L’ARRET DE TRAVAIL : réponse médicale contrainte à un malaise profondément sociétal : et si le vrai problème n’était pas les médecins, mais le travail ?

Drame, c’est une submersion d’arrêts de travail et particulièrement d’arrêts de travail longs.

A nouveau coupables : les médecins !!

VRAI PROBLEME : CONSTATATIONS CHIFFREES VERITABLES (ET QUI AFFOLENT L’ADMINISTRATION ET LES MINISTRES)

  • En 2025, Plus de la moitié de l’absentéisme est constituée par les absences supérieures à 90 jours. Et plus d’un tiers des arrêts longs sont désormais liés aux risques psychosociaux comme le burn-out ou la dépression
  • Constatation de la CPAM, dont l’opinion s’appuie sur des référentiels (faits par des gens loin du soin quotidien)  : « dans de nombreux cas les durées d’arrêt de travail prescrites par les médecins sont supérieures à celles prévues par les référentiels recommandés

VRAI PROBLEME… ET MAUVAISE SOLUTION : IMPUTER CETTE RESPONSABILITE A CEUX QUI SIGNENT LE PAPIER DE L’ARRET

On rend les médecins responsables des arrêts .

En conséquence, on fait pression sur eux pour réduire leurs prescriptions :  on convoque, on sermonne, on menace, et on sanctionne : contrôles de la quantité d’arrêts de travail, pression administrative, mise sous tutelle prescriptive avec des objectifs à ne pas dépasser (MSO).

Ironie : on dégrade les conditions de travail des médecins autant que celles de leurs patients ! Certes ils ne s’arrêtent pas si facilement, les soignants, en revanche, exposés aux stresses administratifs, beaucoup se réfugient aussi finalement dans l’arrêt de travail ou le changement  professionnel  

QUESTIONS A POSER : SI LE VRAI PROBLEME N’ETAIT PAS L’ARRET DE TRAVAIL

Si le problème était..  le travail ?

Si le problème était sociétal ?

  • Que cache, que révèle, cette explosion administrativement choquante ? N’essayerions nous-on pas, en en accusant le corps médical, de cacher la  réalité de la souffrance qui serait à l’origine des arrêts de travail ?.

Quelques éléments de réponse

1.Un phénomène de société dont les médecins ne portent pas la responsabilité : le travail

       On habite une époque ou les gens sont moins tolérants à l’inconfort, aux obligations, aux difficultés professionnelles que les générations précédentes. Au travail, ils veulent du sens, de l’autonomie, du lien. Malheureusement, la réalité c’est que les heures passées au travail bafouent très souvent ces besoins et induisent une perte de sens.

      • Les relations interpersonnelles y  sont complexes : hostilités, silences accusateurs, conflits ouverts ou larvés, ragots.
      • Le Management est  discutable, voire défaillant :  managers pas réceptifs, managers toxiques, chefs despotiques, RH pas concernées ou pas compétentes.

      Tant que le travail ne sera pas interrogé, la souffrance s’installera et fuir devient une logique de solution prioritaire solution (ou même la seule solution).

      2. La médicalisation du malaise social :  les gens sont plus enclins qu’autrefois  à considérer que leurs difficultés émotionnelles ou psychologiques justifient une prise en charge médicale : ils  voient dans l’arrêt de travail une échappatoire à leur souffrance professionnelle,

      3. Les médecins ne font que répondre, avec le seul outil dont ils disposent

      Ils n’ont pas tant de choix que ça face au malaise psychosocial. Eloigner la personne de son problème est le seul outil à leur portée

      • D’abord le médecin croit ce que lui dit le patient : il n’a aucun moyen de le vérifier, et la confiance est la base de la consultation
      • Et si une personne se dit en crise psychique au travail, le médecin estime que l’éloignement est la façon optimale de protéger le salarié à court terme (ne pas oublier que si la personne se suicide, le médecin peut être mis en cause)

      Donc : L’arrêt de travail ne doit pas être perçu comme un abus, mais comme un signal d’alarme collectif auquel les médecins ne font que répondre avec les moyens dont ils disposent

      LE PROBLEME DES ARRETS MALADIES C’EST QU’ILS NE SONT PAS LA SOLUTION DU PROBLEME

      • L’éloignement ne règle pas le problème d’une personne en souffrance au travail
      • Au contraire même : Les vertus thérapeutiques de l’arrêt seul ne sont pas démontrées. Les articles scientifiques, montrent que l’arrêt isolé n’a pas de valeur thérapeutique garantie dans les troubles liés au travail.

      Car d’un point de vue thérapeutique, trouver un refuge, éloigner du problème, ne modifie pas la source du problème qui est la situation causale. Au retour, l’environnement de travail sera fatalement le même, la situation n’aura pas ou peu changé, et donc le risque de rechute ou de nouvelle absence est élevé.

      De ce fait, souvent l’arrêt doit être rallongé quand il constitue aussi une source d’angoisse avec une grande peur du retour.   Et plus il est  prolongé, plus l’arrêt maladie entraîne aussi un isolement social et une perte d’identité en tant que membre actif de la société , ce qui ne guérit pas forcément la difficulté psychique liée au travail.

      LA VRAIE SOLUTION : AGIR SUR LE TRAVAIL, PAS SUR L’ARRET

      1) Réduire les causes qui rendent nécessaires les arrêts : Repenser la prise en charge de la souffrance au travail

      Actuellement il n’y pas d’accompagnement des problèmes psycho-sociaux sur le lieu du travail.

      • Absence de soupape émotionnelle
      • Les solutions d’adaptation et de résolution des problèmes sur le lieu du travail souvent inexistantes : dispositifs d’accompagnement en entreprise peu développés, et souvent pas de proposition concrète en cas de conflit.
      • Le recours à la médiation est ignoré ou pas proposé.

      2)Parler de Prévention primaire en entreprise: médiation avant médicalisation 

      Former les managers, instaurer une culture du dialogue, détecter précocement les signaux de détresse.

      Les managers sont souvent démunis. Sans formation aux risques psycho-sociaux, et soumis à la pression du résultat,  ils sont souvent la cause du malaise du salarié mais ils sont aussi en souffrance eux-mêmes.

      Les services RH ne veulent pas s’intercaler dans les conflits entre personnes.

      Il est indispensable d’encourager les entreprises à ouvrir des espaces neutres de dialogue, de médiation et de régulation avant que la situation ne se cristallise.

      3)Prise en charge professionnelle continue pendant les arrêts longs.

      Un arrêt long sans accompagnement est un piège : il peut renforcer l’isolement, la perte d’identité professionnelle et même la peur du retour, prolongeant ainsi le problème plutôt que de le résoudre

      Le lien avec le travail ne doit pas être rompu. Si l’on veut raccourcir la durée d’éviction.  

      • Ce peut être un suivi psychologique et en particulier de la TCC – thérapies cognitivo-comportementales, (sauf que le délai d’attente moyen pour un premier rendez-vous en centre médico-psychologique se situe entre six mois et un an et l’accès à un psychiatre est extrêmement compliqué),
      • Ou des groupes de parole.
      • Des programmes combinés qui incluent un lien régulier avec le milieu de travail
        • contact avec employeur, ajustements des tâches,  et des missions
        • programmes de reprise concertée avec retours progressifs avec aménagement des conditions de travail
      • tout en faisant attention avec la promotion de « solutions » et autres « formules de coaching » dont l’efficacité n’a nullement été prouvée et qui surfent sur les inquiétudes de la population.

      CONCLUSION : ECOUTER CE QUE DISENT LES ARRETS : LE VERITABLE DEFI N’EST PAS DE « REDUIRE LES ARRETS », MAIS D’APPRENDRE A ECOUTER CE QU’ILS DISENT

      Ils disent la nécessité de redonner du sens au travail, d’humaniser les relations professionnelles, et d’agir en amont, avant que la santé ne soit le dernier recours.

      Ils disent que sans action dans le milieu professionnel,  l’arrêt de travail déplace le problème plutôt qu’il ne le résout.

      Ils confirment que comme aucune action préventive au travail n’est mise en place, les prescriptions thérapeutiques augmentent, en particulier d’arrêts de travail long,

      Ils démontrent que le véritable problème c’est que les difficultés organisationnelles et relationnelles trouvent une réponse dans le champ médical plutôt que dans le dialogue social

      Ils démontrent une fois encore qu’il est plus commode de désigner un responsable, le montrer du doigt, et le punir, et donc d’accuser les médecins de faire trop d’arrêts de travail. Alors que leur responsabilité est bien de ne pas laisser les gens face à leurs problèmes,  

      Le malaise sociétal revient en boomerang vers les prescripteurs

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