vous êtes mobilisés pour que les médecins aient des comptes à rendre de leurs erreurs médicales, et vous avez eu raison.

Mais petit à petit, vous avez étendu la notion d’erreur au delà de l’erreur médicale. Vous avez estimé qu’un médecin ne vous donnant pas toutes les satisfactions que vous attendez commet une erreur. Vous l’avez attaqué pour cela, vilipendé sur les réseaux. Cela fait du mal aux médecins. Certes ils ne sont pas parfaits, mais et vous ? comment êtes-vous ?

  • Le médecin comme seul décisionnaire de la santé des patients

Autrefois, le médecin était le seul arbitre du traitement qu’il vous donnait

Cela était commode pour les médecins. Ils pouvaient donner un antibiotique pour un rhume, opérer de l’appendicite tout enfant ayant mal au ventre, laisser dépérir des gens qu’ils ne savaient pas soigner.

Progressivement, sont apparus des conseils de suivis, puis des protocoles, puis l’obligation de suivre des protocoles, puis un encadrement du suivi des protocoles, avec maintenant paiements différenciés à la clé pour les médecins selon leur adhésion aux protocoles.

Cependant, vous continuez à demander inlassablement des antibiotiques pour un rhume alors qu’il n’y en a pas besoin, des explorations en tout genre au cas où votre petite douleur du matin à droite serait une appendicite, des bilans systématiques pour voir si vous allez bien, des certificats sans consultations.

Vos médecins vous les refusent. Et vous comment réagissez-vous ? Je crois savoir que plein de vous tolérez très mal qu’un médecin vous refuse un soin que vous jugez utile d’avoir. Que sont à vos yeux vos médecins devenus ? des prestataires d’ordonnances ? Et si jamais le médecin accède à votre demande, vous fait un certificat de sport sans examen et que vous avez un accident cardiaque, vous serez prompts à dire qu’il est responsable, n’est-ce pas ? Sachez que cela prend autant de temps, voire plus, à un médecin de refuser quelque traitement ou document, mais qu’il doit toujours se justifier de chaque acte et donc le faire de manière réfléchie et protocolisée.

  • Les revenus des médecins

Autrefois les revenus des médecins n’intéressaient personne.  Personne ne savait ce que gagnait un médecin. Puis les revenus annuels ont été mis en lumière. Ils paraissent très importants pour ceux qui gagnent peu, pas assez élevés en revanche par le corps médical qui estime travailler beaucoup et être insuffisamment rémunéré pour ce qu’il fait.

Beaucoup de patients trouvent que 25 euros une consultation de médecin généraliste c’est cher payé. C’est d’ailleurs surprenant de trouver cela cher.  Puisque généralement pour seul reste à charge, c’est l’euro conservé par la sécurité sociale. Beaucoup de personnes semblent estimer que leur état ne mérite pas ces 25 euros de la consultation et que le médecin peut faire entre deux, « juste » un certificat, « juste » un duplicata, « juste » une ordonnance. Ils pensent aussi que pour ce prix, les médecins peuvent traiter cinq motifs de consultations sous prétexte qu’ils ne vous voient qu’une fois par an.  Et qu’à 25 euros la consultation, la disponibilité du médecin devrait être illimitée. Enfin, comme  c’est payant, certains estiment également que les horaires devraient être respectés.

  • Les droits des patients

Des lois ont été publiées, à juste titre, pour donner des droits aux patients.

Et ces droits ont conféré aux patients une certaine indépendance.

In fine, si le médecin a perdu de l’indépendance ainsi qu’on l’a lu ci-dessus, le patient, lui, en a au contraire gagné sur certains points. Il a gagné en tous cas le droit d’avoir recours au système de soins dès qu’il le désire et autant qu’il le juge utile pour lui. La notion d’’urgence » n’a pas été définie, elle reste donc individuelle. Peut-être que cette notion d’urgence devrait être mieux expliquée, mieux encadrée.

Ceci dit, on peut le reconnaître, il faut avouer que tout pousse les gens à voir des médecins. Certificats en tous genres, médicalisation des angoissés par transfert de leur angoisse au médecin qui prescrira des examens par peur d’être attaqué s’il manque une pathologie en les rassurant. Et puis, tout en pleurant sur les encombrements des urgences, on les incite en rémunérant les structures aux nombres de passage. Elles pleurent d’avoir trop de patients, pas assez de médecins, mais savent que si le nombre de patients baisse, le nombre de médecins baissera aussi, ne rêvons pas, ça ne se désencombrera pas comme ça…

  • La santé de la population

Les progrès de la médecine, ajoutés à la régulation de la pratique médicale par les protocoles ont significativement amélioré la santé de la population en France, comme dans le reste du monde.

Mais ne trouvez-vous pas que certains patients confondent meilleur état de santé d’une population et droits individuels illimités à la bonne santé, ou à la guérison immédiate ?  Et exigent non plus la santé, mais l’absence de maladie, le diagnostic infaillible, la guérison sans aucune séquelle et du temps médical largement disponible pour eux.


Juste 5 petits points, et il y en a surement d’autres, pour poser cette question: Qui est responsable de cette crise entre des médecins se sentant contraints, pressurisés, surveillés, agressés et des patients pensant que le système devrait être toujours plus ouvert, disponible, accessible, aimable et compétent sans aucune faille?

En fait, la réponse est que nous sommes probablement tous collectivement responsables de la mauvaise santé de notre système de santé. Médecins comme patients.

Les résistances au changement ne sont pas le seul fait de la profession médicale. Que ce soit du côté des médecins ou de celui des patients, la voix de ceux qui sont opposés au changement porte plus que la voix de ceux qui y sont favorables.  Ce n’est pas spécifique à la médecine. Les opposants crient souvent plus fort, et leurs cris sont amplifiés par la caisse de résonnance de la communication.

Les uns restent systématiquement sourds aux arguments des autres.  Du côté des médecins, beaucoup de changements et du lourd…. réforme des retraites, transferts d’une partie de l’activité du médecin vers d’autres professionnels de santé, demandes de soins non programmés, organisation en communautés professionnelles,  assistants médicaux, mais aussi intelligence artificielle, outils numériques, Gafa qui entrent dans le monde de la santé à grande vitesse, et j’en passe. Que de bouleversements auxquels on ne s’adapte pas en un jour. Chez les patients, toujours des soucis d’accès aux soins, délais de rendez-vous, déserts médicaux, inégalités de santé, dépassements d’honoraires, reste à charge, médecins pressés, non empathiques, non disponibles.

Pour débloquer le système, ni les médecins ni les patients ne devraient se dire que c’était mieux avant.. Ni les médecins ni les patients ne devraient avoir l’impression que les contraintes pèsent sur eux seuls. Les contraintes ne peuvent que s’appliquer des 2 côtés si le système veut perdurer. Car réguler la médecine ne pourra pas consister à lutter contre la pénurie en faisant plus travailler ceux qui travaillent encore, en ajoutant une dose d’infirmiers formés, tout en laissant grand ouverte la porte d’entrée des demandeurs …

Pour que la santé fonctionne bien, il faut une équipe. Les patients font partie de l’équipe. Il y a aussi un moment ou les patients et les médecins devraient discuter sur ce que signifie réguler le système de santé. Il y a un moment ou les médecins comme les patients devraient comprendre que les efforts ne peuvent être que partagés et bilatéraux si l’on veut que cela continue à donner satisfaction à tous…

4 réflexions sur “Crise du système de santé, le responsable c’est pas moi, c’est lui…

  1. Je connais un système de santé où les médecins sont très heureux: la Suisse. Le paiement est compté à la minute (ça doit faire 150 francs pour 1 consult) et il n’existe pas de sécu. Ce sont les assurances privées qui prennent en charge avec une franchise de 1500 francs/an. Ça dissuade le patient de venir pour rien. Alors évidemment il faut avoir de l’argent. Mais la Suisse, contrairement à la France, est en situation de plein emploi avec des salaires au minimum doubles de ceux de la France.
    Il me semble donc que votre analyse est insuffisante: un système de santé n’est pas pensable tout seul, comme ça entre patients (qui, selon vous, auraient beaucoup de défauts) et médecins (qui en n’ont guère si on entend votre plaidoyer). Un système de santé se construit justement dans un éco-système où tout est intégré. La médecine n’est que le reflet d’une France à l’agonie, où tout est vendu à la découpe, où les plus riches ont fui, et les plus pauvres ne sont pas tout intégrés (je ne parle pas des banlieues mondialisées, je parle des 60% qui se disent classes moyennes et qui sont en fait complètement paupérisées).
    Avec votre propagande vous ne proposez pas grand chose d’efficace, j’entends beaucoup de complaintes et pas beaucoup de concret. C’est bien joli de dire qu ‘il faut se comprendre (qui pourrait être contre?), mais pardonnez moi, avec le chapelet de vices que vous collez sur le dos des patients, cela ne va pas être très simple de rabibocher tout le monde.
    Au fond que voulez vous? Vous voulez essentiellement plus d’argent et qu’on ne vous demande pas de rendre compte. Vous me faites penser aux médecins de Molière, très forts pour classifier les maladies, les nommer par leur nom, mais rien du tout pour les guérir!

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    1. Vous parlez d’un pays ou les patients payent pour leurs soins, ou les patients sont limités dans l’accès aux soins, et en même temps vous estimez que je n’attends des efforts que de la part des patients en France. Vous voyez bien que les médecins ont déja beaucoup évolué dans notre pays, Nous rendons des comptes, nous ne voulons pas plus d’argent, mais une rémunération juste. Même si c’est loin d’être parfait du côté des médecins, en revanche, en effet, la question de l’ouverture illimitée doit être posée. Elle ne résoudra pas tout, mais ne peut pas être éludée.

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  2. Je suis tout simplement surpris qu’un medecin accepte de travailler pour 25 euros. Ca n’a aucun sens.
    50 euros minimum. 100 me semble juste.
    Ce qui a change le plus ces 50 dernieres annees est la « monetisation » de la vie.
    La dignite de la fonction n’existe plus, uniquement sa representation financiere dans la tete des gens. Il convient donc, pour les medecins, ne ne pas s’engager dans une course a bas prix qui ne fait que discrediter la profession.
    Et si les gens ralents, ne soignez que ceux qui peuvent payer. Deconventionnez vous.
    A ce stade vous etes les maitres du jeu, mais ne l’avez pas encore compris.

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    1. Je partage la logique de la rétribution adaptée à la fonction, mais le leit-motiv consistant à conseiller le déconventionnement est un coup d’épée dans l’eau. Etes vous déconventionné ? si non, qu’attendez-vous ? eh bien que les autres le fassent, pardi … cet argument n’a pas de sens et les médecins feraient bien d’avoir des échanges sur le sujet, plutôt que des phrases toutes faites et creuses comme celle la, qu’on voit partout.

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