Mes chers patients, et si je pars ?

Mes chers patients je songe à mon départ..
Je vous aime, mais je voudrais larguer les amarres
Je réfléchis à ma retraite,
Ou bien à aller travailler en maison de retraite,
Derrière un écran la télémédecine exercer,
Ou encore, en maison de santé
Qui ferme à 18 heures, aller m’abriter.
Je ne suis pas un traitre..
Comprenez bien
Je me désole
Ou bien j’en ai ras le bol
Des camisoles
Je ne m’enfuis pas je vole
Vers une vie plus clémente
Des contraintes moins broyantes

Je ne m’enfuis pas à l’aveuglette
Comprenez bien, je ne suis pas un traitre
J’ai longuement analysé et réfléchi à ce casse-tête
Manque de repos, manque de bien-être.
Je crois que j’ai été méritoire,
Mais qui a su le voir ?
Je préfère de la médecine libérale disparaitre,
Sous des cieux moins prenants faire travailler ma tête.

Vous m’observiez hier
Soucieux, troublé, parfois atrabilaire,
Un malaise vous sentiez.
En fait vous vous doutiez
Que j’étais usé
Par plein d’affaires.
Mais des médecins l’argumentaire
Vous disiez ça m’indiffère

 

Je disais que j’étais bien
Face à vous j’avais l’air serein
Je faisais comme si de rien.
Mais alors que je voulais rester cartésien,
J’avais trop de soucis multiquotidiens
Les vôtres mais aussi les miens.

Je ne vais pas me retourner…
Je vais avoir le blues,
Car je laisserai ma place vide sans nouvelle blouse.
C’est une absurdité,
Mais il n’y aura personne pour me remplacer,
Derrière moi ce sera la panique
Et j’ai conscience que votre situation ne sera pas anecdotique.

Mes chers patients je songe à larguer les amarres.
Je vous aimais et sais que mon départ
Risquera de vous faire bizarre
Car les médecins vont se faire rare.
Hélas, la médecine n’est plus un art,
Que vous soyez gueulards
Que vous soyez geignards,
vos futurs praticiens
Seront moins dynausauriens,
Bien plus tacticiens,
Leurs horaires seront draconiens.
Ca sera plus dur pour voir un médecin
Ca sera plus long pour voir un médecin.

Je me demande sur ma route
Si mes malades se doutent
Que mes larmes vont couler
Car je garde avec eux l’envie d’avancer.

Seulement je dois aussi croire en ma vie.
Je ne peux pas indéfiniment être dévoué
Et en même temps utilisé, accablé, amoché.
Pourquoi, où et comment,
n’a-t-on pas accepté que mon dévouement
de tant d’instants
Aurait mérité d’être apprécié
Ce qui m’aurait aidé à continuer.

C’est bizarre l’impression de vouloir quitter une cage.
Parce que j’ai l’âge,
Ou bien juste parce que je ne veux plus faire d’abattage,
Ou encore parce que je n’ai plus de courage,
Et aussi parce que je suis claqué,
Je ne sais plus librement respirer,
Ça m’empêche de sereinement soigner.
Et en même temps, j’ai l’impression de vous abandonner

Mes chers patients je songe à mon départ,
Je vous aime mais je voudrais larguer les amarres.
Je sais que j’ai été un médecin méritoire
Mais trop peu de gens ont voulu le voir.
Je réfléchis à ma retraite,
Ou bien à aller travailler en maison de retraite,
Derrière un écran la télémédecine exercer,
Ou encore, en maison de santé
Qui ferme à 18 heures, aller m’abriter.
Je ne suis pas un traitre,
Comprenez bien
Je me désole
Ou bien j’en ai ras le bol
Des camisoles.
Je ne m’enfuis pas je vole
Vers une vie plus clémente,
Des contraintes moins broyantes.
Je comprends vos argumentaires,
Mais comment pourrais-je à tout le monde plaire,
Satisfaire tant de gens qui, parce qu’ils sont allocataires,
Pensent être mes commanditaires,
Ne se privent pas de commentaires.
Je sais que je ne convaincrai avec aucun argumentaire.
Mais pour ne pas finir par boucher mes artères,
Comme plein de médecins,
Je songe à tout moyen
D’avoir un exercice plus serein.

 

La médecine est LE métier
Le seul que j’ai voulu pratiquer
Que j’ai toujours adoré
Mais avec plus de sérénité je voudrais l’exercer.

 

 

12 réflexions sur “Mes chers patients, et si je pars ?

    1. Je suis parti étouffant sous la pression
      38 années d écoute de disponibilité de travail bien fait de passion
      J ai abandonné use .Ce matin je suis un homme libéré
      Mes chers patients je vous ai tout donné
      Il n y a personne après moi la responsabilité à qui
      Voilà je vais exister
      Nous sommes combien comme cela
      Bon courage

      ..

      Aimé par 1 personne

    1. je crois que Zigmund et pas d’autres médecins pourraient écrire la même chose à l’heure actuelle ! Je ne me suis pas du tout émue du tutoiement, mais me suis demandée si c’était une personne connue masquée sous un nom d’emprunt 😉

      J'aime

  1. Sérénité ! Après une vie tant vouée à autrui passer à autre chose, quoi de plus naturel,… Et juste, et bien mérité. À d’autres de prendre le relais et s’ils manquent à l’appel ça n’est ni ton problème ni ta responsabilité, vrai ou faux ? Ça serait un comble que tu enchaînes en culpabilisant, ça n’aurait aucun sens !
    Gil

    J'aime

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