Le petit pont que l’on peut franchir sans s’apercevoir : celui qui va de la médecine holistique non médicamenteuse à l’ésotérisme

La médecine holistique est de plus en plus populaire, de par son discours : soigner l’individu dans sa globalité : corps, esprit et âme.

Elle intéresse le corps médical qui a conceptualisé cela sous les acronymes INM (intervention non médicamenteuse) ou TNM (thérapies non médicamenteuses). Les INM sont des interventions non pharmacologiques qui visent à compléter ou à soutenir les traitements médicaux classiques, sans recourir aux médicaments.

Elle comprend une grande variété de pratiques et de techniques. Elles se placent toutes en dehors du cadre traditionnel des traitements médicamenteux, mais elles ne sont pas nécessairement dangereuses.

Cependant, elles génèrent des craintes. Si les francs participants de cette nouvelle vision du soin sont rassurants, peut-être ne réalisent ils pas qu’au delà d’approches fondées sur quelques bases biologiques et anatomiques et de bien-être physique,  il y a un pont, subtil, et facile à franchir sans s’en apercevoir, de manière presque fluide et naturelle, qui mène de ces pratiques à des domaines plus mystiques, frôlant puis conduisant à l’ésotérisme. L’ésotérisme, rappelons le, c’est ce qui est tourné vers le symbolique, le mystique, le caché

Explorons ce petit pont subtilement franchissable qui conduit de la médecine holistique non médicamenteuse jusqu’à l’ésotérisme. Comment certaines pratiques médicales ou thérapeutiques populaires peuvent-elles se fondre dans des approches plus spirituelles ou énergétiques avec le danger de manipulation et d’éloignement du soin que cela comporte… et sans que le patient ne réalise vraiment la transition ?

La médecine holistique  c’est la médecine de l’accord entre le corps et l’’esprit. Les interventions non  médicales viennent compléter ou améliorer les traitements médicaux conventionnels, dans le but d’une meilleure qualité de vie malgré la mauvaise santé.

Quelques propositions ne font pas peur ni à première vue, ni à la revoyure. Au pire ça ne sera pas utile, mais ce ne sera ni dangereux, ni délétère

  • La sophrologie :  travail de relaxation profonde visant à gérer stress, anxiété et douleurs chroniques. Elle est largement accepté dans les milieux médicaux, perçue comme un outil scientifique et éprouvé. Ce qu’elle n’est pas.
  • L’acupuncture : pratique ancienne de la médecine traditionnelle chinoise, elle est aussi admise par les médecins. Pourtant le concept est le flux énergétique et les méridiens, et n’a rien de scientifique
  • La relaxation, la méditation et le yoga : techniques de gestion du stress et de réduction de l’anxiété considérées comme des pratiques soutenant le processus de guérison, par l’harmonie intérieure mais avec un cadre et un vocabulaire médicalement acceptable

C’est la notion de travail énergétique, de magnétisme, de dimension spirituelle. Cela se fait insensiblement et reste souvent crédible par les patients , aussi c’est difficile d’en cerner le passage

  • La naturopathie : idée de départ simple : soigner par la nature, équilibrer le régime alimentaire et nettoyer l’organisme des toxines. Mesures de santé et de nutrition de bon sens et l’utilisation rationnelle de quelques herbes
    • Mais … certains naturopathes glissent subtilement vers des concepts plus flous, et spirituels, comme l’âme, l’énergie invisible, le blocage des énergies invisibles, la purification énergétique, ou même la révision des mémoires émotionnelles ou karmiques. approche spirituelle de guérison. Avec à la clé beaucoup de potions et de plantes pour conjurer ou abjurer ces énergies. La pratique entre dans le concept énérgétique, celui qui mêne à l’ésotérisme.
  • L’ostéopathie : à première vue, c’est une discipline qui se concentre sur les déséquilibres musculosquelettiques et les tensions corporelles.
    • Mais… Certains ostéopathes intègrent progressivement une dimension énergétique : « libérer les tensions corporelles pour rééquilibrer l’énergie vitale », ou encore « libérer les émotions coincées dans le corps », ou « débloquer des organes engorgés ou déplacés », voire chez l’enfant « travailler sur le traumatisme de la naissance »
  • L’hypnose : utilisée et validée en médecine pour la gestion de la douleur et de l’anxiété,
    • Mais …  elle commence à dériver si elle se met à convoquer l’insconscient, la mémoire corporelle ou une dimension spirituelle
  • Les massages thérapeutiques deviennent … énergétiques et  introduisent une intention spirituelle (circulation de l’énergie, rééquilibration..) allant bien au-delà de la détente physique

C’est ainsi que de nombreuses pratiques de médecine holistique deviennent en réalité des passerelles invisibles et glissantes entre le scientifique et l’ésotérisme.

La bonne santé doit être physique et psychique selon la définition donnée par l’OMS.

Cette définition est intéressante, elle explique la perception globale de la maladie, allant du soulagement physique à la recherche de sens, et à un travail spirituel . A première vue, c’est intéressant.

Les pratiques complémentaires holistiques partent de principes admis, mais néanmoins non scientifiques ayant des fondements fragiles en biologie, en physiologie, en psychologie, en manipulations physiques. Dès lors que s’ajoutent insensiblement des actions de dimension spirituelle, cela sort du soin holistique pour aller vers la croyance, qui caractérise l’ésotérisme.

La première étape est la recherche du sens et la compréhension de la maladie. Certains proposent des concepts psycho-biologiques pour relier pathologie et émotions ou traumatismes passés. Cela conduit à des propositions cherchant à  associer la maladie à des conflits émotionnels inconscients ou des anomalies biologiques internes nécessitant un « décodage »

Ca se corse quand la recherche de sens spirituel apporte une non seulement une nouvelle lecture de la maladie mais aussi une nouvelle lecture de son traitement. C’est alors que peuvent arriver des influences débouchant sur des approches de  guérison spirituelle ou émotionnelle d’un corps qui n’est que le miroir de l’âme. Cette approche pouvant exclure tout ou partie des traitements conventionnels.

Et même, certaines personnes n’attendent pas la maladie.. elles s’orientent vers une dimension spirituelle de la prévention, qui souvent les éloigne des mesures rationnelles de prévention, tant leurs croyances les convainquent que cela les met à l’abri de la maladie.

Le véritable danger de ce passage non-dit entre médecine holistique et ésotérisme est que, souvent, le public ne s’en rend même pas compte. Un traitement qui commence par un bilan physique et alimentaire ou un massage un peu énergétique, ou de la méditation avec de la respiration, se transforme parfois en une pratique de développement spirituel sans que la personne soit réellement informée de ce glissement.

Ce phénomène est à la fois attrayant et subtil : il attire les individus à la recherche d’une guérison complète, intégrale, globale, au-delà des symptômes physiques, tout en introduisant des concepts qui peuvent dépasser leur cadre de référence initial. Et ceci sans que les patients ne soient avertis des intentions de la personne qui les prend en charge et de la transition vers une dimension plus invisible et plus manipulatoire de la prise en charge.

Reste à chaque étape un seul remède, toujours le même, normalement librement disponible et accessible à tous, mais parfois en rupture de stock : porter un regard conscient et critique pour ne pas se perdre à son insu dans les méandres du non-vérifiable.

2 commentaires sur “Le petit pont que l’on peut franchir sans s’apercevoir : celui qui va de la médecine holistique non médicamenteuse à l’ésotérisme

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    1. Le non vérifiable est plus souvent du sensationnel et de l’émotionnel et il est largement démontré dans les réseaux sociaux que cela retient plus l’attention des gens que la science vérifiable…

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