bascule de vie le 6 janvier

Une consultation en gastro-entérologie d’une après midi voit se succéder une quinzaine de patients auxquels on consacre en moyenne 20 à 30 minutes.

Quand soudain dans cette consultation, survient une patiente avec un problème sévère, à prendre en compte aussitôt, cela change la dimension de la médecine pratiquée.

La consultation vire vers une pratique hospitalière.

Cet après midi, la patiente était jeune, la cinquantaine et ne pouvait plus avaler d’aliments solides depuis quelques semaines. Son médecin avait demandé un scanner du thorax, que je découvre devant elle. Celui ci met en évidence de volumineux ganglions dans le médiastin, c’est à dire le milieu du thorax, la zone qui renferme l’oesophage, la trachée, le coeur et les vaisseaux

Ne reste plus qu’à … faire le diagnostic étiologique. Pafois la cause est évidente, mais pas dans ce cas. C’est cancéreux, à l’évidence, mais l’origine doit être trouvée. Cancer pulmonaire, lymphome , autre ?

Au plus vite, il faut prendre en charge cette patiente, gérer une hospitalisation pour réaliser le bilan, et donc.. stop la consultation. Appel du pneumologue, pour la fibroscopie des bronches, du bloc pour rajouter la fibroscopie de l’oesophage que je ferai. Appel d’un médecin interniste pour la faire hospitaliser, appel des anesthésistes pour la voir en consultation demain. Appel en radio pour un scanner abdominal qui va compléter le tout. Organisation du programme des examens. Monter le dossier dans le service d’hospitalisation. Pour tout cela, la secrétaire m’assiste, bien sur, mais il est mieux d’appeler moi-même les praticiens qui seront concernés.

Et puis, expliquer à la patiente et à sa fille. Expliquer que je ne peux pas donner la réponse de suite, encore moins le traitement salvateur espéré. Expliquer que c’est très certainement quelque chose de sérieux, qui va déboucher sur un traitement « fort ». Attendre les questions de la patiente, et de sa fille. Viennent seulement les larmes, et la prise de conscience qu’il se passe vraiment quelque chose, contrairement à ce qu’elles avaient encore espéré jusqu’au dernier moment; le mot cancer ne sera pas prononcé. Je ne l’impose pas, n’ayant pas de demande de la malade, et pas de définition à mettre encore sur la maladie. Si elle m’avait demandé, docteur, est ce un cancer.. j’aurais répondu : oui, je le crois.

Pour finir, il faut maintenant prescrire un traitement antalgique suffisamment puissant pour calmer les douleurs thoraciques de la patiente, sur lesquelles le paracétamol à forte dose ne suffit plas.

Et puis  continuer la consultation, avec les autres patients; moins graves. Avec en tête cette connaissance d’une vie que l’on a fait basculer aujourd’hui. Car c’est bien cela, de se voir annoncer que c’est grave. C’est passer une porte derrière laquelle la vie bascule, derrière laquelle rien ne sera plus jamais comme avant.

4 réflexions sur “bascule de vie le 6 janvier

  1. Quel dur métier et avec quelle conscience et respect vous le faites !!!quand tout bascule aussi rapidement pour le patient, j’imagine que pour vous médecin le choc est aussi, rude . Josy

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