Autrefois quand un médecin s’installait, on disait qu’il créait de la clientèle. Maintenant, une clientèle l’attend déjà quel que soit le lieu de son installation.
En revanche lorsqu’un pratiquant de pratique alternative s’installe, il doit entièrement créer sa clientèle. Il sait qu’il attirera mieux grâce à des mots chargés de sérieux et de promesses, empruntés à 100% au vocabulaire médical , « praticien », « médecine .. douce », « thérapeute ». Plus encore, les termes sont enrichis de superlatifs attrayants, et les sites de témoignages censés remplacer les références bibliographiques scientifiques.
Ces marchands d’illusions exploitent une maladie indolore et sournoise, qui atteint nombre de gens en recherche de mieux-être : « la maladie de la crédulité ». Si au lieu de la soigner, on l’utilise, on l’alimente, on la métabolise, son intensité va s’aggraver au fil du temps et au grand profit des faiseurs de promesses.
Un véritable professionnel de santé a pour vocation de combattre la maladie de la crédulité, en fournissant aux patients des informations scientifiques, sourcées et objectives. C’est tout l’inverse des cohortes de chercheurs de clientèle, qui, eux, ont intérêt à ce que crédulité du patient envahisse tout son espace mental. Plus elle occupe l’esprit de leurs victimes, plus la crédulité les pousse à chercher une solution dans des promesses superlatives et pseudo-médicales. « Une explication quelconque est préférable au manque d’explication….. la première représentation par quoi l’inconnu se déclare connu fait tant de bien qu’on la tient pour vraie » (Friederich Nietzsche, Le Crépuscule des idoles – Les quatre grandes erreurs, ch.5, Mercure de France, Paris, 1908. )
C’est un nouvel univers ou l’absence de preuve, remplacée par le témoignage, ou la conviction, devient une preuve officielle. Ou l’échec n’existe pas. En réalité, en cas d’échec, le crédule ouvrira éventuellement enfin ses chakras et son esprit critique pour se tourner vers le corps médical afin de réparer les erreurs des charlatans. Réparer … ou pas. Quand le patient est paralysé suite à une manipulation inappropriée, quand le bébé est mort dans un accouchement à domicile géré par une coach, le mal est irrémédiable. Mais les crédules sont si atteints, si attachés aux promesses circulant à grande vitesse sur les réseaux sociaux, si enfermés dans les algorithmes fidélisateurs, qu’ils ne connaissent plus le doute, ne sont plus capables de dévier des sentiers balisés de la fausse médecine, de la promesse de bien-être.

Bien gérée par les charlatans, la crédulité devient alors le premier ingrédient de son fond de commerce.
D’autant plus que, portés par leurs succès, nombre de pseudo-thérapeutes ont bien remarqué qu’il y avait des crédules à exploiter parmi les soignants (pourquoi échapperaient t’ils à cette maladie ? avoir fait de longues études n’en protège pas, c’est connu). Attirer les soignants vers l’illusion et sans qu’ils exigent de preuves scientifique, consiste souvent à s’habiller des attributs de la science : congrès, associations, diplômes, publications internes, sociétés savantes, etc.. tout faire pour gagner une légitimité institutionnelle en s’habillant de respectabilité scientifique, dans ces situations, va comprendre pourquoi, l’habit fait le moine. La science devient un décor. Il suffit alors soit de laisser croire que les preuves existent déjà et sont méconnues, soit, mieux encore, qu’elle existeront un jour, Et puisqu’elles viendront c’est certain, pourquoi attendre ? Le charlatanisme peut ainsi dès aujourd’hui prendre place au milieu de la médecine. Et proposer de prendre en charge non seulement les patients mais également les soignants, afin de les créduliser discrètement et sous couvert de prise en charge de leur stress.
Le charlatan d’hier vendait des illusions à quelques crédules. Celui d’aujourd’hui ratisse large, d’abord sur les réseaux sociaux, et désormais directement chez les soignants, avec une présence dans une large quantité de réunions, petites, moyennes, grandes, de congrès, d’expositions, de sociétés savante. Ambitionnant d’obtenir la caution de la médecine elle-même, le pseudothérapeute ne cherche plus à remplacer la médecine. Il cherche à porter sa blouse.
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