à l’orée du diagnostic de cancer

Ce moment ou le médecin sait et ou le malade ne sait pas …

 

Que ce soit l’examen clinique qui trouve une grosseur, une tumeur, un foie manifestement cancéreux, des ganglions suspects. Que ce soit une radio, un scanner, alors que le patient est allongé dans la salle de radio, et le radiologue face à l’image de maladie qui se dessine sur son écran. Le patient dort parfois, quand la lésion cancéreuse est découverte en coloscopie.

 

A ce moment, le médecin sait déjà, ou a déjà compris, et une bulle de doute, de méditation, de secret s’est immiscée dans la relation entre le médecin et le malade.

 

Avec des symptômes parfois vraiment alarmants, un état général altéré, le patient vient consulter avec la demande unanime, celle d’être rassuré.. En silence, il s’inquiète mais espère un diagnostic de bénignité. Certes, la plupart du temps, le patient souhaite  bien que l’on trouvera quelque chose, un (petit) quelque chose de pas (trop) grave, qui lui fera dire avec humour dans les prochaines réunions de famille qu’il s’est fait du mauvais sang pour pas grand chose, mais que le bilan était négatif, et même que le docteur a tout fait, un scanner aussi, donc c’est vraiment sur que ce n’est pas grave ! . Dans le pire de son imagination, cela ne le dérangerait pas, pour une fois, qu’on lui assure  que les troubles sont psychologiques. A tout bien considérer, mieux vaut passer pour un spycho-somatique qu’être vraiment malade.

 

Le médecin, dont c’est le métier, s’attend forcément à trouver des maladies graves. Pour autant que je sache, aucun médecin ne s’y habitue.

 

Surtout ce moment la… celui ou l’on a la connaissance clairvoyante de l’avenir de son patient. Et ou le patient ne sait pas encore, et parfois ne se doute de rien.

 

Un tel  moment s’est produit hier en consultation. Une femme est venue me voir, inquiète sans raison à propos d’ hémorroides qui semblaient ne pas exister, mais l’avaient amenée 2 fois aux urgences. Le toucher rectal m’a fait sursauter, j’ai senti nettement la tumeur maligne bas située…

 

Que dire ? comment faire ? En un éclair de secondes, je savais… le diagnostic a confirmer, l’extension locale et régionale à apprécier, la radiothérapie quasi certaine, et la chimio, et l’intervention probablement mutilante sur une lésion si basse.

 

Mais la patiente était venue pour que je la rassure…. J’ai donc parlé de coloscopie, de gros polype, et, cela n’a pas déclenché de questionnement. Elle n’a pas manifesté d’inquiétude particulière. Au contraire, le soulagement de savoir que ses troubles étaient liés à une cause réelle, a semblé la sécuriser. Elle n’en a pas demandé plus. Je ne pouvais pas asséner comme ça un tel diagnostic, sans autre certitude que le bout de mon index. Il fallait se contenter de l’option de la patiente, le silence, reportant au jour de la coloscopie l’annonce du diagnostic, avec un peu plus d’éléments. C’est en écrivant cette note que je réalise que j’aurais pu demander déjà cette semaine le bilan d’extension. Et en fait, cela ne m’a pas effleurée, tant je voulais rester dans la démarche choisie par la patiente, celle de ne pas être inquiétée tout de suite.  Je tranquillise les lecteurs, j’ai prévu de réaliser la coloscopie au plus vite, dès lundi prochain, il n’y aura pas de temps perdu pour le bilan !  .

 

La suite… . Quelle que soit l’attention que l’on porte à ne pas traumatiser le patient, l’annonce de la maladie est un moment de choc inouï pour les patients. Certes, les médecins peuvent avoir appris à gérer cette annonce, c’est mon cas . Cela n’ôte rien à sa gravité et à ce moment de rupture qu’est une annonce de cancer.

 

Voici tout ce que je sais déjà pour ma patiente et dont elle ne semble pas se douter. Certains diront que c’est faux, que le patient comprend tout, cela peut faire l’objet d’un débat. Je n’y crois pas, tant le désir de bonne santé occulte la réalité pour pas mal de malades à l’orée de l’annonce de maladie.

2 réflexions sur “à l’orée du diagnostic de cancer

  1. Pourtant ,c’est la première chose à laquelle on pense qd on passe un examen …coloscopie, mammographie …. L’angoisse des mammos !!! On se voit déjà chauve….!! Oui, enfin ,on y pense en espérant qd meme que ce ne sera pas cela..

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  2. Oui, on s’inquiète toujours en passant un examen… mais en même temps il y a toujours cette petite voix qui vous rassure, et vous convainc que votre inquiétude n’est pas légitime et que le médecin va vous rassurer !

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