urgence en endoscopie

J’avais complètement oublié mon astreinte de la semaine de rentrée, c’est en voyant mon nom sur le tableau que cela m’est revenu en tête

Je suis de garde , donc, d’astreinte plutôt !


Comme toujours pour une semaine entière, nuit et jour, pour des avis, des consultations urgentes et des endoscopies …
On ne considère bien sur que les urgences pertinentes du point de vue médical, et non pas de celui des patients, parce que, eux trouvent tout urgent. Par exemple, le monsieur venu ce jour, samedi, à 12h30 avec une lettre pour une consultation , et qui ne comprenait pas que je ne le vois pas sur le champ.

Ce matin, j’ai donc été appelée à la clinique, pour décoincer un morceau de viande coincé dans un oesophage.

C’est une cause classique d’urgence digestive. Souvent, cela survient chez des patients dont l’oesophage est abimé, soit par des troubles de contraction, soit à la suite d’une opération, ou de traitement, notamment par radiothérapie.

Un de nos habitués était un gentil papy, qui voulait draguer à la maison de retraite, et en oubliait de mâcher en charmant les grands-mères. Il  a fini plus d’une fois avec l’endoscope dans la tuyauterie en guise de dessert.

Ce matin, inhabituel , le patient est jeune, agé d’une quarantaine d’années. Passons tout de suite sur le résultat de l’examen, en fait, le temps de venir et de passer l’endoscope, le coupable alimentaire s’était décoincé tout seul. Il avait l’oesophage aussi dégagé que l’autoroute à 3 heures du matin

Arrêtons nous plutôt sur le contexte. Le patient est jeune. Il dispose certainement d’un capital de réflexion digne d’intérêt, attesté par son métier de scientifique dans un laboratoire. Or, c’est la quatrième fois qu’il vient ainsi en urgence, se faire enfiler un appareil, sans anesthésie, par un gastro qui serait mieux à se reposer le week-end chez lui.

Dès lors qu’il est « débouché » et malgré les conseils qui lui sont donnés à chaque passage en urgence, de faire une manométrie de l’oesophage (en plus il a manifestement des troubles de la contraction visibles en endoscopie)… ce patient n’a jamais pris la peine de consulter..

Cette attitude interpelle… Si le patient décide de ne pas se faire soigner autrement que lors des blocages alimentaires aigus, c’est son choix. Il peut venir, encore et encore, et les médecins n’auront pas le droit de se faire prier, pas le droit de le laisser avec ses morceaux de viande ou de pain coincés. Il peut faire comme ça aussi souvent qu’il veut, aussi longtemps qu’il veut. Nous ne pouvons pas nous soustraire au fait que la liberté des patients est parfois , souvent même, aliénation du corps médical.

Et cette attitude est loin d’être une exception. Je dirais même qu’elle prend de l’ampleur ces dernières années.

3 réflexions sur “urgence en endoscopie

  1. question de l’ignare: comment est-ce qu’on sait AVANT l’endoscopie de quoi il s’agit ? tout le monde a eu des genes et des douleurs en déglutissant trop vite, qu’est-ce qui justifie l’endoscopie ?

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    1. on le savait par l’interrogatoire du patient, temps médical essentiel et qui permet dans plus des 3/4 des cas, d’évoquer voire de trouver un diagnostic Ensuite l’examen clinique confirme ou infirme les hypothèses, et peut en apporter de nouvelles Et viennent les examens complémentaires, qui répondent aux hypothèses formulées DOnc le diagnostic était assez facile pour ce patient. Il avait déja eu des aliments coincés, et les symptomes étaient les mêmes et c’est un morceau de viande qui était coincé Si cela peut arriver à n’importe qui, chez lui il y a probablement une maladie de l’oesophage sous jacente et non prise en charge Ce qui justifie l’endoscopie c’est seulement quand c’est vraiment coincé ! Et ça tu le sais tout de suite, plus possible de rien avaler, y compris un verre d’eau ou sa salive

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  2. Interressant cette réflexion, la liberté du patient est parfois l’aliénation du corps médical… il refuse de suivre les recommandations, mais on doit rester à son service jour et nuit malgré tout… ce genre de situation me fait bouillir également. Mon sociologue de mari n’a évidement pas le même point de vue que moi sur la question, arguant que la faute dans la relation médecin-patient vient de nous et de notre attitude… et que justement le patient a l’impression de garder une liberté et un contrôle sur son corps en ne suivant pas nos recommandations… Alors qu’au final il n’a aucune liberté puisqu’il est à la merci des caprices de son corps… Encore un long débat de couple suite à cet article 😉

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