D’une consultation mal vécue au problème de la Loi de santé.

Un certain nombre de consultations ont pour motif dominant le ressenti du patient. Dans ce cas,  des points de vue divergents entre médecins et patients créent des conditions émotionnelles qui finissent par conduire au désastre de la loi de santé… 

Cela peut vous paraître un raccourci osé.

Je vais donc tenter dans ce post un enchainement équilibriste. Partir d’une consultation mal vécue, de petites insatisfactions quotidiennes,  pour en arriver au problème de  la loi de santé.

Mettez votre ceinture et suivez, si vous voulez, la route de mon raisonnement…

  1. Commençons par choisir  2  thèmes de consultations insatisfaisantes.

Parmi ceux que je connais le mieux:

– la question des maladies de thyroïde et de leur équilibration (parce que je suis VP du super forum « Vivre Sans Thyroïde » ,

– et le problème récurrent de ma spécialité (la gastroentérologie) , soit son cortège de patients que l’on caractérise comme « fonctionnels »

La situation d’une consultation fondée sur le ressenti est la suivante : les patients se plaignent, parfois inlassablement et de manière insistante.  

Du point de vue médical, cependant, il n’y a qu’un nodule thyroïdien banal  qui n’explique pas les troubles, des dosages hormonaux considérés comme dans les normes, des explorations digestives bien faites et négatives, pas de cancer, pas d’inflammation, pas d’infection, pas de parasite.

La consultation est alors un paradoxe. Il n’est question ni de faire du beau diagnostic, ni d’administrer le traitement magique, il est juste question de ressenti du patient.   

Les médecins affirment: vous n’avez rien, absolument rien… et les patients ne partagent pas cet avis.  Ils continuent de se plaindre, et de vouloir trouver un remède à leurs troubles.

Malgré les dénégations médicales répétées, parfois par plusieurs médecins successifs, les patients restent convaincus d’un dysfonctionnement, et convaincus qu’on devrait  le trouver si on le cherchait correctement.  

Et d’ailleurs, un jour ou l’autre, quelqu’un saura les aider à aller mieux. Pas forcément un médecin d’ailleurs.  

Aussitôt, ils pointeront d’un doigt encore plus accusateur celui ou ceux qui n’ont su ni les écouter, ni les soigner.

  1. Que feront les patients suite à ces éprouvantes consultations qui ne leur apportent pas satisfaction ? : chercher un fautif… c’est dans l’air du temps.

Premier objet de ressentiment : le médecin

La colère n’étant pas bienvenue au sein d’une consultation médicale (autant de la part du patient que du médecin), il est rare que le patient sorte de ses gonds.

Le médecin, lui, est formé à garder son calme. Les insatisfactions restent latentes, et ne s’expriment pas ouvertement.  Les consultations clairement conflictuelles sont très rares.

 Le plus souvent, le patient, mais aussi le médecin se contentent d’emmagasiner de l’énergie négative,  et de la frustration.  Il leur faut ensuite,  à tout prix, trouver un fautif responsable de leurs sentiments désagréables. 

Le patient a un bouc émissaire désigné. De toute évidence, la persistance de son mal-être est le fait de son médecin.

Le patient va donc reprocher au médecin divers travers considérés comme explicatifs de son incompétence à le soigner : absence d’empathie,  manque d’actualisation de connaissance (il ne connait  donc pas les dernières normes de TSH ? pourquoi  se conforme t’il aux référentiels en refusant de me doser la T4 ?  pourquoi ne sait-il pas m’expliquer exactement ce que je dois manger…).

Ainsi que pour la plupart des états de malaises, celui du patient tendra à s’atténuer en glissant du particulier au général.

S’enchainent alors les thèmes dévalorisation,  et généralisation,  exutoires bien connus de la surcharge psychologique. Médire est une manière de soulager les tensions internes sans vraiment faire mal, puisqu’on ne dit pas en face de celui que l’on remet en cause.  

Ainsi, le temps insuffisant consacré à la consultation par le médecin sera  critiqué.  

Et puis, le fait d’avoir « à payer pour ça »,  qui justifie que l’on soit au fond d’accord pour le tiers payant, puisqu’au moins on n’aura pas de traitement correct mais on ne payera plus.

Plus avant, le patient pointera du doigt la mauvaise organisation du médecin, par exemple son secrétariat qui n’est pas à la hauteur, son temps d’attente trop long pour donner des rendez-vous.

Finalement, il trouvera peut-être un écho de son malaise sur des forums de patients, et pourra élargir le débat. Cela crée du lien social d’avoir un point commun  et de pouvoir critiquer ensemble un ou quelques médecins n’ayant pas apporté la satisfaction espérée (en donnant juste au maximum les initiales du médecin, bien sur).

A partir des constatations des autres, il apparaitra alors au plaignant que son  insatisfaction est partagée et généralisable à une large partie du corps médical.

Hormis, c’est évident, quelques docteurs miracles trouvés par relation, dont on se refile l’adresse par mp, ces docteurs tant attendus de tous dont la super-compétence  valide a contrario les critiques formulées envers tous les autres.

 

  1. Mais de leur côté, les médecins aussi en ont à dire sur les patients. Car les médecins ne sont pas psychiquement différents des autres gens. 

 

Du côté des médecins, le malaise ne se manifestera pas contre le patient au départ.

En effet, au sortir de consultations avec des patients insécurisés et insatisfaits, il ne faut pas imaginer que le médecin, d’un coup de gomme, passe à autre chose.

Le médecin aussi ressent de la frustration en cas d’insuccès.

Un bureau de consultation chargé d’ondes négatives, dans lequel plane la lourdeur orageuse de l’impasse relationnelle, est source d’inconfort autant pour le médecin que pour son malade.

La tendance spontanée des médecins, dans ce cas, et quoi qu’estiment leurs patients, est de se blâmer eux-mêmes. En effet, ils sont normalement formés à la relation, et chargés d’assurer une relation positive avec chaque patient rencontré. Si ça ne se passe pas ainsi, (ce n’est pas réalisable à chaque nouvelle consultation pour plein de raisons), les médecins ont tendance à estimer que c’est un échec de leur part.  

Dans une seconde étape, les médecins aussi, pour atténuer leur douleur morale, se laisseront glisser dans la critique et la généralisation.  

Ils se plaignent alors qu’en général leurs patients ne soient pas assez compréhensifs. 

Ils s’agacent de l’insatisfaction chronique des consultants, de leurs demandes multiples et irréalisables sur le temps contraint d’une consultation mal tarifée.

A l’image de la démarche de leurs patients, les médecins  élargissent le débat, en allant chercher de l’écho sur quelques blogs, forums, facebook et twitter. Les thèmes de discussion ne manquent pas.  Rendez-vous manqués, incivilités, exigences irréalisables, tout ça pour un tarif insuffisant et des charges administratives écrasantes.  Tout ce qui donne le sentiment aux médecins de perdre le contrôle sur leur profession, et par-delà, d’expliquer leurs bonnes raisons de ne pouvoir satisfaire l’intégralité des demandes des patients.  

Plus avant, vient la bagarre contre le tiers-payant. « faire ça en plus, avec tout ce que je fais déjà ».  L’apothéose de la généralisation est le rejet en bloc de la loi de santé de la part du corps médical.

Mais… mais, mais… la réflexion va prendre ici son virage.  A partir du cas particulier de l’insatisfaction bilatérale, ce texte glisse, donc, lui aussi,  vers la généralisation…

 

  1. La recherche permanente de la faute de l’autre déforme la réalité des 2 côtés… et offre un boulevard à la mise en place de la loi de santé. 

Pendant que médecins comme patients continuent de se désigner l’un l’autre comme fautifs pour soulager leurs propres malaises et les non-dits, pendant que médecins comme patients cherchent des liens de reconnaissance majoritairement auprès de leurs pairs, ce faisant, ils se posent en victimes. Ce faisant, ils continuent d’alimenter le fossé entre leurs attentes respectives. Mais ne se mettent pas un seul instant d’accord sur des attentes communes.

Rejeter la loi de santé sur les réseaux sociaux et dans les journaux médicaux, faire une énorme manif des médecins en laissant les patients en dehors de ça, ressemble presque une sorte de spectacle dans lequel s’activeraient des pantins docteurs sous l’œil vaguement bienveillant, mais le plus souvent indifférent des utilisateurs du système de soins que sont les patients. Cela n’a fait bouger aucune ligne.

Voyant ce clivage, qu’ils entretiennent d’ailleurs avec inventivité, des gens mal intentionnés mais bien renseignés et ayant le pouvoir,  savent qu’ils peuvent s’engager sans danger dans des changements exaspérants. Forts de l’incommunicabilité entre médecins et patients, ils en profitent pour bénéficier d’une entière latitude et mettre en place les contraintes qu’ils veulent.

  1. Si on parlait enfin d’attentes communes ? des Etats Généraux ?

Une des bonnes nouvelles des derniers jours est de voir une patiente partir en guerre contre la loi de santé. (le printemps nantais: http://www.lequotidiendumedecin.fr/actualites/article/2015/06/02/le-printemps-nantais-premier-mouvement-de-patients-en-colere-contre-le-projet-de-loi-de-sante_758336) Une bonne nouvelle relative, qui restera une bonne nouvelle si et seulement si elle permet de dépasser les non-dits clivant entre le corps médical et les patients. Une bonne nouvelle si cette démarche volontaire d’une patiente trouve ses relais, ne reste pas, à l’image de la manif des médecins, un spectacle animé cette fois par les seuls patients et regardé d’un oeil complaisant par les médecins. Une bonne nouvelle si cela débouche, sur des initiatives concrètes, par exemple l’organisation, au nez et à la barbe de ceux qui divisent pour mieux régner,  d’Etats-Généraux de la Médecine.

Un large débat sur la santé réunissant les médecins et les patients, autour des attentes respectives et des valeurs communes me semble être le seul moyen (non tenté à ce jour) pour trouver des accords et rester maître du virage de la santé, dans le paysage actuel marqué notamment par les grandes contraintes financières.  Pour ne pas se voir imposer des lois que personne n’appréciera, il serait temps que tous, médecins et patients, aient le courage de leurs responsabilités respectives. 

 

PS: que font les Think Tank ? on les attendrait bien sur ce thème.. 

(je postule!)

 

2 réflexions sur “D’une consultation mal vécue au problème de la Loi de santé.

  1. Il existe un petite chose toute simple à prononcer : ils n’ont rien … DE GRAVE mais ils ont quelque chose : une douleur, un inconfort … Ils ont juste besoin d’une reconnaissance de leur mal (-être).

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