le médecin et l’humain nu

Hier juste avant de s’endormir pour la coloscopie, un monsieur d’une cinquantaine d’années  nous fait une bien étonnante requête… soudain paniqué à l’idée de se retrouver nu et endormi (j’allais écrire impuissant, forcément puisqu’endormi ..), aux mains de 3 femmes ici présentes, l’anesthésiste, l’infirmière et le médecin, il nous demande de ne pas profiter de son intimité ! ou plus exactement, nous explique que sa femme ne souhaite pas que d’autres qu’elles profitent de son intimité ! 

 

Bien sur, cette sollicitation, imprévue mais finalement naturelle, voire attendrissante, nous a précipitées toutes les 3 en philosophie . Les 20 minutes de l’examen furent donc consacrées à disserter de cette importante question du corps des patients.

 

Nous avons entre les mains des corps nus, toute la journée, particulièrement dans le bloc opératoire. Les patients n’imaginent pas à quel point cela est naturel pour les médecins. Seule profession à pouvoir « mettre à nu », seule profession autorisée à toucher le corps des autres, cette particularité est certainement un des fondamentaux de la médecine. Et d’ailleurs, quelles ques soient les obligations, les contraintes, les brimades mêmes, imposées aux médecins, nous aurons toujours ce pouvoir de déshabiller les humains et de mettre sur eux nos mains. Pouvoir que nous sommes les seuls à détenir, et qui fait l’irréductible puissance de la médecine, que les imageries et les robots ne pourront pas anéantir complètement.

 

Certains médecins font attention, d’autres pas ou moins. Personnellement, même endormis pour une coloscopie, je recouvre les patients. D’autres praticiens libèrent leur champ de travail et repoussent les vêtements, sans complexe. Ce n’est pas mon cas. Ca fait marrer les infirmières, d’ailleurs, que je passe mon temps à recouvrir les malades ! puisqu’ils sont endormis ! qu’importe, en théorie ! Eh bien si, je trouve cela important. En plus, si je peux me permettre, vu que je passe mon tube entre les jambes, je préfère la vue d’un drap à celle d’un petit oiseau endormi et fripé, ou d’un pubis mal épilé.

 

Le corps reprend ses droits aujourd’hui pendant ma consultation. Un jeune patient s’étend sur la table d’examen, afin que je lui palpe le ventre, le foie, enfin, rien que du banal, pas du vrai déshabillage. Mais aujourd’hui, ce patient, il a une peluche de son pull dans le nombril … Bon, quand c’est ton mari, ton frère, ton enfant qui a une petite peluche dans le nombril, tu l’ôtes. Mais quand c’est ton patient, qu’il ne s’est aperçu de rien, que tu le vois pour la première fois ? eh bien, non, pas possible de se permettre ce geste d’intimité, le professionnalisme c’est seulement l’examen. Mais c’est dur, faire un examen avec une peluche dans le nombril que tu ne peux pas retirer, pour une femme, fut elle docteur, c’est un vrai supplice. C’est aussi dur que d’avoir un point noir ou blanc sur le menton et de ne pas pouvoir le craquer .

 

Et puis ensuite, j’ai reçu une petite mamy de 100 ans, et c’était une sorte de petite plume. Elle marchait encore, mais pas moyen de monter le pied sur le marchepied de la table d’examen. Trop haut pour elle, qui avait sacrément rapetissé avec les années. Aidée de ma  secrétaire, on l’a facilement soulevée, et elle ne pesait rien, elle était toute légère, toute minuscule … mais la tête, ça y allait. Je vous dis pas le foin qu’elle a fait parce que les ambulanciers ne venaient pas la rechercher assez vite pour la ramener à la maison de retraite !

12 réflexions sur “le médecin et l’humain nu

  1. je me souviens de la première phrase du cours de psychiatrie « vous avez fait médecine pour toucher des corps nus » il y a une autre profession(moins « fun ») qui a le droit de faire ça : les thanatopracteurs je touche rarement les corps en dehors des yeux des paupières mains pour prendre pouls et palpaltion cou (recherche adénopathies): ça étonne déjà les gens parfois les gens découvrent une jambe ou le dos pour me montrer (sur ma demande ) une lésion dermato. une fois un hôpital m’a déposé dans ma salle d’attente une mamie nue en chemise ouverte =>SUPER GUEULANTE de ma part

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    1. en ce qui concerne le regard sur les patients, la aussi on peut en parler, parce que le logiciel médical informatique nuit énormément aux échanges des regards, et je trouve ça bien dommage .

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  2. Merci pour cette attention. Opérée récemment j’ai eu aussi cette angoisse irrationnelle d’être nue et inconsciente, aux regards de personnes que je ne connaissais pas ou à peine et en qui je remettais ma santé. Dommage que cet aspect des choses ne soit jamais évoqué en consultation pré-opératoire, cela rassurerait très certainement les patients …

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    1. Il y aurait tant de choses a évoquer en consultation pré-opératoire ! Vous me donnez une idée: instaurer une rencontre avec les praticiens qui vous prendront en charge avec pour thème: quelles sont les 3/4/5 questions (maximum… il faut des limites!) que vous voulez poser sur votre intervention. On verrait que les préoccupations de chacun sont très variées, et que répondre à des questions qui peuvent paraitre désuètes au corps médical sont en fait très importantes pour les patients.

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  3. je suis étudiante infirmière et dans le cadre de mon travail de fin d’étude je cherche un texte de loi, une règlementation… quelque chose dans la législation qui dit que les patients doivent etre nus sur la table d’opération et (si ca existe) le pourquoi de cette nudité. Pouvez vous m’aider?

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    1. Je n’en sais rien Pour être opéré, c’est logique de ne pas avoir de vetement. A tous niveaux du corps, cela pourrait retarder ou gêner des gestes d’urgence d’une part. D’autre part, les vêtements ne sont pas stériles. Pour le reste, comme les examens que je pratique, a savoir une coloscopie, les gens ne sont pas nus, mais en tenue de bloc. La aussi, tout doit pouvoir se retirer facilement, au cas ou un geste d’urgence vitale aurait lieu, donc c’est juste la chemise courte, qui ferme derrière et que tout le monde connait. En endoscopie, cette chemise est facilement relevée par les praticiens, et c’est la, en effet, que l’on peut faire plus attention En se souvenant tout de même que les médecins ne voient pas la nudité des corps, à laquelle ils sont indifférents.

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  4. Papier fort intéressant. je vous  cite :   » seule profession à pouvoir mettre à nu », « seule profession à pouvoir toucher le corps des autres », « nous aurons toujours le pouvoir de déshabiller les humains »,  » pouvoirs que nous sommes les seuls à détenir »… Eh bien !…. Sauf – et jamais personne n’en parle – que vous êtes aussi un patient potentiel.  On peut être médecin, chirurgien… on est est pas moins homme, ou femme,  et le jour où vous serez nu sur la table d’opération,  le  petit oiseau en berne, exposé à tous les regards, je pense que vous ferez moins le supérieur. Là, fini les titres, fini les ordres. Mr le docteur, Mr le chirurgien, Mr le professeur vous ne serez plus qu’un corps nu. Soumis. Allez !  A poil comme tout le monde !

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  5. Philippe, j’ai lu avec attention votre commentaire. Pour préciser, je ne suis pas un patient potentiel comme vous le dites, j’ai la (mal)chance d’être souvent plus malade que mes patients. Ayant été atteinte d’un cancer du sein, opérée, reconstruite, j’ai été confrontée à cette question de la nudité. En cas de maladie, il est vrai qu’on apprend à se déshabiller plus facilement, et que l’on réalise qu’en effet les médecins ne portent jamais sur les corps un regard « sexué »

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  6. Merci de respecter vos patients une fois endormis et de ne pas les considérer comme des « bouts de viande ». Je ne suis particulièrement pudique mais ce n’est pas parce qu’un patient est endormi qu’il ne doit plus être considéré comme un être humain… Pour ce qui du médecin « asexué », je ne suis pas d’accord, blouse blanche ou non un homme reste un homme et une femme, une femme. Personnellement, j’ai été opérée une fois par un chirurgien homme et je peux vous dire qu’il n’avait pas les yeux dans sa poche !  Le problème pour moi n’est pas tant de savoir ce qu’un médecin en voit des dizaines par jour mais plutôt de prendre le fait que la plupart d’entre nous ne passe pas son temps à poil, à se promener nus devant des tas d’inconnus ! Et juste retour des choses, un médecin quel qu’il soit sera patient un jour !!!  ça fait plaisir de savoir que quand leur tour viendra, on n’aura pas plus d’égards pour eux qu’ils n’en ont pour nous…

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  7. Je suis patient et avec de multiple pathologies héréditaires et confronté à la nudité médicale.
    Pour simplifier les choses, j’ai été victime d’abus entre 10 et 12 ans par le frère infirmier, donc avec des prétextes médicaux.Du coup bien qu’étant un homme, chaque fois que je le peux, je confie ma santé a des femmes, à commencer par ma généraliste, la chef d’orchestre de ma santé.
    L’important pour moi c’est la confiance, et la confiance avec le professionnel de santé , ce construit pour moi avec en premier la qualité de relation humaine et le professionnalisme.
    En général quand le médecin commence ses phrases par « IL » et non par vous, c’est mal parti.
    Le professionnalisme, c’est il y a un problème on prends les moyens.
    Un exemple, j’ai eu un problème de démangeaisons au niveau de la marge anale. Je vois une première Dermato, pas d’examen du tout, une pommade, qui s’avère inefficace, retour chez la généraliste, qui du coup regarde, pour elle 2 petits kistes qui peuvent être enlevés par un dermato.
    Deuxième dermato, pas d’examen , une ordonnance pour les faire enlever à l’hôpital. A l’hôpital cul nu devant trois internes, dans une pièce que les gens traversent sans arrêt. Résultat, ils peuvent le faire, mais chez eux c’est de l’ambulatoire, donc une journée d’hospitalisation, pour selon eux ,un truc qui peut être fait en trois minutes chez un dermato. Donc , je me fais conseiller une dermato par ma gastro-entérologue, rendez vous, la dermato en profite pour faire un tour complet, d’abord en sous vêtement, puis au moment de regarder les kistes , elle inspecte le reste. Moralité trois grains de beauté à surveiller dont un dans le pli de l’aine. Nouveau rendez vous un anesthésique locale à appliquer avant, 5 minutes c’est fini. Moralité combien de fois ai-je été exposé pour rien ?

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