Une autoroute à 10 doigts pour les germes : les mains des soignants…

Laissons à Pasteur, qui s’y connaissait bien mieux que beaucoup d’entre nous, le soin de  rappeler les fondamentaux de la prévention des infections: « Au lieu de s’ingénier à tuer les microbes dans les plaies, ne serait-il pas plus raisonnable de ne pas en introduire »?

Pas simple pourtant, l’histoire entre les soignants et l’infection. Le premier médecin qui s’acharna à contraindre les soignants au lavage des mains y perdit sa place et sa réputation. Même s’il est désormais considéré comme le précurseur de l’hygiène moderne, sa vie n’a pas été un long fleuve tranquille suite à ses observations. Cela nous parait si évident que l’on s’étonne encore de tant d’obscurantisme de la part des médecins…. Semmelweiss (1818-1865) avait observé que les femmes suivies pour l’accouchement par les sages-femmes (qui se lavaient les mains) ne mouraient pas de fièvre puerpérale, tandis que celles accouchées par les médecins (qui faisaient des autopsies, et ne se lavaient pas les mains) mouraient beaucoup. D’où sa conclusion, trop simple pour l’époque, et non acceptée de ses confrères,  parce qu’elle mettait en cause les médecins: le lavage des mains diminue le risque d’infection.

La peau des mains des soignants est un lieu de passage. Une véritable autoroute à 10 doigts.

En établissements de soins, la flore des mains se caractérise par le portage significativement élevé de bactéries résistantes aux antibiotiques.

L’un des problèmes de la maitrise de la transmission des germes hospitaliers réside dans la maitrise de leur transmission par les mains des soignants.

Etablissons une liste de ce qui peut transmettre des germes dans le monde médical et hospitalier

  • La poignée de mains

Elle augmente significativement la probabilité que germes, bactéries , virus et champignons se transmettent d’une personne à l’autre, et in fine au malade.  Mark Sklansky, professeur à l’université de Californie, dans un éditorial publié sur la revue Jama propose d’aller plus loin. Ce professeur d’Université voudrait instituer des zones où il serait interdit de se serrer les mains, les « no handshaking » (pas de poignées de main), avec la mise en place de panneaux donnant des informations sur les raisons de cette interdiction, comme pour l’interdiction de fumer. Ceci, afin d’aider les personnes à prendre conscience du danger de transmission de certaines bactéries, et notamment du clostridium difficile, très fréquent au sein des hôpitaux.

Les jeunes se disent parfois bonjour par un contact entre leurs poings fermés. Cela s’appelle un Check. Se serrer la main expose trois fois plus de surface de peau que le contact des poings, et  dure près de trois fois plus longtemps. . Se dire bonjour avec le poing… une pratique de la rue qui pourrait être recommandée dans les couloirs des hôpitaux. Autre pratique envisageable : le hochement de tête, à l’asiatique.

  • La main du médecin sur le ventre du patient:

Illustration parlant des germes de la main non lavée avec un exercice très simple

  • un médecin examine juste le ventre d’un malade avec ses 2 mains
  • C’est un malade porteur d’une bactérie résistante (trouvée dans ses narines):  Staphylococcus aureus methicillin-resistant
  • Ensuite, le médecin lave une de ses mains en utilisant un gel hydro-alcoolique, puis il pose ses 2 mains (main lavée, main non lavée) sur un milieu de culture, ou les bactéries peuvent se développer.
  • Du côté de la main désinfectée => rien ne pousse
  • Du côté de la main non lavée => des bactéries poussent sur le milieu de culture

 

The Hands Give It Away

Curtis J. Donskey, M.D., and Brittany C. Eckstein, B.S.

N Engl J Med 2009; 360:e3 January 15, 2009

  • Le soignant grippé

La Grippe saisonnière est très contagieuse.  Un patient grippé induit en moyenne 10 contaminations secondaires: http://microbiologie.univ-tours.fr/uel_virus_proba_poly.pdf

La transmission de la grippe s’effectue principalement par l’intermédiaire des gouttelettes provenant des voies aériennes supérieures générées par la toux, les éternuements ou la parole d’un sujet infecté.

Est exposé tout sujet en contact proche (moins de 2 m) avec une personne présentant un syndrome grippal typique en période épidémique jusqu’à 6 jours après le début des symptômes.

On s’étonne de voir les médecins si peu contaminés par les grippes de leurs patients. La raison est simple = c’est parce que le médecin se lave les mains entre chaque patient.

En période épidémique,  un patient  a donc bien plus de chances d’attraper la grippe dans la salle d’attente de son médecin que dans sa vie courante !

Le port du masque est un geste de prévention rarement utilisé par les soignants. Surement parce qu’il est dur de supporter une journée entière avec un masque devant la bouche.

  • Le téléphone portable

8 smartphones ont été pris au hasard dans un bureau de Chicago, puis les gerrnes analysés. Tous présentaient entre 2.700 et 4.200 unités de coliformes, des germes provenant des matières fécales. Ce sont des quantités anormalement élevées : pour l’eau potable, par exemple, la limite tolérable est de 1 unité pour 100 ml d’eau.

http://www.wsj.com/articles/SB10000872396390444868204578064960544587522

  • La poignée de porte

Une étude a montré la contamination de 27% des 196 poignées de portes d’un hôpital par du staphycoloque résistant aux antibiotique (on parle de SARM).  Une autre étude dénombre  47% de poignées contaminées par Staphylococcus epidermidis, 3.7% par des bactéries gram négatif et 0.7% par SARM.  

Les souches de SARM sont très résistantes.  Elles peuvent  persister plus de 10 jours sur des surfaces inertes comme bureaux, tables de nuits, lits, brancards. Le bionettoyage hospitalier, consistant à désinfecter les matériel et objets touches par les patients, est un élément important de la maîtrise de la diffusion des germes.

  • Les boutons d’ascenseur

A Toronto, au Canada, a été réalisée une analyse bactérienne sur 120 boutons d’ascenseur et 96 surfaces de salles de bain dans trois hôpitaux différents.

Les résultats ont trouvé une prévalence de colonisation de bactéries sur 61% des boutons d’ascenseur et 41% des surfaces de salles de bain. Les échantillons ont été prélevés en semaine et pendant le week-end sur deux boutons « extérieurs » (pour monter depuis le rez-de-chaussée ou descendre depuis l’étage le plus haut) et deux boutons « intérieurs » (ceux utilisés pour sélectionner un étage). Dans les salles de bain, les chercheurs ont analysé les poignées de portes, le loquet privé et la chasse d’eau.

Open Medicine, Vol 8, No 3 (2014)  Vol 8, No 3 (2014) « Elevator buttons as unrecognized sources of bacterial colonization in hospitals » CHRISTOPHER E KANDEL, ANDREW E SIMOR, DONALD A EDELMEIER  http://www.openmedicine.ca/article/view/634/554

  • Le stéthoscope

Les membranes des stéthoscopes des médecins sont plus contaminées que certaines parties de leurs mains, mais moins souvent désinfectés, comme l’indique un article suisse.

Les stéthoscopes devraient être décontaminés après chaque utilisation

Mayo Clinic Proceedings February 27 2014 Contamination of Stethoscopes and Physicians’ Hands After a Physical Examination (Visuel NHS) – See more at: http://blog.santelog.com/2014/03/03/hopital-le-stethoscope-vecteur-dinfections-nosocomiales-mayo-clinic-proceedings/#sthash.CdjpLGXD.dpuf

  • Lavage des mains et décision médicale : Se laver les mains, c’est un peu laver sa conscience…

Une étude clinique publiée dans une revue internationale Frontiers in Human Neuroscience a permis de constater que le lavage de mains a un effet psychologique de table rase compensant les bonnes et les mauvaises scènes ayant précédé. Le nettoyage  physique  atténue les sentiments de culpabilité  en agissant comme une sorte de libération de l’esprit.

Pour Laurent Bègue, ces résultats s’expliquent par « l’universalité des rituels de purification par l’eau qui lient la propreté physique à la propreté morale ».

 

(Sci Rep. 2015 May 21;5:10471 : Hand washing induces a clean slate effect in moral judgments: a pupillometry and eye-tracking study.

Cogn Emot. 2015 Sep 21:1-8. : Washing away your sins will set your mind free: physical cleansing modulates the effect of threatened morality on executive control

 

Conclusion : Celui qui transporte le plus de germes… c’est vous et tout ce que vous touchez !

Next post: Pourquoi se laver les mains est plus compliqué que l’on pense

Une réflexion sur “Une autoroute à 10 doigts pour les germes : les mains des soignants…

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