Et si on donnait la première place à l’humain dans la médecine de demain ?

2026,

On commençait véritablement à réaliser que la médecine était devenue un système complexe, un mille-feuille organisationnel et dysfonctionnel.

C’était l’ère de la compétition de grandes idées :  le patient responsable de sa santé, le patient au centre du parcours, la coopération entre les professionnels de santé, les réseaux, l’informatisation à tout va, et l’interopérabilité des logiciels et la place de l’IA.  Dans les lointains bureaux, des gens déconnectés travaillaient sur les manières de faire, sur les besoins des patients, sur l’organisation ville hôpital, sur la coordination sanitaire et sociale. On parlait de temps médical manquant, d’empathie manquante, de coordination manquante, d’interopérabilité manquante.

Des montagnes d’euros étaient englouties dans ces réflexions, dont les soignants étaient d’ailleurs, la plupart du temps, écartés.  Sauf que le manque chronique d’euros pour subventionner toutes ces belles idées ET le soin déformait la réalité. Du coup, on pouvait à la fois affirmer une idée, comme « cette année augmentation du nombre de médecins » et son contraire « aggravation chaque jour des déserts médicaux »

Beaucoup d’argent était dépensé, et les succès préconisés dans les lointains bureaux n’étaient jamais au rendez-vous. Pour économiser, l’argent n’allait pas aux soignants. Ils étaient fort mal  payés, et même critiqués de vouloir extorquer quelques euros de plus aux pauvres patients. Les vendeurs de soupe logicielle non interopérable avaient grand souci de faire continuer ces distorsions afin d’empocher l’argent qu’on ne donnait pas au soin. Qu’importe si les médecins ramaient pour récupérer les documents, devaient recopier d’un logiciel à l’autre les informations. Le temps soignant n’avait aucune valeur.

Le patient (celui qu’autrefois on appelait le malade, vous savez), était censé être au centre du système de soins, et être maitre de son dossier médical. Seulement, pour être acteur, encore faut il comprendre le scenario. L’embrouillamini était tel que le rôle du patient se résumait le plus souvent à se démerder tout seul dans les mailles du filet d’un parcours chaotique et ingérable même avec l’aide d’un médecin traitant de bonne volonté, ou de quelque réseau organisé qu’il avait la chance de croiser un moment.

On dépensait un argent fou. Souvent pour des expérimentations, dont la majorité se terminait sans conclusions. A la fin de l’expérimentation, même si elle était excellente, innovante, apportant un vrai plus, méritant une large diffusion, les financements étaient interrompus et  la plupart tombaient à l’eau, ou peinaient à se maintenir à flot. On ne pérennisait pas les expériences innovantes, et on ne faisait rien pour les généraliser.

2027 .   

Vinrent des élections. Par un effet d’aubaine que l’on ne saura expliquer à l’heure qu’il est, arriva au pouvoir un ensemble de personnes sensées. Ils réfléchirent pour une fois en prenant l’avis des soignants, ceux que l’on oubliait toujours dans les grandes réunions de projet d’avant les élections.

Ainsi survint un grand crash dans la santé, dont le point culminant se situa en 29, donc assez rapidement.

On réalisa à quel point le fameux panier de soins était en réalité un vaste panier de grands mots, de belles idées, suivies d’un seul effet, toujours le même : chaque nouvelle organisation augmentait le désordre des éléments, et personne ne s’y retrouvait, ni les patients, ni les soignants, ni les dépenses de santé.

La décision fut simple : il fallait utiliser l’argent prioritairement  pour agir. Mieux encore, on réalisa enfin que c’était aux soignants et aux soignés de redéfinir les actions à entreprendre

On commença par se sevrer des mots galvaudés en leur donnant une entité. On commença par définir le soin, la prévention, la maladie, la santé perdue, la santé retrouvée, la mort, le soignant, le soigné, le parcours.

On réalisa que le véritable verrou à débloquer pour arriver vers ce poncif sans cesse répété, celui de la qualité des soins, passait obligatoirement par … l’humain. C’était l’organisation, la coopération interprofessionnelle, la gestion et la généralisation des innovations de qualité. Agir c’était prendre le système dans le bon sens, en commençant par le patient, le soignant et en suivant le fil d’Ariane des parcours des uns et des autres, qui devaient converger vers une prise en charge de qualité.

Bien sur, il fallut définir une ligne économique et financière. Et imaginer les moyens politiques de trouver des sous pour faire du lien. Ce fut plus simple une fois acquis le fait que santé et part de marché étaient des mots incompatibles.  

Il fallait de toute évidence commencer par le début : la prévention. En 2026, elle avait été proposée comme une offre individuelle avec un insuccès massif. En réalité, l’humain a une difficulté à consulter lorsqu’il n’est pas malade. Et puis, la prévention n’est pas que médicale, elle est même peu médicale, elle est un ensemble de comportements vertueux relevant pour la plupart d’actions de santé publique, d’actions communautaires, de lien entre les personnes.

Le parcours du patient fut le sujet de la question suivante. Il apparut assez clair que les patients étaient globalement désorientés. De quoi avaient t’ils prioritairement besoin ? d’écoute, de temps médical, et d’accompagnement. Beaucoup de  patients recherchent en fait un paternalisme bienveillant devant leur maladie ou leur anxiété. Ils ne tiennent pas à se gérer eux-mêmes, c’est un stress supplémentaire. Nous vivons dans une société de grande liberté, mais aussi de grand besoin d’assistance.

Alors on décida d’orienter la dépense vers les besoins des patients. On avait soudain accepté l’évidence : le premier besoin du patient est un besoin humain. On décida alors de financer l’humain. L’humain, c’est le temps. Le temps médical, le temps des soignants. Le temps de l’aide. Non seulement, on commença à rémunérer les soignants sur des grilles réinventées, et dignes de leur investissement, et du temps passé, mais en plus, pour les accompagner, on inventa un nouveau métier, l’intermédiation en santé. Une intermédiation à peu d’étages, pas un immeuble de 36 étages. On remit ainsi du lien, on s’aperçut que les soi-disant antagonismes ville hôpital n’avaient en réalité pas lieu d’être.

On inventa dans le même temps un second métier, celui de généralisateur de nouveautés. Les agences n’avaient plus pour rôle de subventionner des expériences à l’infini. Déjà, de nombreuses agences avaient été réduites, fusionnées ou carrément dissoutes. Les agences modernisées et ouvertes sur la vraie vie de l’extérieur suivaient les expériences, repéraient celles ayant démontré un effet clairement positif. Quand une organisation montrait une efficacité, elle seule était alors valorisée et la subvention poursuivie en vue de sa large diffusion. Une organisation efficace était définie comme suit : une organisation alliant l’humain et la technologie, sans laquelle on aurait un véritable sentiment de retour en arrière. Les soignants de terrain étaient écoutés, et leurs raisonnements pris en compte. Particulièrement dans la gestion des technologies informatiques, et de l’IA, afin que l’humain et la technologie ne soient pas opposés.

Le krach de 29

Voici ce qui arriva donc grâce à la réflexion collective de personnes sensées, refusant de faire du taylorisme dans la santé, décidant logiquement de s’appuyer sur les vrais piliers de la médecine, les soignants ainsi que les patients.

  • On réalisa la valeur du temps et celle de l’humain, après avoir pensé que les administratifs et la technologie allaient tout permettre en santé
  • On vida de sa substance tous les montages administratifs qui ajoutaient du blocage au blocage.
  • On pensa humain, on travailla humain, on écouta humain, on parla logique, raison, cerveau, transversalité humaine, avant de parler technologie.
  • On parla technologie pour augmenter l’humain, pas pour le remplacer.

Le lien est le point essentiel, et le gestionnaire du lien est le soignant et uniquement le soignant. Voila ce qui changea tout, considérer les soignants comme le premier et incontournable maillon de la chaine du soin permit enfin d’augmenter la qualité tout en baissant les dépenses.

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