annonce de cancer.

Le premier cancer de la rentrée…

Je dois dire que je ne m’y attendais pas tellement. C’est  un diagnostic auquel on songe toujours, et quelques symptômes m’avaient mis en alerte le jour de la consultation. La patiente avait de longue date de la diarrhée, mais elle doutait avoir vu peut-être du sang, et aussi elle se réveillait la nuit pour aller à la selle, ce qui constitue un symptome d’alerte.  En effet, quand on est malade on est malade jour et nuit. Les troubles persistant la nuit sont donc presque toujours le signe d’une authentique pathologie, alors que les troubles, mêmes importants dans la journée, et qui ne gênent pas le sommeil sont plus généralement bénins.

L’examen de la patiente lors de la consultation fin juillet était rassurant. Alors j’avais donc mis de côté cette éventualité diagnostique. D’autant plus que la patiente n’a que 47 ans, et que ses parents ne sont pas atteints de cancer, elle n’a donc pas de facteur de risque familial.

J’ai découvert une tumeur un peu plus haut que le rectum. Maintenant, il faudra faire un bilan pour s’assurer que la tumeur n’a pas de métastases, et puis l’opérer. A cet endroit là, bien sur, pas question d’anus artificiel ou de poche, on peut remettre en circuit aussitot. Elle sera même opérée par coelioscopie, avec seulement de petits trous et pas une grande cicatrice. Ensuite une chimiothérapie dépend de l’analyse des lésions retirées.

Ce cancer, comme chez tous les patients jeunes ou moins jeunes, va prendre cette patiente au dépourvu. Je suis allée lui annoncer après l’examen, que j’avais découvert un polype, probablement pas bon.

Cette annonce n’est pas anodine. Elle est un moment essentiel et inoubliable dans la vie des malades. Aussi j’essaie de le rendre le plus facile possible.

Tout d’abord je préviens les infirmières du secteur ambulatoire. Ainsi, prévenues  de la mauvaise nouvelle que je vais monter annoncer elles organisent un changement de chambre si le patient n’est pas seul, et une collation dans la chambre et non dans la salle à manger.

Ensuite quand je viens annoncer la nouvelle, je commence par m’asseoir. Je me mets au niveau du patient, et en position de pouvoir le toucher.  toucher émotionnellement est une chose, mais il est important de pouvoir  toucher physiquement si nécessaire.

J’annonce avec des mots sélectionnés, et je ne donne pas vraiment le diagnostic d’emblée. Ensuite je réponds aux questions du patient, ce qui me fournit rapidement une indication sur ce qu’il souhaite entendre et ses interrogations personnelles.

Les réactions des gens sont toujours variées et toutes différentes à ce genre d’annonce. De même qu’il n’y a pas de réaction unique, il ne peut y avoir de manière unique d’annoncer; Noyer les patients à ce moment dans des explications pratiques sans fin ne permet pas au patient d’exprimer ses angoisses.

Chacun va réagir à sa manière à ce genre de nouvelle. Certains penseront à la vie, d’autres à la mort, d’autres encore à leur famille. OU encore à des choses qui peuvent paraitre anodines aux médecins, mais sont en réalité d’importance pour le malade.

La patiente d’aujourd’hui a songé en premier lieu à sa famille. Ses enfants sont petits, des jumeaux de 10 ans, son mari vient de perdre son travail. Je sais ainsi ou se situent ses préoccupations personnelles. La mort ne fait pas partie des possibles de ce que je lui ai annoncé ce jour, et elle fait confiance au corps médical pour la prise en charge.

On peut se poser la question de savoir si j’aurais du temporiser un peu, attendre quelques jours pour annoncer. Mais je connais l’angoisse des patients auxquels on ne donne pas tout de suite un diagnostic dès lors que l’on en est certain. Je préfère ne pas alimenter cette angoisse de l’inconnu. Je sais de toutes façons que j’apporte un diagnostic pourvoyeur d’angoisse, de toutes manières, il faut qu’ils sachent leur maladie. Inutile de temporiser, car le temps d’attente est angoissant encore plus que la connaissance du diagnostic.

J’ai aussi pris l’habitude, dès lors que j’annonce une mauvaise nouvelle, de revoir le patient le lendemain ou 2 jours plus tard. Je sais que l’idée va faire son chemin, que les questions vont venir quand j’aurai le dos tourné, et que c’est un apaisement pour le patient de savoir que je ne laisse pas s’évaporer dans la nature avec le poids de ce diagnostic .

4 réflexions sur “annonce de cancer.

  1. Toujours difficile l’annonce .Je crois aussi qu’il ne faut pas trop parler même pour apaiser notre propre angoisse , le patient ne peut littéralement pas entendre. Le cas dont vous parlez me rappelle 2 histoires récentes de cancers coliques avancés découverts chez des femmes jeunes sans ATCD : l’un devant une métastase hépatique sans trouble du transit(?) avec sténose infranchissable en endoscopie, l’autre avec troubles du transit et semble-t-il inopérable d’emblée , on fait une chimio première .

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    1. En effet, quand on découvre un cancer, on espère toujours tomber sur le « bon » cas, celui de stade précoce et curable. Malheureusement, ce n’est pas toujours le cas…

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  2. je suis interne e medecine generale et j’ai essayé il y a peu d’informé une patiente du diagnostic de cancer ,comme vous je n’ai pas évoqué le mot cancer j’ai parler d’une « masse maligne de mauvais pronostic » la patiente ne m’a pas posé plus de question pendant plusieurs jours nous en avons reparlé et jamais elle ne m’a posé de question bien qu’aucun traitement n’a pu etre mis en place ,je reste surpris par sa reaction

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  3. Cher jeune confrère, c’est bien d’avoir respecté la réaction de votre patiente, et finalement vous ne l’avez pas forcée à entendre ce secret qui peut être vous pesait. Notre job, c’est d’accompagner, d’aider, et de se mettre au diapason de celui qui est malade. Ne pas en parler ne signifie pas que la patiente n’avait pas compris. Je vous suggère 2 questions possible dans cette situation de silence, et si vous vous interrogez sur la compréhension de votre patient : Demandez lui très simplement ce qu’il a compris de vos explications, puis lui demander s’il veut en reparler. M.L.

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