Relativité de la notion de désert médical: le couple distance/temps

Depuis un bon moment, j’avais prévu d’écrire sur la relativité de la notion de « désert médical » et d’éloignement du médecin. Je vais en profiter pour répondre sur ce point à la virulente tribune de Alain-Michel Ceretti, président de France assos, comportant des appels à la coercition des médecins, sur des arguments du genre, ils sont responsables  « Qu’une personne âgée soit obligée d’attendre la venue d’un fils ou d’une nièce pour faire les 30 kilomètres qui la séparent de son généraliste ?  Alors, voici mon histoire de désert… et de sa relativité… Il y a 3 ans de cela, j’ai été en … Continuer de lire Relativité de la notion de désert médical: le couple distance/temps

On ne va jamais chez le médecin (ou chez l’homéopathe) par hasard.

Un jour j’ai décidé de prendre au sérieux toute personne se présentant à mes consultations, sans préjuger de la légitimité de sa décision de recourir à mes services. Même quand cette personne, selon les règles putatives de la médecine, n’a « rien », ou « rien de grave » comme on dit. Elle a forcément quelque chose qui ne va, cette personne, puisqu’elle a fait la démarche de venir consulter. 

Plein de gens consultent pour raisons de maladies. Mais plein d’autres aussi consultent pour raisons d’inquiétudes.  Gavés de tant de mises en garde sur ce qu’ils mangent, respirent, touchent, les gens finissent par s’inquiéter au moindre pet, au plus petit spasme, à la boite de conserve qui leur semble louche, au sandwich indigeste.  De plus, ils ont entendu parler du monsieur qui est allé voir trop tard le médecin, et est mort en 48 heures, parce qu’il n’avait pas porté attention à quelques petits symptômes. Du fils du copain du voisin, qui a rompu un anévrisme après avoir juste dit qu’il avait mal au crâne. Sans oublier le neveu qui a tourné une appendicite en péritonite parce qu’on ne prenait pas ses douleurs au sérieux. Continuer de lire « On ne va jamais chez le médecin (ou chez l’homéopathe) par hasard. »

Le supermarché de LA mesure géniale pour sauver la santé …

Sans vouloir faire la vieille qui pleure sur  le passé, je suis quand même très perplexe devant la situation actuelle. J’avoue que j’avais jusqu’à présent souvent trouvé illégitimes les plaintes du corps médical. Comment des gens faisant un métier intéressant, leur permettant de gagner bien leur vie, pouvaient t’ils ne pas être satisfaits de leur sort et ne pas se considérer comme des privilégiés. C’est une erreur de croire que les médecins forment un tout.  Non, les médecins sont comme tout le monde (comme leurs patients !) . Individualistes, voire corporatistes. Pendant de nombreuses années, motivée à faire avancer les médecins … Continuer de lire Le supermarché de LA mesure géniale pour sauver la santé …

Ok, il y a plus (+) de médecins… Mais ?

Je vous le certifie, car c’est écrit par des plumes de confiance : Il y a plus (+) de médecins

Super, excellente nouvelle, gros titre optimiste de l’étude publiée par le ministère de la santé ce début mai « 10 000 médecins de plus depuis 2012 ».
http://drees.solidarites-sante.gouv.fr/IMG/pdf/er_1061.pdf

Titre repris par nombre de journalistes, bien souvent tant aveuglés par cette excellente nouvelle qu’ils n’ont pas pris la peine de lire l’article dans le fond.

Il n’y a finalement pas de crise démographique titre la caisse des dépôts : « Accès aux soins – Crise de la démographie médicale : est-ce si sûr ? »
https://www.caissedesdepotsdesterritoires.fr/cs/ContentServer?pagename=Territoires/Articles/Articles&cid=1250281045007

Et de grands journaux comme le Monde de s’esclaffer « il n’y a jamais eu autant de médecins en activité », titre repris pas M6 info suivi du splendide commentaire suivant: Un état des lieux surprenant de la médecine en France. Une nouvelle étude bat en brèche les idées reçues. Y a-t-il réellement moins de médecins ?

On dirait que l’on voit fondre sous nos yeux ébahis le spectre apocalyptique des « déserts » médicaux MAIS ? …. Car il y a un mais, voire des mais, derrière ces titres spectaculaires ? Sinon, de quoi se plaint-on ?

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Un bon médecin ou une bonne médecine ? que préférez-vous ?

Le plus important pour les patients en matière de santé c’est quoi : La médecine ou les médecins ? Je vous pose la question….

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La médecine a fait d’immenses progrès ces dernières décennies. Pour les diagnostics avec le développement de technologies de plus en plus sophistiquées et efficaces. Pour les thérapeutiques, des médicaments agissent sur de nombreuses maladies, avec même parfois tellement d’effets qu’il y en a même des indésirables.  Ajoutez  la prévention, les vaccins, toutes actions de santé publique qui protègent les gens, et permettent d’augmenter régulièrement l’espérance de vie. Continuer de lire « Un bon médecin ou une bonne médecine ? que préférez-vous ? »

POURQUOI LES GASTROENTEROLOGUES RECOMMANDENT LE TEST HEMOCCULT (MARS BLEU)

Mars est le mois consacré à parler de la prévention du cancer du colon… L’action est nommée « Mars Bleu » Le test de dépistage par hémoccult, consiste simplement à faire la recherche de sang caché dans les selles. Nous, gastroentérologues, le recommandons, car il peut vous empêcher d’avoir un cancer du côlon… C’est un dépistage utile, pas controversé, reconnu comme facteur de prévention du cancer colique. Partout on vous en parle. Mais comme l’idée d’aller patouilller dans son caca n’est pas souriante, je vais vous en expliquer plus, afin de motiver les plus de 50 ans (destinataires de ce dépistage), mais … Continuer de lire POURQUOI LES GASTROENTEROLOGUES RECOMMANDENT LE TEST HEMOCCULT (MARS BLEU)

C’est parce qu’il y avait trop de médecins, qu’il n’y a plus assez de médecins!

Il parait que l’on manque de médecins.

Enfin, tout le monde n’est pas d’accord avec cette assertion, certains disant qu’il n’y a jamais eu autant de médecins qu’actuellement, et que le problème serait que les médecins ne veulent plus s’installer, ne veulent pas aller dans les provinces reculées, et ne veulent plus rien foutre.
Pénurie ou pas pénurie ? c’est dur à dire. En effet, jamais aucune étude scientifique n’a permis de déterminer exactement le nombre de médecins répondant aux besoins de la population française. La notion du manque de médecins est donc laissée à l’appréciation de chacun, et chacun ne se prive pas d’en donner sa propre interprétation.
Moi, à titre personnel, je suis plutôt positionnée sur le versant pénurique. J’ai déjà rédigé un post à ce propos (Pénurie de médecins: des chiffres qui parlent d’eux mêmes) , et je ne me lasse pas des courbes qui éclairent mon point de vue :
Ce rapport de l’assemblée nationale en 2008, qui explique que la remontée du numerus clausus ne produira ses effets qu’à partir de 2015 à 2017. En réalité, en 2017 on reviendra à 8000 médecins formés, comme avant le blocage du numerus clausus. Sauf que ces 8000 médecins ne combleront pas à eux tout seuls le déficit généré par
– Le faible nombre de médecins formés entre 1980 et 2006-2007
– Le départ massif à la retraite de la génération pléthorique des années 60-70-80 du temps ou n’existait aucune limitation de la formation. Continuer de lire « C’est parce qu’il y avait trop de médecins, qu’il n’y a plus assez de médecins! »

Travail « empêché » : les médecins en décalage avec leurs valeurs.

Les médecins des générations antérieures avaient déjà une charge de travail hyper importante (que les jeunes cessent de la ramener avec leurs horaires,  les semaines d’antan des internes toutes générations étaient bien autant voire plus chargées …). . En revanche, clairement, il n’y avait pas ce poids et cette ingérence permanents,  d’organisation,  de santé publiquation,  de contrôle et d’injonctions paradoxales, devenus désormais le pain quotidien minant de l’exercice médical. Ceux de ma génération ont même vu arriver des éléments d’organisation avec bienveillance. Nous nous sommes mêmes, pour beaucoup, impliqués pour aider à les mettre en place, tant nous avions conscience … Continuer de lire Travail « empêché » : les médecins en décalage avec leurs valeurs.

Lettre ouverte à Mme Buzyn à propos de la consultation sur la Stratégie Nationale de Santé.

Lettre ouverte à Mme Buzyn à propos de la consultation sur la Stratégie Nationale de Santé.

Ma chère confrère, Madame la Ministre

Tout d’abord je voudrais vous dire mon admiration. Votre réussite en médecine ne peut que faire l’objet d’admiration. Quel médecin n’aurait pas aimé avoir un parcours si majestueux que le vôtre ? Je suis béate, moi, en tous cas. Et certaine que votre passion pour la médecine et vos qualités politiques sont les ferments de belles avancées de notre profession.

J’ai trouvé logiquement plutôt sympa l’idée de solliciter l’avis « des français » sur la Stratégie Nationale de Santé. De tous les gens, pas seulement les médecins, ou les soignants. Et me suis empressée de suivre le lien vers le fameux fichier de cette consultation.


Jusqu’au 25 novembre inclus, les Français peuvent s’exprimer sur la stratégie nationale qui constituera le cadre de la politique menée par le Gouvernement en matière de santé pour les cinq prochaines années.

La ministre des Solidarités et de la Santé Agnès Buzyn a lancé hier, mardi 7 novembre, la consultation publique en ligne sur la stratégie nationale de santé. Un espace dédié est hébergé sur le site du ministère : strategie.sante.gouv.fr. Les internautes ont accès au document issu d’une phase de concertation menée depuis le mois de septembre avec les autres ministères et avec les représentants du secteur de la santé, des élus et des usagers.

Ils sont appelés notamment à réagir sur les quatre thèmes prioritaires identifiés par le Gouvernement :

 Les réponses collectées permettront d’enrichir le projet de stratégie nationale de santé avant son adoption en comité interministériel de la santé au mois de décembre, explique le ministère dans un communiqué.  

Un décret officialisera la stratégie nationale de santé avant la fin de l’année 2017. Dès le premier semestre 2018, elle sera mise en œuvre par des plans et programmes nationaux, mais également dans les territoires, notamment dans le cadre des projets régionaux de santé définis par les agences régionales de santé (ARS). 


Au suivi du lien strategie.sante.gouv.fr, on arrive sur une page qui propose :

  • D’une part des liens vers les 4 grands chapitres de la SNS, qu’il faut aller lire un par un.
  • Un lien vers le dossier complet, qui fait 103 pages, écrit tout petit,
  • Et enfin, les questions

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Elles se résument à 2 questions pour savoir qui on est +  2 QCM sur notre avis

  • Après lecture de la stratégie nationale de santé, êtes-vous globalement en accord ou en désaccord ?
  • Pour chacun des axes de la stratégie nationale de santé, êtes-vous plutôt en accord ou en désaccord avec les objectifs proposés ?

Le problème de ces questions… c’est que même sans avoir lu la stratégie nationale de santé, on est forcément d’accord sur le fait de: 

  • Mettre en place une politique de prévention et de promotion de la santé, dans tous les milieux et tout au long de la vie
  • Lutter contre les inégalités sociales et territoriales d’accès à la santé
  • Garantir la qualité, la sécurité et la pertinence des prises en charge au bénéfice de la population
  • Innover pour transformer notre système de santé en réaffirmant la place des citoyens
  • Priorités spécifiques à la politique de l’enfant, de l’adolescent et du jeune

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