audit de médicament

Cette semaine de carnaval de médicament rejoint mes préoccupations du moment

Je viens en effet de terminer l’audit des prescriptions médicales et des administrations de médicaments faites par les médecins et les infirmières de la clinique

Configuration: ce n’est pas l’hopital public. Alors pas de petite main d’interne qui passe la visite pendant que le chirurgien opère et que le médecin consulte. Le chirurgien opère ET prescrit. Le médecin consulte ET prescrit. L’anesthésiste endort, accepte de faire la prescription d’entrée du patient, et ensuite il le laisse au médecin responsable dès la 48è h post op. Depuis les audits réalisés en 2006 et 2007, l’urgentiste accepte de rédiger des prescriptions d’entrée cohérentes, ce qui évite déja au patient de n’avoir aucun médicament prescrit jusqu’au passage du chir.

Le malade arrive souvent avec un traitement, dénommé « traitement personnel ». Il est impératif que quelqu’un de tous ces praticiens le recopie sur le document réservé à cet effet, dans le dossier du patient. Le document doit permettre la traçabilité de l’administration par les infirmières, SANS aucun recopiage.

Nous avons l’habitude dans notre structure, de faire des analyses « globales » des pratiques. Nous cherchons une amélioration de l’ensemble, refusons de cibler ceux qui plombent les statistiques. Parfois il me semble que cette manière est quelque peu angélique, mais néanmoins, stigmatiser des réfractaires ne parait pas forcément la bonne solution. Même si’ls sont clairement identifiés, et si des actions sont faites auprès d’eux, ces interventions ne sont pas dans la sphère publique.

L’interprétation que je vais transmettre au corps médical des résultats de ce troisième audit est une impression de constante amélioration. Cela reste pour autant imparfait. L’horizon du 100% est lointain. Même si plus de 80% des prescriptions faites par les médecins sont datées OU signées, seules 48 % sont conformes à tout ce qui est attendu d’une prescription hospitalière, c’est à dire nom du praticien, date, dosage, forme galénique (intraveineux, per-os..). Si l’on demande de rajouter la durée de prescription à ces items, ce qui est obligatoire, mais parfois saugrenu chez un patient hospitalisé dont l’état varie chaque jour, on tombe à 28% de conformité.

Ma fonction consistant non seulement à auditer, mais à faire avancer la qualité des prescriptions, j’avoue rester perplexe devant les réticences de certains à prescrire des médicaments.

Des chirurgiens qui se déclarent incompétents pour recopier le traitement de ville d’un malade qui’ils vont opérer, au motif qu’ils ne connaissent pas les médicaments. Pourtant, cela m’étonnerait qu’aucun d’entre eux , vu leur cinquantaine passée et leur stress, ne prennent des anti-hypertenseurs. Pour les anti-inflammatoires, je les vois en boulotter toute l’année pour soigner leurs douleurs. Je suis sure qu’ils sont tout à fait aptes à rédiger des ordonnances à leur famille, après avoir pris le conseil d’un copain généraliste. Recopier le traitement d’un patient, ce n’est pas plus compliqué que cela , et pourtant la majorité dit avoir peur de le faire, et refuse .

Des anesthésistes laissant sans vergogne des malades qui ont dépassé la 48ème heure post-opératoire, médecins ainsi capables de voir le malade du lit d’à côté qui vient de sortir du bloc, sans plus s’occuper de celui qu’ils décident de ne plus prendre en charge parce que c’est désormais de la responsabilité du chirurgien. 

Le risque reste minime, même si des textes insistent actuellement sur la iatrogénie médicamenteuse. Ce n’est plus non plus la pagaille que c’était il y a quelques années, les médecins s’améliorent, par peur d’être mis en cause. Et puis, de toutes manières, à l’hôpital, même quand ce n’est pas bien prescrit, le patient reçoit le médicament.

Mais quand même !
J’ai l’impression d’être une maitresse d’école quand je m’épuise à expliquer à ces adultes, ô combien infantiles, qu’ils doivent prescrire pour un malade hospitalisé de la même manière que sur une ordonnance de ville. Il ne leur viendrait pas à l’idée de confier en consultation à un malade une ordonnance sur laquelle ne figurerait pas leur nom, ou la date de prescription et encore moins la forme galénique, et le dosage du médicament.

Je m’interroge donc sur la raison de cette supposée « incapacité » du corps médical à faire des prescriptions dignes de ce nom chez les patients hospitalisés. Bien sur, ils ont peu de temps disponible. Mais cela ne prend guère plus de temps de faire bien que de faire médiocre.

Il m’apparait que cette manière de ne pas faire est une forme de résistance des médecins. D’une certaine façon, en ne faisant pas la prescription parfaitement, en compliquant les choses, ils se gardent une sorte d’espace de liberté et surtout ils préservent une certaine forme d’autorité qui est celle de faire savoir qu’ils peuvent en fait continuer à faire comme ils en ont envie, et prendre de la distance avec les consignes. Ils savent aussi qu’en pratiquant ainsi, ils exposent peu le patient, car les infirmières prennent le relai. Mais ils font perdre beaucoup de temps, d’énergie, de solidarité aussi, aux personnels qui travaillent auprès d’eux et qui sont fatigués de les solliciter sans relâche.

2 réflexions sur “audit de médicament

  1. même en recopiant on endosse la responsabilité de la prescription, non ? j’ai toujours trouvé délirant qu’y compris en hospitalier, il n’y ai pas un MG prévu pour n lits chargé de ce suivi, en chirurgie pour la prescription de la durée, effectivement difficile en établissement, j’avais pour ma part appris à mettre « une fois », « un jour » comme interne et je croyais cela obligatoire ???

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  2. Vu de l’exterieur,les chirurgiens sont les « meilleurs »…Ils manipulent scalpels et médicaments avec une facilité..!!!Je suis très surprise de voir que finalement ,sortis de la salle d’op ,ils ne savent rien ou pas grand chose….Ils ne pourraient donc pas remplacer un MG,suivre un patient s’il le fallait??

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