Un manque d’inspiration qui finit en parlant de responsabilités

Qui arrive à avoir de l’inspiration en ces temps bousculés ?

De l’inspiration, de la vraie, aboutissant à une réflexion structurée, logique et fédérative qui pourrait mobiliser autre chose que la parole, pousser les gens vers une action raisonnée et raisonnable.

Certains produisent des écrits passionnants, la forme est séduisante, mais le fond est évité, pour s’épargner les critiques.

Les écrits se bousculent, l’inspiration est intense, la parole libre, l’envie d’être lu et reconnu est claire. Les sujets sont vastes, mais la polémique évitée.

Les rédacteurs ont peur de la critique, car elle est souvent d’une virulence douloureuse. Ils prennent peu de risque. Mieux vaut écrire sur des sujets pratico-pratiques, basico-basiques, ou bien sans équivoque, le plus consensuels possibles. C’est moins secouant pour l’auteur que d’aller gratter la poussière, secouer les tapis, dire des vérités. Mieux vaut se contenter de fédérer son réseau personnel, sans faire de vagues, sans se faire attaquer par les bien et les mal pensants , sans y mettre de la sueur. Mieux vaut se plaindre de la responsabilité des autres en se déchargeant ainsi de toute responsabilité personnelle dans le grand bazar de la santé.

Par exemple, il n’est pas bon de dire qu’on a soi-même (ou le groupe auquel on appartient) des devoirs, et qu’on pourrait les assumer, et que si chacun prenait une petite part d’initiative en ce sens, peut-être ce serait différent.

Il n’est pas bon de dire tout haut ce que beaucoup de gens savent et taisent : Que oui, si la santé va si mal, ce n’est pas seulement la faute à l’argent qui manque, c’est la responsabilité de tous les acteurs du système et qu’il serait bien de les regarder en face sans porter les critiques toujours sur les gens d’en face.

Le corps médical, qui ne se fédère que pour s’opposer, jamais pour améliorer ses pratiques collectivement. Un exemple ? les antibiotiques restent pour de nombreux médecins une prescription bien trop automatique. Mais bien entendu, c’est jamais moi, c’est toujours lui, celui d’à côté et je ne le connais pas. Un autre exemple tout bête, dans les hôpitaux, d’un geste anodin, qui coute, et ne change pas ou si peu depuis 50 ans: prendre un paquet de 10 compresses alors qu’une ou 2 suffiraient (pas que les médecins)

Les patients, bien sur qu’ils ont aussi des responsabilités dans ce fiasco. Parce que la mentalité basique « j’ai cotisé, j’y ai droit » ou bien « je suis malade, j’ai tous les droits » conduit à l’excès de consumérisme en santé. Parce que les arrêts de travail sont excessifs, on le sait, et font l’objet parfois de négociations de marchand de tapis avec les médecins. Lesquels médecins ne affirment ne prescrire jamais d’arrêts injustifiés , les arrêts en question étant le fait de celui d’en face, bien entendu.

Les administratifs enfin. Simple définition: ceux qui ont des horaires de bureau mais s’appliquent à contraindre les médecins à être disponibles H24 pour tous et pour tout. Ceux qui douillettement rentrés dans leur foyer après le boulot, et profitant des RTT et autres jours de repos, estiment qu’un docteur doit travailler le soir, la nuit, et n’a pas besoin de repos ni de profiter de sa famille. Ceux qui s’attablent nombreux autours de beaux bureaux dans des locaux bien moins déglingués que les locaux hospitaliers, pour définir des parcours de soins, dont l’irréalité saute aux yeux de la première personne qui cherche un rendez-vous.

Ajoutons aux administratifs, les éditeurs de logiciels en tout genre toujours plus occupés à obtenir des autorisations administratives et plus préoccupés de leur rentabilité que de la proposition de supports améliorant le confort et faisant gagner du temps aux utilisateurs en santé.

Ce n’est pas politiquement correcte de dire que l’on vit dans une sorte de cage géante, une sorte de jeu de balle, à la règle simple. Il suffit de renvoyer la balle. En assurant : c’est pas moi, c’est lui.
Il suffit de proposer de faire le ménage chez les autres, pas dans son pré.

Il suffit de faire des promesses, c’est facile les promesses, à une condition: que ce soient les autres qui les assument.

Promesse de baisser les arrêts de travail, de prescrire moins d’antibiotiques, de pouvoir voir un médecin au pied de chez soi en moins de 48h, d’avoir des logiciels interconnectés, des parcours de santé non fictifs. Toutes promesses simples quand on les fait à la place de celui qui est censé les tenir,

Ou comment tourner autour des sujets sans aborder le fond. C’est simple en pratique: toujours désigner la responsabilité des autres dans le losange de la santé (soignants, patients, administratifs, informatique),

Parce que..

pas de raison que moi je fasse

et que continue à profiter le gars d’en face.   

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