Enfin, mes petits fils sont contents. Le déjeuner promis chez McDo, c’est aujourd’hui

On mange tranquillement nos sandwichs, soudain un grand fracas dans l’escalier. Mes petits concierges se précipitent ! Un serveur vient de glisser avec sa pile de plateaux.
Il y a peut-être déjà un docteur ? Néanmoins, je me sens obligée d’aller voir. Pas par héroïsme, juste par devoir
Et donc tout autour de ce pauvre A, en plein milieu de l’escalier, du monde, mais pas de médecin, aucun soignant.
Rapide examen de la jambe du garçon : même pour un gastro, la fracture sus malléolaire ne fait pas débat. Gonflement immédiat et hématome instantané, je crois que c’est assez pathognomonique.
C’est comme pour les accidents de voiture : gérons le blessé, évitons les suraccidents
Le blessé est assis au milieu de l’escalier, blême et douloureux.
Autour de lui, des boissons et des glaçons répandus, bien glissants Et des clients qui montent et descendent comme si de rien n’était.
Une responsable annonce avoir eu le 15 qui devrait arriver dans 15-20 minutes.
Et une manageuse en chef, dont je vais réaliser la présence ultérieurement
L’urgence est de trouver des solutions pratico-pratiques. C’est à la portée d’un médecin et c’est ce que l’on peut faire dans ce genre de situation, donc je gère.
- Descendre le blessé : des clients compatissants acceptent de le porter
- Quelqu’un lui a trouvé une chaise.
- A peine posé sur la chaise : grand malaise vagal.
- J’insiste pour qu’on l’allonge.
- Finalement les salariés trouvent un carton !!
- Il termine allongé au sol sur son carton au milieu du restau, mais c’est plus confortable pour lui.
- Ensuite il faut insister pour mettre quelque chose sous sa tête
- Puis le couvrir car il a froid.
Et c’est après tout ce tintouin que je réalise le tableau: depuis le début il y a une jeune femme plantée face à nous, téléphone greffé à l’oreille. 10 minutes passent. Je suis toujours à genoux par terre à côté de mon blessé, j’ai peur d’un autre malaise. On attend les secours.
Et la jeune femme est toujours la, toujours vissée au téléphone.
Soudain, je comprends : c’est la manageuse ! Elle me le confirme
Elle a juste fait une action : poser une question au blessé, au moment exact ou il faisait son malaise. Comprenons l’urgence de cette question : « tu as glissé en montant ou en descendant ?». . Je lui ai rappelé que ce n’était pas le bon moment pour une question comme celle-ci.
Mais quel rôle a-t-elle joué depuis le début ?
Et elle ? :
- C’est une autre salariée qui a appelé le 15
- Elle ne s’est pas occupée de la mise en sécurité du garçon.
- Elle ne s’est pas une seule fois approchée de lui pour le réconforter. Elle est en face, elle le regarde
- Elle n’a pas fait nettoyer l’escalier transformé en patinoire, c’est moi qui leur ai dit de le faire.
Elle a téléphoné ! depuis la première minute. Elle est en train de faire … la déclaration d’accident du travail !!
Très sincèrement, on vit dans un drôle de monde. Un monde ou le responsable ne s’occupe pas de l’humain blessé, ne l’apaise pas, ne s’en approche même pas, ne gère pas non plus le reste de l’équipe, ni l’organisation de la continuité du service. Un monde ou le manager ne gère qu’un truc : le papier administratif.
Tout en regardant sans émotion son salarié avec la jambe cassée, 2 de tension, coincé dans un escalier puis allongé au milieu du restaurant qui lui continuait à tourner, elle n’a songé qu’à une urgence : faire la déclaration d’accident.
Voilà, ça se passe comme ça aujourd’hui.
L’administratif est une priorité.
Le responsable est la: Face au blessé, il fait des papiers, comme si de rien n’était.
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