Jeunes médecins enthousiastes versus génération antérieure blasée…

Ce sont surtout des femmes. Normal, en ces temps ou les bancs de la fac de médecine reçoivent plus de 60% de femmes.  Quelques hommes rejoignent discrètement le train des bloggeuses et des twitteuses.  Mais en fait on ne voit qu’elles !

Elles font le buzz, quand leurs soucis quotidiens se mêlent à  leurs préoccupations professionnelles, quand elles chouchoutent leurs patients, et font résonner les fibres sociales de leurs assidus lecteurs.

Elles nourrissent les toiles d’histoire de consultations racontées avec toute la tendresse des jeunes médecins fascinés des découvertes quotidiennes de la nature de l’humain, de la dimension « humanité » du métier de médecin.

A les lire, me revient un temps ancien, celui ou l’internat me pompait 80 heures d’énergie par semaine, que j’assumais  avec l’enthousiasme de la découverte de la connaissance. Un temps pas si ancien, mais déjà du domaine de l’antique pour ces filles nées dans les années de mon bac, 1972 et ultérieures.

En ce temps, on nous promettait que nous allions gagner notre paradis en travaillant tant, en faisant une spécialité, en accumulant les titres hospitaliers.  Beurk, s’écriaient nos valeureux patrons, si tu ne fais pas tout cela, si tu ne publies pas… tu finiras généraliste… telle était  l’insulte suprême de mes jeunes années médicales.  Comme tant d’autres, j’ai cru leurs promesses. Le jour ou j’en ai eu assez de l’hôpital, et eu suffisamment de titres, on m’a assuré que le paradis fiscal c’était de s’installer en ville. Ah bon ? pas dans ma spécialité en région parisienne en étant une femme qui a plusieurs enfants.  Ce n’est pas pour faire croire que je suis à plaindre, mais on peut réfléchir plus avant à la corrélation entre le revenu et le niveau de responsabilité.

Leur enthousiasme de jeunes femmes médecins séduit bien plus que mes récriminations de médecin blasé. Cette jeunesse  dynamique  est bien plus lue et relayée que  des textes contenant toute l’amertume des médecins de ma génération.  Il faut espérer que ce n’est pas l’arbre qui cache la forêt, emplie de médecins burn-outés, en manque de reconnaissance, d’internes en plein malaise, et de futurs praticiens contraints à s’installer la ou ils n’avaient pas prévu d’aller. 

Ca me fait penser à ces jeunes filles qui vous disent avec assurance : « moi, je mange tout ce que je veux, sans grossir ». On peut leur assurer que ce ne sera plus ainsi dans 20 ans, avec une certitude défiant les lois de la statistique . Jeunes femmes médecins, je vous donne rendez-vous dans 20 ans, peut-être même plus tôt. J’ai de la crainte pour vous.. dans les conditions de l’exercice de la médecine libérale actuelle, il se peut que la lassitude vienne vite à vous, de la même manière qu’elle a atteint les générations de médecins qui viennent de vous précéder

Bon courage !

 

 

 

8 réflexions sur “Jeunes médecins enthousiastes versus génération antérieure blasée…

  1. Moi je te lis avec autant de plaisir que je lis mes jeunes consoeurs enthousiates… Et peut être pas si enthousiaste que ça parfois… Je n’ai pas l’impression que le malaise des internes, le manque de reconnaissance, la stupidité du système parfois, le burn out qui guette déjà soient si absent des blogs et des tweets. Il suffit de lire Fluorette pour s’en rendre compte. Ou alors justement c’est une façon de l’extérioriser. Je n’ai pas l’impression qu’on soit si différentes en fait. Peut être juste un peu plus d’espoir que « ça va changer » ou « j’ai encore le choix, j’arriverais à faire de la médecine comme je le souhaite… même si je sais pas comment »

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    1. Merci de ton passage et de ces pertinentes réflexions. Peut être en effet que l’on vous rêve plus pleines d’enthousiasme que vous n’êtes en réalité. Quand à l’espoir de changement, il faudra vous bouger pour qu’il devienne réalité, parce que si vous faites comme on toujours fait les médecins, attendre, eh bien vous ne verrez pas venir l’espoir, je crains.

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  2. « tu finiras généraliste »  …;  C’est si nul que ça pour vous d’etre généraliste ? 😉   Comme la gamine qui n’a pas de bons résultats à l’école :: »tu finiras caissière « …    Mais heureusement que nous avons nos médecins généralistes ! Nous les aimons!   et leur disparition  angoisse les maires !     Le lien qui existe entre le médecin (généraliste!)  et son patient est unique. Lien qui n’existe pas entre un « spécialiste » que l’on voit heureusement une ou deux fois ds sa vie .

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    1. Docmaman a exprimé exactement ce que je voulais répondre. Cette menace est une rengaine des hospitaliers, en tous cas dans le temps c’était comme ça, et je crains que cela dure encore un peu d’ailleurs.

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  3. Ahhh les médecins généralistes … je pense que c’est toujours actuel, après tout à l’ENC ce sont souvent les dernieres places du classement que l’on partage avec les étudiants roumains et autres européens …

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  4. C’est marrant (ou pas,), j’ai eu exactement la même impression en tant que patiente en allant chez différents médecins (généralistes). Les vieux sont blasés, n’écoutent même plus ce qu’on leur dit (ce qui est embêtant quand on a un peu plus qu’un rhume). Les jeunes sont à l’écoute, expliquent et ont l’air d’aimer ce qu’ils font. Il y a 10 ans après le bac je voulais faire médecine. Des médecins de ma famille m’ont dissuadée avec exactement les mêmes arguments que les votres. Je suis désormais ingénieur, je veux toujours être médecin. j’ai décidé de me lancer, et si je « finis généraliste » je serai très heureuse. J’espère avoir l’énergie et la passion de ces jeunes médecins (qui par ailleurs parlent tout de même des difficultés de leur métier) et les garder le plus longtemps possible. Sur la lassitude qui vient avec les années, les burn-out, les dépressions, rassurez-vous ils ne sont pas l’apanage des professions médicales.

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    1. Votre commentaire Mathide, est très intéressant, et votre motivation est louable, allez jusqu’au bout. La lassitude n’est surement pas réservée aux professions médicales. J’ajouterai cependant une autre dimension, c’est que nous voyons tout au long de la journée des gens venant se plaindre, et à la fin c’est parfois épuisant, physiquement et psychologiquement. Un médecin en consultation n’a aucun temps de repos, ni de récupération. Bonne chance à vous en tous cas, et venez donner des nouvelles de vos études médicales vous serez toujours bienvenue sur ce blog

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