Contre le dépistage du cancer du sein, mais Pour quoi?

 

Je lis avec intérêt les polémiques autour du dépistage du cancer du sein.

Je lis avec d’autant plus d’intérêt que, moi, j’en ai eu un. Et même, je n’avais aucun symptôme. Même si la mammo qui a décelé ça n’était pas à proprement parler du vrai dépistage. J’avais juste une sorte de tension, et, par dérision, c’était d’ailleurs dans le sein sain. En plus, je n’avais même pas 50 ans.  Et pire, une mammo antérieure effectuée même pas 2 ans avant.  Mais j’avais oublié la date. Alors ma gynéco, ne palpant rien, m’a conseillé de faire une mammo, juste pour lever le doute devant cette gêne.  Je n’avais aucune  autre raison de  faire une nouvelle mammo, sauf savoir que je n’avais une nouvelle fois rien. Du dépistage qui rassure.. En somme, pas de raison que la sécu m’offre ce cliché, sauf une case qui s’était éveillée dans le fond de mon cerveau, celle de l’inquiétude. L’avenir justifiant le passé démontra combien j’avais eu raison de prendre cette initiative. Parce qu’on m’a trouvé un cancer ce jour là.

 

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Les détracteurs de la mammo de dépistage, ou de la mammo sans symptôme vrai, ou de la mammo d’inquiétude telle que je l’ai faite vont se frotter les mains. Parce que l’on me trouva le cancer qu’ils critiquent le plus: un cancer in situ. Cependant, ce cancer soit disant « bénin », car n’ayant pas franchi la paroi des canaux galactophores du sein, non invasif donc, eh bien, à l’analyse post chirurgicale, il mesurait 8 cm. Celui qui me dit qu’un cancer in situ de 8 cm traité par mastectomie est surtraité, je le défie de me le prouver. Je le défie aussi de prouver qu’un cancer in situ plus petit ne deviendra jamais grand comme le mien, ni invasif. Je le défie d’affirmer qu’il faut simplement suivre un cancer in situ et qu’il ne faut donc pas l’enlever car il ne présente pas de risque. Je le défie également de me prouver qu’un tout petit cancer invasif, même de moins de 1 cm, a une potentialité de régresser vers la disparition ou de ne pas évoluer.  


Ces gens-là, qui sont contre le dépistage, on est bien obligé de les lire et de les écouter, car ils font un buzz cacophonique. Quelques-uns de leurs arguments pourraient être recevables. Comme par exemple,  le fait surprenant que le dépistage du cancer du sein n’a pas fait diminuer la mortalité de cette maladie. Cela interpelle. Mais les modalités de leurs analyses sont elles bonnes ? Et aussi, que le dépistage du cancer du sein conduirait à surtraiter trop de femmes. Mais de là à en conclure que le dépistage est délétère, c’est hâtif. Ces arguments sont faiblement étayés. Ce qui fait plus de bruit, et questionne, c’est que ces gens-là sont convaincus qu’une partie des cancers trouvés auraient fondu d’eux-mêmes. Trop fort ! comment savent-ils cela ? ont-ils des preuves, dans le sein ou dans un autre organe, que des cancers histologiquement prouvés peuvent disparaître ?


Ces gens-là, qui sont contre le dépistage, ne parlent jamais en terme de bénéfice de santé publique. Parce qu’enfin, euh, moi qui ne parle pas sur les ondes, ni n’écris dans les grands journaux, ce que je connais du dépistage « organisé », c’est qu’il apporte un bénéfice en terme de santé publique et au mieux mais pas forcément, un bénéfice en terme de santé individuelle. Un financeur de dépenses de santé pense qu’il est moins cher de payer un examen à toute une population en bonne santé, afin de dépister une lésion précoce, dont le coût de revient thérapeutique est bien moindre que celui d’un cancer évolutif et évolué. Selon ce que j’en ai compris, le dépistage organisé part de ce principe. Dépister les malades quand ils se croient encore en bonne santé est générateur d’économies en terme de dépense globale de santé. A ce que je sais, le dépistage organisé est donc une action sur une population. Or les détracteurs de ce dépistage ne parlent qu’en terme de bénéfice individuel.


Ces gens-là, qui sont contre le dépistage, en fait je voudrais leur poser une question : si on laisse tomber le dépistage organisé, que fait-on à la place ? S’ils me répondent : on ne fait « rien », je repose la question autrement : on ne fait plus de dépistage organisé, d’accord, mais que veut dire « ne rien faire »

Imaginons un instant qu’on laisse tomber le dépistage organisé.  En terme de bénéfice, moins de traumatismes pour les femmes. Fini ces angoisses générées par une image suspecte, et finalement bénigne après des examens qualifiés à posteriori d’inutiles. Pour les femmes vraiment atteintes de cancer,  il serait psychologiquement moins douloureux de ne pas connaître trop tôt leur maladie.   Donc en ne faisant pas de mammo, on épargne les fausses angoisses des fausses images, on épargne des traitements trop forts de petits cancers, et on laisse tranquilles celles qui ont une maladie non symptomatique. En plus, on a la  bonne conscience de faire des économies de santé publique.


cancer-in-situ-2.jpgSeulement si on laisse tomber le dépistage organisé, tous les 2 ans, pour toutes les femmes, de tous les milieux sociaux, on fait quoi à la place?  Parce que l’on vit malgré tout dans un monde occidental culturellement enclin à ne pas vouloir être malade. Et pour savoir que l’on n’a rien, il faut bien éliminer quelque chose. Alors, comment procède t’on ?  Ah oui, je sais, les gens qui sont contre veulent souvent revenir à ce qui était avant. Leur manière d’avancer est le retour en arrière. Cela veut dire : un dépistage inorganisé,  profitant surtout aux femmes de haut niveau socio-professionnel allant se faire dépister individuellement par sécurité, comme elles l’ont toujours fait et le font toujours indépendamment des conseils de santé publique. Et les autres femmes, qui ne feront pas ça, qui n’auront plus d’incitation à le faire, on attend qu’elles aient une boule pour faire la photo ?  


Ce que je voudrais demander à ces gens-là, détracteurs du dépistage, ce sont leurs propositions. Certes, c’est facile d’être contre. Il y a des gens contre tout, dans tous domaines. Dès fois c’est surprenant. Comme ces gens militant contre les arbres au bord des routes parce que les voitures peuvent les emplafonner. Etre contre, c’est facile. Mais une route sans arbre, cela n’évite pas les morts par accident. Enlever les routes et laisser les arbres n’est pas non plus la solution.

C’est dans l’air du temps d’être contre. Les détracteurs de la mammographie de dépistage sont comme bien des gens contre. Opposants, mais pas proposants. Pourtant, s’ils veulent détruire un système, ils doivent nous proposer une autre option. J’aimerais savoir ce qu’ils proposent à la place de ce qu’ils rejettent. Je demande leurs propositions. Vous être contre le dépistage du cancer du sein, OK, mais en pratique vous êtes pour faire quoi et comment ?


Tiens, des propositions, j’en soumets aux détracteurs : plus de mammo aux femmes, sauf si on elles ont une boule, un ganglion suspect, ou mieux des métastases, comme ça on est certain que le traitement sera du traitement et pas du surtraitement.  Et si d’aventure une mammo est normale, on considère qu’elle n’avait pas lieu d’être ? alors on dérembourse toutes les mammographies, sauf celles qui montrent un cancer.  On laisse les femmes faire toutes les mammo qu’elles veulent, mais on ne leur rembourse l’examen que s’il est positif, découvrant un vrai cancer, un qui évolue déjà et ne risque pas de régresser. Afin d’être certain de ne pas entrer dans le surtraitement, on définit bien sur des critères de cancer à considérer, le cancer doit être suffisamment évolué. Du vrai, du grave,  pour éviter les angoisses du surtraitement aux femmes dépistées trop tôt.


Et à la fin, une fois que l’on a supprimé les examens de dépistage systématiques et organisés,  ces gens-là, ceux qui étaient contre le dépistage se gausseront. Les angoisses du surdiagnostic et celles du surtraitement auront enfin disparu. Quand à l’augmentation éventuelle de la mortalité par cancer, il faut quelques années de recul, ce n’est pas un problème immédiat. Leur victoire sera peut-être assombrie, mais longtemps plus tard. Et alors,  il leur sera toujours temps d’être contre les modalités qu’eux mêmes auront oeuvré à mettre en place. Parce que les opposants d’aujourd’hui auront oublié demain que c’est eux qui ont fait piétiner le progrès.

23 réflexions sur “Contre le dépistage du cancer du sein, mais Pour quoi?

  1. Je m’associe aux félicitations. Ce post pointe avec précision et compétence les pièges intellectuelles tendues par les opposants du dépistage organisé. Mais personne a la garantie que les « petits cancers » ne grandissent pas, personne ne peut assurer que les « in situ » ne deviennent pas invasifs, personne ne peut laisser dans la nature des cancers potentiellement dangereux pour le simple fait que la probabilité est reduite. Et la question fondamentale se pose sur l’alternative: le dépistage organisé est une mesure d’égalité. Quid de cette mesure si l’on arrête le dispositif et l’on laisse aux revenues le soin de garantir l’accès aux contrôles?  Bravo Doc, pour cet excellent post!

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  2.  Tout individu a droit à la vie, à la liberté et à la sûreté de sa personne.  (Déclaration  universelle des droits de l’homme, article 3)   Comme beaucoup de femmes en bonne santé, je m’oppose effectivement au dépistage du cancer du sein parce qu’il est inutile et dangereux, comme vient encore de le montrer l’étude du Dr Welch aux USA, très récemment parue sur  le New England Journal of Medecine.  Si vous êtes brouillée avec la langue de Shakespeare, vous pouvez vous reporter à l’excellente analyse que Rachel Campergue vient d’effectuer sur son blog, Expertise Citoyenne, sous le titre : « Survivante ou victime du surdiagnostic » ?  L’étude du Dr Welch contient des données statistiques établies scientifiquement. Vous souhaitez les réfuter, apportez alors des éléments scientifiques également clairs, et non un déluge  verbal creux à prétention sociologico-politique, trahissant une sorte de quérulence,  probable symptôme d’une névrose traumatique, conséquence  sans doute indirecte de votre maladie. Nietzsche a écrit : « Tout ce qui est décisif ne naît que malgré ».  En effet, nous sommes contre le dépistage, nous sommes pour son abolition, nous sommes  vraiment des abolitionnistes.  Où est le mal ? Votre reproche « d’être simplement contre »  est puéril et ridicule, voire réactionnaire. C’est celui que faisaient les partisans de l’esclavage aux abolitionnistes de l’époque. « Par quoi allez-vous remplacer l’esclavage, que vont devenir les esclaves sans nous ? » était alors leur principal argument.   Notre action est au contraire éminemment positive : préserver l’intégrité physique des femmes en bonne santé. Cela passe par la lutte sans concessions contre votre communication délétère, à la solde du lobby médico-pharmaceutique. Par ailleurs et par principe, il ne revient pas à des femmes malades de dicter leur conduite à celles qui sont en bonne santé. La réalité actuelle du dépistage est  intolérable par la nocivité de ses effets iatrogènes. Le dépistage tue plusieurs centaines de femmes par an (Dr Junod, Formindep). On peut estimer qu’environ cent femmes par jour sont en France victimes d’un surdiagnostic (Même source). Ces femmes,  en bonne santé, venant se soumettre  à la mammographie seront  inutilement l’objet de tout un cortège de traitements invasifs : opérations, mutilation des seins, chimiothérapie et radiothérapie douloureuses, invalidantes, avec au final une espérance de vie raccourcie et bien compromise. Notre action vise simplement à mettre fin à cette situation. Enfin, votre défense du dépistage en tant que politique publique n’est que l’apologie d’une idéologie de la santé relevant du plus odieux des totalitarismes, puisqu’il sacrifie sans sourciller la vie de femmes en bonne santé, au demeurant pour la plupart avec un conjoint et des enfants, au bénéfice d’un pseudo gain collectif,  parfaitement aléatoire, et dont les lumières de la science montrent de plus en plus le caractère chimérique et fantasmatique. Je terminerai avec la citation suivante : « Il n’y a que deux conceptions de la morale humaine, et elle sont à des pôles opposés. L’une d’elle est humanitaire,  elle déclare l’individu sacré et affirme que les règles de l’arithmétique ne doivent pas s’appliquer aux unités humaines – qui, dans notre équation représentent soit zéro soit l’infini. L’autre conception part du principe fondamental qu’une fin collective justifie tous les moyens, et non seulement permet mais exige que l’individu soit en toute façon subordonné et sacrifié à la communauté  – laquelle peut disposer de lui soit  comme d’un cobaye qui sert à une expérience, soit comme de l’agneau que l’on offre en sacrifice. La première conception pourrait se dénommer morale antivivisectionniste ; la seconde, morale vivisectionniste. » Artur Koestler, Le zéro et l’Infini. Deuxième partie, VIII

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  3. Chère Madame, Question déluge verbal, vous n’êtes pas en reste. En plus vous écrivez le même texte sur facebook cela manque d’originalité. Recopiez vous ce texte sur tous les sites ou vous intervenez ? Ne m’accusez pas d’avoir l’esprit embrumé par le cancer, ce n’est pas le cas, et cela fait des années que je suis guérie. Si vous aviez pris la peine de lire la présentation du blog, vous auriez lu que je suis aussi et avant tout médecin. Contrairement à vous, arc boutée sur vos principes, j’ai l’expérience et l’humilité de ceux qui savent la gravité de la maladie. Je laisse en ligne votre commentaire, même s’il me déplait, car il parle de lui même. Nous ne parlerons jamais le même langage, mais des commentaires comme le vôtre m’inciteront à poursuivre l’action en faveur du dépistage. Au moins suis je sure d’une chose, demain vous ne figurez pas sur mon programme d’endoscopie. J’imagine en effet que vous ne souhaitez pas non plus qu’un gastroentérologue vous dépiste un polype colique. Bonsoir Madame.

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  4. @crisetchuchote Merci ! Enfin un témoignage intelligent et une belle démonstration de l’absurdité de certaines études. #NosSeinsMontrons-les

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  5. Bonjour, Tu demandes sur Twitter pourquoi je ne t’ai pas intégrée dans le club des médecins blogueurs. En pratique, c’est parce qu’aucun des « membres » du club ne m’a suggéré ton site pour l’instant. Je suis tout de même allé voir ce matin.  Quand je lis ton article, je comprends pourquoi. Tu mélanges tout. La mammographie diagnostique n’a rien, absolument rien à voir avec la mammographie de dépistage. Le fait d’avoir un symptôme mammaire fait exploser la valeur prédictive positive de la mammographie.  Tu poses une question : que faire ? Mais rien, bien sûr. Ne pas faire de dépistage, comme c’est le cas pour le cancer de la prostate, du poumon, du pancréas et plus récemment des ovaires. En médecine, comme tu l’as appris, ne rien faire face à un problème est une des options, et il se trouve que c’est parfois la meilleure.  La mortalité par cancer du sein n’est pas supérieure dans les pays qui ne pratiquent pas le dépistage. Si une baisse de mortalité est obtenue par le dépistage, elle est tellement faible que l’on peine à la mettre en évidence.  Enfin, dans une revue récente publiée dans le Lancet, des médecins ont émis une opinion plutôt favorable à la mammo de dépistage, mais en signalant que pour une vie épargnée, il fallait traiter pour cancer 3 femmes qui n’en avaient pas. C’est lourd, et cette vie épargnée repose sur une étude suédoise dont nous savons qu’elle a été bidonnée. La réponse à ta question est ici, prends la peine de l’écouter http://www.prescrire.org/fr/3/31/48181/0/NewsDetails.aspx

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    1. Merci, grand DD de poser ton regard et tes certitudes sur mon texte, et de me faire savoir doctement que j’écris et pense des inepsies en croyant qu’il faut mieux traiter un cancer au stade de  début.   Il est inexact que personne n’a proposé mon blog sur les médecins blogueurs, cela a été fait plusieurs fois. le terme « membre du club » , ça cache son lot de critères de sélection. Pour l’intégrer, on dirait bien qu’il faut faire allégance au porte parole, ne pas avoir d’opinions divergentes et qu’il vous apprécie ce qui n’est manifestement pas le cas. Les différentes réponses à ce billet montrent une fois encore qu’en matière de dépistage, les échanges relèvent surtout de la « croyance contre croyance ». De la, à laisser entendre d’un ton supérieur que l’on ne t’inclut pas dans un « club » (en fait une liste d’articles de blogs médicaux!)  parce que tu ne partages pas les croyances de son gestionnaire, et que tu ne lis pas Prescrire, on en déduit ce que l’on veut.

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  6. A propos de votre réponse au Dr Dupagne : « les échanges relèvent surtout de la croyance contre croyance ». La médecine moderne est une science, non une activité chamanique. Foi et science se sont définitivement séparées depuis le procès de Galilée, au XVII° siècle. La croyance n’a ici aucune place. Comme l’a montré Karl Popper, la science évolue par des changements  successifs de paradigmes, provoqués soit par l’observation, soit par l’expérience. L’esprit scientifique est en effet fondé sur « la logique de la preuve », selon l’expression bien connue de Gaston Bachelard.  Or le débat en cours montre que nous sommes en train de vivre un changement de paradigme médical, concernant la pratique du dépistage ainsi que la définition nosologique du cancer. L’étude du Dr Welch déjà citée dans mon précédent commentaire donne les résultats chiffrés de 30 années de dépistage, il s’agit de résultats, pas de croyances et ils sont éloquent. Je vous prie de bien vouloir vous y reporter.  Cette réalité se heurte à l’opposition de certains milieux. Une telle attitude n’est pas nouvelle. En effet, il faut se rappeler que les découvertes de Pasteur ont rencontré une très grande hostilité de la part de certains médecins de l’époque. Faut-il souligner également le rejet, pendant des années,  par l’institution médicale des thèses du Dr Semmelweis, en matière de protocole prophylactique et le lourd tribu payé en conséquence par les parturientes, à la fièvre puerpérale.  En ce qui concerne le dépistage du cancer du sein, le blocage provient principalement de deux phénomènes, étroitement liés. Premièrement, le rejet belliqueux par l’industrie de la santé  et des médecins concernés de l’avancée de la science, à cause  des milliards de $ que leur rapporte leur activité. Deuxièmement l’hostilité des anciennes malades, instrumentalisées depuis longtemps par ce lobby, pour lesquelles il est difficile psychologiquement d’accepter qu’elles ont, pour une large part, subi un calvaire inutile. La douleur morale suscitée est tellement prégnante, qu’elle les conduit ainsi  à une sorte de déni de réalité. La question à présent n’est donc plus de savoir si la vérité va finir par s’imposer, mais quand et après combien de milliers de femmes encore sacrifiées, de manière tragique et en pure perte, au Moloch rose.  

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  7. « Le dépistage organisé est conçu pour être une mesure d’égalité ». Cela sonne bien et reste pourtant une utopie de plus : http://www.20minutes.fr/article/1006081/mammographie-gratuite-reste-privilege. Votre argument pseudo-démocratique ne fonctionne pas dans la réalité. Cet article montre en effet que depuis le début, les milieux populaires pratiquent peu le dépistage, en moyenne 25% seulement contre 75% dans les milieux aisés. Comme les récents travaux scientifiques prouvent que le dépistage est catastrophique pour les femmes, en raison du surdiagnostic, les milieux populaires sont donc relativement épargnés. Peut-être le bon sens de la simplicité , que vous prenez du haut de votre occidentalité acculturée.  En fait, ce sont les « bourgeoises » qui sont les principales victimes du dépistage : c’est donc elles qu’il faut protéger en le supprimant.

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  8. Assourdir la voix des contre? Bigre, quel beau programme… Comment dire: depuis des années les femmes sont soumises à une constante désinformation, et seule « la voix des contre » bien faible, bien ténue, arc-boutée sur les faits, les chiffres, a pu peu à peu modifier le discours dominant: « dépister le plus tôt possible, etc… » . Seule la voix des contre a obligé l’establishment médical à intégrer peu à peu quelques données: le surdiagnostic, le nombre de femmes « sauvées » versus le nombre de femmes mastectomisées pour rien. Pendant des années, donc, les « contre » ont résisté au discours majoritaire. Ils -et elles- fait connaître les études étrangères, ils -et elles- ont fait savoir que dans les pays respectueux des femmes, on les INFORMAIT des avantages et inconvénients de la mammo systématique, quand on France le but est de faire du chiffre, au point que le nombre de femmes se soumettant au dépistage est un des éléments du paiement à la performance des médecins ( J’attends avec une certaine jubilation le jour où les ministres d’aujourd’hui, le directeur de la CNAM et ses conseillers recevront la convocation du juge…)?. Mais voilà, on arrive à un stade délicat, de dissonnance cognitive, où le discours des « contre » gagne du terrain. Or les contre ne sont pas contre par plaisir, ils sont contre comme ils seraient contre une autre erreur, une autre falsification. Ils vous dérangent? Qu’à cela ne tienne, écoutez les campagnes de dépistage, la pub rose… Et n’oubliez pas de vous vacciner contre la grippe porcine, aussi, parce que les experts ont parlé… et que les « contre », en gros, étaient « contre » aussi. Les imbéciles…

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  9. Ok je lis toutes les remarques, sur ce sujet très polémique. Dommage qu’elles soient agressives. On peut être opposé à une personne et à ce qu’elle dit, sans pour autant remettre en cause les compétences de celui qui émet son idée.  Je laisse en ligne ce qui est écrit, néanmoins désolée de me faire critiquer à mon insu sur Twitter par le grand professeur DD qui ne prend même pas la peine de me mettre en lien. Je suis une pauvre nulle qui ne connait rien en santé publique, selon ce qu’il dit, il a raison, je n’ai jamais prétendu faire de santé publique. Juste que je suis favorable au dépistage du cancer du sein. Je rappelle que je bosse dans une spécialité ou le dépistage fait largement la preuve de son intérêt. En revanche, aucun de ceux qui viennent ici n’a répondu à ma question: étant donné que vous êtes contre le dépistage organisé, avec des raisons scientifiquement irréfutables mais que selon vous je ne peux comprendre, VOUS PROPOSEZ DE FAIRE QUOI ? Parce que franchement, être contre n’est pas suffisant. Les femmes qui vous demandent, que leur répondez vous ?  Attendre les symptômes pour faire une mammo c’est bien ça ?

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  10. Il ne me semble pas être agressif. Que dirais-je à un patient asymptomatique qui viendrait me dire » docteur, faites moi faire une IRM, le voisin du chauffeur de bus de ma belle soeur est parti d’un cancer du pancréas en deux mois… »? Je tenterais de le convaincre que ça ne sert à rien, qu’il est sous le coup de l’angoisse. Dans le cadre du cancer du sein, cette angoisse est instrumentalisée ( comme dans le cadre du cancer de la prostate avec le PSA…). Alors je n’ai rien à CONTRE-PROPOSER. Si une femme me dit qu’elle désire pratiquer une mamographie, ET SI ELLE ME DEMANDE MON AVIS: je lui explique:   « Pour 2000 femmes invitées au dépistage pendant dix ans, un décès dû au cancer du sein sera évité mais dix femmes en bonne santé seront surdiagnostiquées. Ce diagnostic par excès conduira à 6 tumorectomies inutiles et à 4 mastectomies non justifiées et placera 200 femmes dans une situation de troubles psychologiques liés aux investigations suivantes. Ainsi, le pourcentage de femmes survivantes à 10 ans sera de 90,2 % si elles ne se sont pas prêtées au dépistage et de 90,25 % dans le cas contraire. » Voilà. C’est assez simple en fait.  C’est sans doute vexant d’être critiqué pour un article écrit de bonne foi, mais c’est la base de toute publication médicale ou scientifique. Lorsque DD, ou JC Grange, ou moi, avons publié et republié en temps réel contre l’inanité de la campagne vaccinale H1N1, en décryptant les articles originaux, en posant question, en dénonçant les mensonges, nous l’avons fait EN TEMPS REEL. Avec le risque de nous tromper. Nous étions « contre ». Et qu’avions nous à propose, hein, je vous le demande un peu, qu’avions nous à proposer, nous médecins irresponsables? Du repos et du paracétamol, le plus souvent. Scandaleux, hein?  😉

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  11. Par ailleurs, j’aimerais voir affectées à la recherche contre le cancer, les sommes colossales englouties  chaque année dans le cadre d’octobre rose et de la propagande pour le dépistage, par les multinationales de la santé et des cosmétiques, comme Esthée Lauder, ainsi que par la presse  féminine, comme Elle ou Marie-Claire. Il y a quand même autre chose à faire que de lancer des soutiens-gorges dans les branches ou d’éclairer les menhirs en rose. Ce n’est pas comme cela que l’on vaincra le cancer.   En revanche, la recherche contre le cancer manque cruellement de crédits. La révolution génomique est en marche, comme le montre l’article du Dr Alexandre publié dans le Monde/Sciences et techniques du 22 octobre 2011. Je cite « Des cocktails de thérapies ciblées sur plusieurs caractéristiques tumorales s’imposent, ce qui suppose de connaître la totalité de l’ADN de la tumeur, alors que les tests actuels n’enlisent  qu’un millionième! Mais le coût de ces thérapies pose un immense problème pour nos pays en crise. En France, l’enjeu se chiffre en milliards d’euros. Sauf à accepter une cancérologie à deux vitesses, une ingénierie médico-économique est nécessaire. Les organismes de protection sociale devront négocier avec l’industrie pharmaceutique pour garantir une large diffusion de ces anticancéreux. Cette révolution génomique suppose une autre organisation des soins. Le séquençage intégral d’une tumeur génère 10000 milliards de données dont l’analyse exige des ordinateurs surpuissants. Leur gestion rend urgent le déploiement du dossier médical partagé. Le cancer se regarde désormais comme une multitude de maladies orphelines exigeant des traitements sur mesure. Dès 2015, ils  seront personnalisés en fonction de la carte d’identité génétique des tumeurs. La cancérologie se réinvente à marche forcée et la lutte contre le cancer est à un tournant de son histoire ». Le dépistage de masse du cancer du sein repose sur une théorie bâtie il ya trente ans, au surplus sur la base d’une étude falsifiée. Il est grand temps de cesser de se cramponner à une conception complètement obsolète et de permettre à la médecine scientifique de reprendre sa marche en avant.

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  12. En fait, ce qui est remis en cause par les « opposants de la mammo » c’est la systématisation de l’examen paraclinique et non pas l’utilisation de la mammographie. Le progrès doit-il s’accompagner de l’uniformisation des pratiques?, est-il synonyme de haute technologie supplantant voir évinçant la clinique? Le progrès doit-il rendre la prise en charge des patients anxiogène ( à défaut de rassurer les soignants) à cause de la recherche d’une maladie dont tout le monde parle et qui n’existe pas encore mais qui pourrait arriver? Le progrès doit-il être basé seulement sur la lutte contre ou doit-il nous pousser à rechercher les ressources jamais explorées présentes dans chaque individu? Le progrès ne doit jamais nous détourner des fondamentaux, du bon sens clinique et de l’esprit critique.

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  13. Madame, Je comprends désormais qu’il faut être une femme et avoir eu un cancer du sein, pour parler du dépistage du cancer du sein. Dans les arguments que vous développez, et vous avez l’arrogance d’écrire que les personnes qui réfléchissent au rapport bénéfices / risques du dépistage occupent l’espace public alors que le dépistage est devenu une cause sentimentale et commerciale envahissant les espaces publicitaires, vous avez oublié ceci : la mammographie est une conquête du féminisme. Toute personne qui s’interroge, et a fortiori un homme, ne peut être qu’un vulgaire macho, ne peut être qu’un ennemi de la cause des femmes. Alors qu’il apparaît que la plus grande des aliénations c’est la martyrisation du corps des femmes par la médecine, l’instrumentalisation de ce corps, depuis, à l’extrême, les doubles mastectomies inutiles (voir http://www.sciencedaily.com/releases/2012/11/121127190018.htm#.ULYs_mZ7ED0.twitter), les hystérectomies sans raison, les castrations inadéquates, l’hormonothérapie de la ménopause et de l’acné entraînant le cancer du sein, et la contraception hormonale généralisée unilatérale et… risquée pour les femmes. Interrogez-vous, Madame, sur le fait que ce sont des hommes qui amputent, qui castrent, qui mutilent, que votre corps a été entièrement investi par la médecine masculine. Mais je vois que vous leur emboîtez le pas, que les femmes sont d’ores et déjà capables de s’automutiler, de se délivrer des doses colossales de radiations, des doses importantes d’hormone, sans se rendre compté qu’elles le font. La sentimentalisation de la médecine conduit à exposer des seins sur les culs des autobus et des enfants myopathes sur les scènes de France 2. Ce ne sont que des arguments de vente. N’oublions pas, enfin, que le dépistage du cancer du sein par mammographie est une opération commerciale dont les médecins et les marchands de matériel profitent largement. Les hommes qui s’interrogent sur le dépistage sont effectivement des proposants qui ne se résignent pas à l’agression contre le corps des femmes. Je vous souhaite une bonne journée.

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  14. Enfin un billet digne de respect mais par contre j’en tombe sur le « c » à la lecture de la réponse d’un médecin qui dit entre autre :   « La sentimentalisation de la médecine conduit à exposer des seins sur les culs des autobus et des enfants myopathes sur les scènes de France 2. Ce ne sont que des arguments de vente. N’oublions pas, enfin, que le dépistage du cancer du sein par mammographie est une opération commerciale dont les médecins et les marchands de matériel profitent largement… »  

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  15. Pour ceux qui veulent réflechir à l’écart des polémiques, voici l’argumentaire US récent sur l’absence d’intérêt du dépistage du cancer des ovaires http://www.uspreventiveservicestaskforce.org/uspstf/uspsovar.htm Dans ce cas, comme dans d’autres, il FAUT NE RIEN FAIRE avant que les symptômes évocateurs ne surviennent. Oui, c’est difficile à comprendre, de même qu’il est difficile de comprendre qu’envoyer du lait en poudre en Afrique peut être une mauvaise idée. Je précise juste au passage que je suis favorable au dépistage de l’hypertension artérielle, du cancer du côlon par hémoccult et du cancer du col de l’utérus par frottis. Pourquoi ? Parce que ces dépistages ne font que peu ou pas de victimes malgré de nombreux faux positifs et surdiagnostics.

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  16. J’ai un peu de tristesse, quand même, à vous lire tous et toutes. Moi aussi, puisque c’est là un piètre privilège, moi aussi, j’ai été opérée et traitée d’un cancer du sein. Mais nous n’avons pas toutes la même vision du monde. -Car le DO me crispe.- Il existe, soit. Mais je crois que l’un des soucis essentiels est ce qu’on en fait et comment on le propose. On le propose dans l’anxiété et les bons sentiments. Quand le proposera t’on dans ce qu’il est, c’est à dire avec ses limites. Quand donnera t’on un choix réel aux patientes? Quand cessera t’on de la motiver par le biais de ses émotions? Je vous comprends madame, je comprends ces questionnements et les limites de ces questionnements. Mais nous, patientes, mêlons aisément « mammo et mammo ». Comme vous le dites si bien, vous n’êtes pas dans le cas du dépistage. Ce n’est pas tant la mammo qui est critiquée que le DO. Faire une mammo est plus qu’utile, au cas par cas, comme pour vous justement… Je crois que nous sommes dans une nouvelle ère du cancer du sein et que là, c’est le moment de faire des bilans! Car ce que le DO promettait au départ n’existe pas à l’arrivée. Non, ce n’est de loin pas la panacée! Et toute attitude de santé publique se doit d’être évaluée régulièrement. Et je suis encore d’accord avec vous quand je me dis qu’avec la suppression du DO, le dépistage sauvage exploserait…Tout ça doit vraiment être réfléchi. Mais nous les patientes, nous voyons tout cela avec en filigrane, le petit rongeur qui grignote inlassablement. La peur, justement cette peur qui est là depuis le jour de l’annonce et ne nous quitte plus vraiment… Et moi, voyez vous, ce que j’aimerais surtout, c’est de ne pas plonger irrémédiablement d’autres femmes dans cette peur si finalement cette peur n’a pas lieu d’être. Pour finir la plupart de ces médecins ne sont pas des « anti » par principe. Mais ils n’envisagent pas, et comme je les comprends, d’être payés à l « abattage » par le biais des primes à la performance. De même que ce n’est pas d’un retour en arrière qu’il s’agit. C’est vous qui craignez de régresser en lâchant le DO. Justement, nous avançons et apparemment le DO n’est pas la réponse adaptée à la maladie. Il ne s’agit plus de faire le « plus » mais de faire le « mieux ».    

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  17. Par delà l’aspect polémique de son billet, l’auteur de ce blog pose une question  très valable, quid de l’après-dépistage de masse ? Le Dr Dupagne et ses collègues y ont répondu, notamment en ce qui concerne la problématique relationnelle thérapeute/patient. Comme le remarque pour sa part Martine Bronner dans son commentaire, il ne s’agit absolument pas de régresser, mais au contraire d’aller de l’avant, en intégrant les progrès continus de la médecine. A cet égard, l’ASCO (American Society of Clinical Oncology) vient de publier un article  qui apporte des éléments de réflexion importants, « Overdiagnosis and overtreatment of breast cancer » et dont voici le lien http://www.asco.org/ASCOv2/Education+%26+Training/Educational+Book?&vmview=edbk_detail_view&confID=114&abstractID=301 Voir notamment la conclusion ; « Future of early detection » avec les propositions suivantes: redéfinition de la nature et de la périodicité  du dépistage en fonction de nouveaux marqueurs et d’une approche personnalisée hiérarchisant les patientes selon une nouvelle échelle des risques. recentrage de l’effort de dépistage sur les groupes à risques. information objective des femmes quant aux options disponibles. mise en œuvre de marqueurs émergents et de techniques préventives reconnaissance de la réalité hétérogène du cancer du sein personnalisation de la prévention et du traitement décélération de la politique de dépistage de masse avec des économies de plusieurs milliards de $ à la clé et diminution substantielle des surdiagnostics, en s’inspirant de ce qui vient d’être fait pour le cancer de la prostate. prise en compte de l’émergence de techniques moléculaires permettant une meilleure connaissance des DCIS et amenant une redéfinition des moyens utilisés jusqu’à présent C’est aussi parce que ces propositions pour l’avenir immédiat existent que nous sommes opposés au dépistage de masse. La morbidité élevée de ce dernier justifie totalement notre demande d’un moratoire immédiat sur le dépistage organisé du cancer du sein dans sa forme actuelle, et de lui seul.  

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