faire connaissance avec un nouveau patient

Si les médecins généralistes ont une clientèle fidèle, et voient assez peu de nouveaux patients, au contraire un spécialiste, en tous cas dans ma spécialité, voit pour l’essentiel des nouveaux malades, qu’il ne connait donc pas.

Il s’agit donc en 20 à 30 minutes, de faire connaissance avec une nouvelle personne, d’appréhender sa personnalité, et son problème de santé, de l’examiner, de déterminer  s’il est porteur d’une pathologie peut être grave ou non  et de déclencher les examens nécessaires ou de ne pas faire d’examens et de rassurer.

Le parcours de santé avec passage par le médecin traitant constitue un incontestable « plus » pour le spécialiste que je suis. Le courrier du médecin traitant, même court, nous situe d’entrée le problème. Parce que dans la réalité et le stress de la consultation d’un médecin qu’il ne connait pas, dans un lieu nouveau, le patient a souvent du mal à expliquer le motif de son recours au spécialiste.

Avec l’expérience, le médecin consulté pour la première fois, apprend à évaluer de plus en plus rapidement les patients. Evidemment, cela peut paraître incroyable, quelque fois même cela me parait incroyable à moi, de penser qu’en 20 minutes je suis capable d’affirmer à quelqu’un que je connais depuis si peu de temps, soit qu’il n’a rien, seulement  des troubles psychosomatiques, soit au contraire qu’il a très probablement une pathologie, grave même parfois, et qu’il faut poursuivre les explorations.

L’interrogatoire du patient est un moment essentiel. Les réponses apportent clairement des éléments en faveur d’une pathologie non « organique », c’est à dire d’un trouble dit fonctionnel. Pudiquement, un « fonctionnel » est un bien portant qui s’ignore et se plaint d’une foule de symptômes. Bien que gênants, les troubles ne traduisent rien de grave. Il est cependant dur d’en persuader ceux qui se plaignent. Les symptômes sont imprécis, souvent décrits de manière très excessive. Par exemple, ceux qui disent : j’ai des ballonnements, c’est « atroce » sont très fortement suspects de n’avoir aucune maladie grave. Ou bien, les patients qui assurent ne plus rien manger du tout, alors qu’ils n’ont pas perdu de poids, qu’ils en ont pris, même. Ou encore, ceux qui se plaignent de douleurs insupportables, tout en exhibant un teint rose et reposé, voire un magnifique bronzage. Ceux qui affirment ne Jamais aller à la selle, mais ne montrent pas le moindre signe d’occlusion. Souvent , déjà, de multiples examens ont été réalisés, et sont généralement normaux. A moins que le hasard ait fait découvrir une anomalie en échographie , telle qu’un kyste hépatique, ou bien un calcul dans la vésicule, banal, mais qui cristallise l’inquiétude.

A l’opposé, certaines fois, dès l’interrogatoire,  les symptômes sont suspects et le doute se confirme par l’examen clinique. Il arrive que le médecin « sache » très rapidement à quoi s’en tenir. Le foie peut être dur, suspect à la palpation, il y a une masse abdominale, le toucher rectal perçoit une tumeur hémorragique. Dès ce moment, le médecin est détenteur d’un secret, qu’il devra livrer sous peu au malade. Bien sur, il alerte sur la nécessité de continuer, de réaliser les examens de confirmation de ses hypothèses, et il ne dit rien..  pas encore. Il sait que certains malades ont déja probablement saisi son inquiétude, car son attitude s’est imperceptiblement modifié, et a trahi  le doute qui l’assaille. Cependant, pas question de faire basculer ainsi la vie d’un patient sans attendre une certitude donnée par les examens complémentaires. Pourtant, dès ce moment là, parfois, rarement heureusement, le médecin sait déja que la vie l’humain assis en face de lui, et qu’il connait depuis à peine 15 ou 20 minutes, va basculer définitivement.

Une consultation de spécialiste dure en moyenne 20 minutes….

3 réflexions sur “faire connaissance avec un nouveau patient

  1. Bonjour ML! Mais toi, quelle est ta spécialité? Excuse ça doit etre écrit quelque part, mais j’ai jamais fait attention. En effet, chez les spécialistes, c’est assez complexe. Personnellement, ça me fait peur. Parce que quand j’y vais, c’est que j’ai un truc en particulier, et de savoir qu’il ne me connait pas, qu’il ne peut imaginer mon comportement habituel par rapport à ce que je vis, a la maniere dont je vais prendre les choses, qu’il va juger rapidement de mon état et physique et psychologique, puis passer a quelqu’un d’autre … Bref, ça m’angoisse assez. Et j’ai souvent eu de mauvaises expériences. Mais je suis tombée il y un mois tout pile sur un médecin que je ne connaissais pas, qqui a du faire sur moi le diagnostic qui m’angoissait depuis quelques années au point que je ne veuille pas aller consulter (mais un jour ça a été trop, j’ai fini par me résoudre a y aller) et qui a su m’expliquer avec des mots simples, des images, de la douceur et de la compassion ce que j’avais et comment ça pourrait se traiter. Et avant ça, elle m’a posé mille questions, qui sur le coup n’avaient rien a voir avec l’objet de ma venue. Mais je me suis aperçue aprés qu’elle avait seulement essayé de me percer, me connaitre dans le peu de temps qu’elle avait, pour mieux travailler avec moi par la suite. Je l’ai trouvée formidable, et même si j’ai terminé en pleurs, elle a fait de ce moment redouté, 30 minutes de respiration calme et d’attention ! Oups, désolée d’avoir été si longue … C’était juste pour illustrer ton article. Bises à toi, à bientot.

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  2. Bonjour, je me permets d’intervenir sur ce sujet en témoignant de l’importance de ce que dit le médecin et de la façon dont il le dit lors de l’annonce du diagnostic. J’ai le privilège d’être parmi les speedy gonzales du diagnostic de sclerose en plaques, même pas 6 heures entre la première consultation chez le neurologue à qui j’expliquais mes symptômes et la deuxième où je revenais le voir avec mes résultats d’IRM lombaire et cérébrale. Il a fait (et fait toujours) preuve d’une grande sensibilité, humanité et écoute et si ce jour reste le pire de ma vie, il a tout fait pour que cela se passe le mieux possible. Je pense que c’est aussi (surtout) à cela que l’on reconnait un bon et grand médecin. Il l’est.

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