Le médecin parfait existe t’il ?

Un patient consultant un médecin s’attend à trouver un praticien formé, expérimenté, objectif, rationnel,  ayant des savoirs et des savoir-faire. Mais une consultation médicale va bien au delà du savoir médical.  La rencontre de celui qui a un besoin, et attend un service, avec celui qui rend ce service, est aussi la rencontre de 2 personnes, médecins et patients, chacun ayant sa vision propre et son « savoir être ».

 Le savoir-être, c’est un peu comme des empreintes digitales qu’on n’aurait pas eu à la naissance,  mais dont les circonvolutions se graveraient d’année en année durant la vie, et seraient devenues presque inchangeables. Le savoir-être, ces sont des attitudes, des valeurs, des normes personnelles, des règles intérieures,  des modalités personnelles de rapport au savoir, à l’action, à l’autre, au pouvoir.

 Le savoir-être de chaque humain, c’est un truc aussi collant que son ombre. On  ne se défait pas mieux de son savoir-être que de son ombre. Bien sur, tout humain, surtout un médecin peut et doit travailler son savoir-être personnel, et peut œuvre à  le faire évoluer dans ses modalités. Pour autant, comme on dit, on ne se refait pas.

La rencontre d’un médecin et d’un patient, au-delà de l’attente de soins,  est donc forcément la rencontre de 2  subjectivités, de 2 savoir-être.  2 personnes n’ayant pas forcément les mêmes techniques de raisonnement, de persuasion, de réponse aux objections, d’argumentation.  Et cela, y compris si le médecin fait preuve d’empathie envers son patient.

Par exemple, le style perceptif dominant, c’est-à-dire la manière privilégiée de recevoir et mémoriser l’information, peut différer entre le médecin et son patient. On rencontre des visuels, des auditifs, des tactiles, des olfactifs.  La compréhension d’un patient est améliorée si le médecin emprunte son canal sensoriel, repéré par le vocabulaire employé. « vous voyez, docteur, dit un visuel », « quand je touche la » dit un tactile, « je sens que » dit un olfactif, « ça fait comme du bruit » dit un auditif.   Si le médecin n’utilise pas le canal sensoriel préféré du patient, celui-ci peut ne pas se sentir écouté et compris.  Si le médecin n’utilise pas les mots habituels du patient, ses expressions, son vocabulaire, celui-ci pourra se sentir incompris.

En management, on recommande d’utiliser les techniques de synchronisation lors d’entretiens importants.  La synchronisation consiste à se mettre en phase avec la personne en adoptant, (de manière pas trop visible pour ne pas choquer), la même posture,  par exemple le même port de tête ou les mêmes expressions du visage, des intonations proches. C’est assez facile à faire, avec un peu d’exercice.  La synchronisation permet , dit-on, de mieux ressentir ce que ressentent les gens.  Le patient peut avoir l’impression que le médecin n’est pas rentré dans son monde juste parce que celui-ci ne s’est pas synchronisé.

Une dernière notion importante à considérer est la « Proxémie ». C’est pour raison de Proxémie que l’examen clinique pourra apparaître très intrusif à certains patients.  La Proxémie, c’ est la distance acceptable entre individus qui ne se connaissent pas. Cette distance est variable selon les individus et les cultures.  Lors d’un examen physique, le médecin entre dans la sphère privée de son patient. Tout d’abord il le touche, et fait donc partie d’une des rares personnes autorisées à mettre la main sur sa peau. Parfois, le médecin est amené à aller explorer  l’intérieur du patient,  dans certaines sphères très liées à des imaginaires, des interdits, des représentations, notamment en gynécologie et en gastroentérologie. Du coup, une femme peu tactile, de style perceptif dominant visuel, pourra se sentir agressée quand un gynécologue pratique sur elle un examen gynécologique,  en quelque sorte, peut-on dire, sans prendre de gants. Etant visuelle, elle se représente des images lors du geste technique, leur donne une toute autre signification que celle du gynécologue.  A l’inverse, une femme tactile pourrait associer cet examen à des sensations connues, et en déduire que cela est la conséquence d’un comportement inadapté du médecin. Le gynécologue examine pourtant sans dimension sexualisée, réalise un acte technique qu’il répète de nombreuses fois dans une journée.

Pour conclure, il est impossible d’oublier l’importance de la dimension « savoir-être » lors d’une consultation médicale.  Il est clair que le métier du médecin implique de savoir s’adapter aux patients. Pour autant, de la même manière que dans la vie courante, certaines personnes aux savoir-être diamétralement différents éprouvent des difficultés à se sentir compatibles.  Pour autant, si le médecin donne des explications avec son langage personnel à une personne utilisant d’autres codes, il peut rester incompris du patient et lui-même ne pas comprendre pourquoi, car il estime avoir rempli son devoir d’information. 

Certains patients, même s’ils sont insatisfaits de la partie savoir-être de la consultation pourront estimer suffisant pour eux d’avoir obtenu au moins le savoir et le savoir-faire, y compris s’ils ont ressenti une certaine frustration en cours d’entretien. D’autres projettent bien plus d’eux-mêmes dans une consultation médicale et attendent de la part de leur médecin un partage émotionnel.  L’attente est bien sur, fonction des patients. Certains se sentiront  plus en sécurité dans une relation un peu paternaliste,  tandis que de nombreux patients préfèrent un modèle délibératif, et quelques uns des visions alternatives.

Le médecin parfait existe donc très certainement. C’est celui qui convient au patient à l’instant T. Pour autant, d’une consultation à l’autre, la satisfaction du patient envers son médecin n’est pas linéaire (et réciproquement). Selon les jours, le patient peut se sentir plus ou moins pris en considération, plus ou moins écouté, plus ou moins entendu,  les savoir-être du médecin et du patient entrant forcément en ligne de compte lors de chaque consultation.

2 réflexions sur “Le médecin parfait existe t’il ?

  1. il arrive que notre inconscient nous joue des tours… je pense que dans votre billet vous vouliez parler de la Proxémie concept développé par Edward Hall. Or c’est le mot proxénie qui est apparu sous vos doigts. La proxénie est le fait du proxène notable chargé dans les villes grecques de protéger les ressortissants étrangers.La proxénie obligeait les citoyens à fournir le gite et le couvert aux étrangers.
    Quoi de plus évident que nous sommes là pour protéger et aider les ressortissants d’une planète habitée par la peur et la souffrance. Hélas! société consumériste oblige il est de plus en plus évident que loin d’être considéré comme un notable et même un protecteur il est demandé au médecin de devenir proxénète, entremetteur résigné entre le malade et les hautes instances administratives et financières.

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