Prédiction an 21 : cohue de demande vaccinale => Covivaxodromes imminents ?

C’était le 2 décembre 2009, et j’ai travaillé sur réquisition (jamais payée) de 11 heures à 19h, sans aucune interruption, dans un gymnase transformé en vaccinodrome pour la grippe H1N1. Un des pires souvenirs de ma vie professionnelle.

Pourquoi des vaccinodromes pour le H1N1 en 2009 ?

Le risque de la grippe H1N1 avait été mal expliqué, tout comme la campagne de vaccination, qui avait commencé en novembre, et n’avançait pas. Les patients étaient méfiants, mais aussi les médecins, qui ne s’impliquaient pas dans la démarche, jugeant généralement qu’elle était disproportionnée pour une simple grippe. En effet, la mortalité des sujets âgés ne semblait pas augmentée. En revanche, à l’image de la grippe de Hong Kong en 1968, la grippe H1N1 était responsable d’un surmortalité significative chez les jeunes,  sans facteurs de risques et en particulier chez les enfants et les jeunes adultes, avec un taux de mortalité de 3 à 13 pour 100 000 qui est environ 50 fois plus élevé que ce qui est observé pour les grippes saisonnières dans ces populations. D’où la décision de vacciner d’urgence la plus large majorité de la population. Et pour le faire vite, pour simplifier et accélérer, la ministre de l’époque eut l’idée de proposer ces vaccins dans des structures dédiées, que l’on appela « vaccinodromes »

Une analogie avec ce qui pourra se passer au temps du Coronavirus

Ce qui, à l’époque pouvait rendre compliqué la vaccination en cabinet, c’est le conditionnement du vaccin qui était présenté par paquet de 10 et ne pouvait être conservé longtemps. Le problème sera de cet ordre en 2021

Ce jour sans fin de ma réquisition est le jour ou j’ai vu le plus de patients de tout ma vie professionnelle.  En moyenne, je ne sais plus, mais genre 2-4 minutes par personne. Il fallait résorber une file d’attente impressionnante. Si mes souvenirs sont exacts, les gens avaient attendu entre 4 et 6 heures pour arriver au but, voir le médecin, recevoir le vaccin.

Le médecin avait pour  rôle de poser les questions cliniques prévues par le protocole, d’informer les patients, puis d’être pas loin quand les infirmières piquaient, afin d’intervenir si malaise.

A cette date, début décembre 2009,  l’arsenal vaccinal composé au début d’un  premier vaccin à virus vivant atténué, injecté à la majorité des gens, venait d’être complété par l’arrivée d’un second vaccin dit sans adjuvant, et réservé exclusivement aux femmes enceintes, aux enfants, et à quelques rares patients disposant d’un vrai certificat d’intolérance grave à un vaccin.  

2 souvenirs me restent de cette journée

  • Les bagarres entre les personnes de la file d’attente pour passer avant les précédents. Tous avaient une bonne raison
  • Mais surtout, les polémiques constamment renouvelées au cours de la journée par toutes les personnes qui jugeaient être candidats à recevoir le vaccin sans adjuvant, alors que leur cas n’en relevait pas. Tous avaient une bonne raison. Plusieurs m’ont insultée, voire ont voulu me violenter quand je leur opposais un refus, quand j’alléguais le fait que je n’étais pas décideuse, mais juste accompagnatrice, et que les process étant normés.

Cette expérience, une de celles que l’on n’oublie jamais, me laisse présager des jours difficiles avec le vaccin anti-Covid

Comment s’organisera en vraie vie la vaccination COVID, quand les gens voudront faire du fi des ordres de passages HAS

Il y a des points positifs dans l’organisation de la vaccination contre le Covid : cette fois ci, les médecins généralistes sont pro-actifs et indiquent vouloir participer à la campagne de vaccination.

Mais la ou j’y crois moins, voire peu, c’est à la possibilité pour les médecins de réaliser cette campagne nationale de vaccination de toute une population en quelques semaines au sein de leurs cabinets.

En effet, l’implication du corps médical est positive, mais comment est-ce organisable sur de la simple bonne volonté individuelle des médecins. Il ne faut pas oublier d’une part la logistique, pas si simple, et d’autre part, les patients et la demande qui va avec.

  • Tout d’abord, il y a le recueil du consentement du patient, qui, si j’ai bien compris, doit théoriquement être effectué plusieurs jours avant l’injection du vaccin, sur une consultation spécifique et sur-tarifée (déja c’est critiqué). Mais je lis que le vaccin pourra être administré dans le même temps « selon les cas ». Parce que 2 consultations à quelques jours d’intervalle, c’est pas simple à envisager. Donc on avance déjà un peu sur ce point d’organisation.  
  • Ensuite il y a la logistique. Une nouvelle fois le vaccin nouveau, celui à ARN va être conditionné, comme celui du H1N1, en plusieurs unités, 5 dans le cas présent. On sait qu’une fois décongelé, il se garde seulement 3 à 5 jours. Il faudra donc une organisation notable au généraliste pour ne pas être obligé de jeter des doses non utilisées. Et pour se fournir régulièrement.
  • Ensuite, il y a les gens. Ceux qui se battaient dans la queue de la vaccination H1N1 pour passer avant les autres, ceux qui voulaient à tout prix recevoir le vaccin qu’ils ne pouvaient avoir. Et, je suis convaincue qu’on va les retrouver….

Je prédis, je crains de prédire la désorganisation qui va rapidement survenir .

A l’heure actuelle, les journalistes font leurs choux gras de quelques complotistes bavards et des antivax, souvent antipleindetrucs . Parce que des gens qui disent non, et qui s’opposent, ça occupe mieux les ondes que des gens d’accord avec tout. Sauf, qu’en pratique, je suis convaincue que les antivax sont minoritaires. Dans les sondages, cela fait plus glorieux de dire qu’on est contre, alors qu’en réalité on est plutôt pour, même si un peu méfiant, et ça, face à la nouveauté, qui ne serait pas méfiant, c’est normal de l’être.

Mais, donc, selon moi, passée la période de doute, les gens vont très probablement adhérer rapido-presto au seul truc qui peut sauver la vie sociale, LEUR vie sociale en 2021, le vaccin. Alors, viendra très vite, je dirais entre mi et fin janvier le moment ou tout le monde va en vouloir de ce vaccin … Nonobstant l’ordre de priorité défini par des bureaucrates ayant à gérer un nombre de doses disponibles et pas des humains qui pensent en premier à eux.

Viendra vite, très vite, bien plus vite qu’on ne croit, un moment, ou tout un chacun va se trouver une raison parfaitement valable d’être prioritaire. Et chaque personne ayant décidé d’accéder plus vite que prévu au vaccin va mettre en œuvre une stratégie d’accession, qui risque de, disons-le, foutre le bordel dans les prévisions chiffrées des bureaucrates.

En même temps, viendra s’ajouter un second vaccin, basé sur un modèle vaccinal différent, un virus vivant atténué, et donc contenant un adjuvant. Ce vaccin la sera plus facile à conserver, bien moins cher, et a des chances d’être rapidement proposé préférentiellement. Il faudra donc déployer des discussions houleuses avec des patients qui n’auront pas de droit au choix, mais allégueront que finalement le vaccin a ARN a probablement moins d’effets indésirables, car il est sans adjuvants.

En pratique, pourra t’on éviter les COVIVAXODROMES ?

En pratique, bon nombre de généralistes risquent de se prendre la tête avec ces vaccins et leurs patients. Entre les différents vaccins, les patients prioritaires et ceux qui ne le sont pas mais veulent l’être pour une raison parfaitement valable à leurs yeux, et en tenant compte d’une inflation exponentielle de la demande de vaccination à laquelle ils risquent de peiner à répondre avec leur seule organisation individuelle…

Il m’apparait, vu d’un mardi 30 décembre 2020, ou l’on a réussi en France à vacciner seulement une petite centaine de personnes, tandis que nos voisins en ont déjà piqué des milliers, que la seule solution envisageable au bout d’à peine quelques semaines, disons courant janvier, et surtout si l’épidémie repart, ce sera non pas demander aux patients d’aller chez leurs médecins, mais aux médecins d’aller dans des lieux adaptés logistiquement à une pression de demande vaccinale. Ils l’ont fait au mois de Mars, en créant de toutes pièces des Covidromes. En l’état, et face à l’arrivée d’un vaccin ou de plusieurs vaccins, je ne vois pas comment on pourrait faire autrement qu’avec des Covivaxodromes.

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