Si j’étais au pouvoir ….

Si j’étais au pouvoir, je me pencherai sur le double effet dérégulant les dépenses de santé : d’un côté un paiement à l’acte mal tarifé,  d’un autre côté un accès libre quasi gratuit de tous les patients à un système de santé affaibli par le manque chronique d’argent. 

L’inflation de consultations et d’actes mal payés

Les médecins sont rémunérés à l’acte. Et l’acte est mal rémunéré.  Le côté inflationniste de cette anomalie est évident. Mais comment les médecins pourraient t’ils pousser la générosité jusqu’à restreindre leurs actes dans ce paysage figé ?  Le généraliste a beau râler contre les certificats médicaux et les rhumes, ça compense les consultations longues et difficiles et lui permet d’assurer un revenu décent selon ses critères.  Les spécialistes sont auto-prescripteurs de leurs actes techniques, et par là même de leur propre revenu.  Mais, refuser de réaliser un examen, c’est d’une part amputer ses propres ressources financières, d’autre part s’exposer à un mécontentement du patient, et à son départ vers un autre spécialiste plus complaisant qui réalisera l’acte considéré comme inutile par le précédent médecin.

Les patients ont pris l’habitude de cette débauche d’actes tant cliniques que techniques. Ils consultent au moindre bobo et sont demandeurs d’explorations et de traitements, parfois furieux de repartir sans ordonnance, ou exigeant des examens jugés inutiles par leurs praticiens.

C’est un dilemme pour le corps médical. Refuser de pratiquer un acte ou une consultation, c’est conjuguer une perte de revenu  au mécontentement de nombre de patients.  Refuser un examen ou un traitement implique un temps d’explication, voire de négociation. 

Si j’étais au pouvoir, je réfléchirais au fait que le temps médical n’est pas rémunéré, et pas considéré.   

La liberté d’accès des patients au système de soins

Si j’étais au pouvoir, je m’intéressais au fait que le système de santé est lacéré de toutes parts du fait de sa facilité d’accès.

Car dans notre pays, être malade, ou même se sentir malade, confère bon nombre de droits imprescriptibles qui n’existent plus nulle part ailleurs.

Un patient qui s’estime malade peut consulter autant de fois qu’il le souhaite un ou plusieurs médecins, y compris dans une même journée. Il peut consulter un spécialiste en accès direct, ça lui coûtera le prix d’un paquet de cigarettes en plus, qu’il négociera souvent en disant que finalement c’est bien son généraliste qui l’adresse, mais qu’il a oublié la lettre. Il peut exiger des examens, que les spécialistes auront du mal à refuser, puisque, comme on l’a vu, refuser un examen, c’est d’une part amputer son propre revenu, d’autre part  s’exposer à la récrimination des consultants.  Il peut trouver que les rendez-vous sont trop lointains, exiger d’être vu en urgence, et s’il n’est pas satisfait, il est en droit légitime de se présenter dans un service d’urgence quand bon lui semble.

Une facilité d’accès telle que les urgences se retrouvent embolisées par des pathologies bénignes, parfois au plus profond de la nuit. Une facilité telle qu’on donnera généralement tort aux généralistes de ne pouvoir voir tout ceux qui le souhaitent, aux spécialistes d’avoir des délais trop long, à l’urgentiste de faire attendre plusieurs heures les patients, voire d’accueillir désagréablement un patient venu pour pas grand-chose à une heure indue.

Une facilité d’accès aux soins telle que le système se retrouve grippé par des patients mal portants mais pas tout à fait très malades, consommant un temps et une énergie médicale faramineuses, et empiétant sur le temps médical réservé aux pathologies lourdes.

Si j’étais au pouvoir, je demanderais aux associations de patients de réfléchir sur la notion de maladie, et sur les droits d’accès au système de santé.

Si j’étais au pouvoir, je serais d’accord pour que les patients atteints de pathologies graves, lourdes et prolongées n’aient aucun reste à charge. Mais par contre, j’inciterais à réfléchir sur le cas des mal-portants.  Les enrhumés, les grippés, les douloureux, les anxieux, les petits bobos,  les hypochondriaques, les exigeants,  les pressés, peut-on réfléchir aux cas des utilisations dites de confort des ressources de santé, et qu’elles ne soient plus forcément  gratuites, disponibles à toute heure, sans aucune régulation.

C’est pas moi, c’est lui qui…

Une chose est remarquable, en tout cas en matière de santé. Les français se trouvent toujours les pauvres de quelqu’un.

Les médecins se plaignent de la faiblesse de leurs revenus, eu égard à leur temps de travail. Ils ont la faiblesse de se comparer parfois à des coiffeurs, dont le tarif de coupe est supérieur au tarif d’une consult. C’est pourtant une comparaison infondée, car un coiffeur normal gagne bien moins qu’un médecin normal.

Les patients se plaignent des tarifs de la santé. A y regarder de plus près, le plus cher, ce n’est pas le médecin. Ce sont les lunettes et les dents. Mais, du coup, lessivés financièrement par ces dépenses, les patients réclament le plus d’économies possibles et se disent que ce serait vraiment bien de ne plus du tout payer le médecin.

Or, à voir le nombre de voitures sur la route des vacances, à voir le nombre de fumeurs, on se dit que la majorité des français dispose bien de quelques dizaines et même centaines d’euros qu’il pourrait consacrer à sa santé. Alors, vouloir une santé gratuite, ou paraissant gratuite, ce n’est pas une belle idée de politicien altruiste pour son peuple, mais une pure démagogie censée cacher la  gestion politique de l’entrée en masse des mutuelles dans le champ de la sécurité sociale.

 

Si j’avais le pouvoir…

Et donc, si j’avais le pouvoir, moi, petit docteur pas politisé, je ferais en sorte de sortir de ce cercle vicieux mutuellement accusateur,  ou l’état, les médecins, les patients se renvoient invariablement à la figure les responsabilités.

  • En concertation avec les associations de patients et le corps médical, j’instaurerai une réflexion sur la notion de maladie, sur les accès libres et ouverts au système de santé, sur une méthode de régulation des recours aux urgences. Je réfléchirais au plus vite à ce qu’est la sécurité sociale, ce qu’elle peut encore assurer, qui elle peut encore couvrir intégralement. Et enfin, je déterminerai sans mensonge et sans lobbying  la place donnée aux mutuelles dans l’évolution de la santé

  • Je définirais le petit risque, et réfléchirais à un panier de soins socialement acceptable.   Je concentrerais les moyens financiers du système de santé sur les patients en affection de longue durée et polypathologiques et sur ceux qui n’ont pas les moyens de payer.

  • Je prendrais en considération le temps médical. Ce temps ne peut pas être gratuit, fut-il consacré à soigner ou à effectuer des tâches administratives. Alors, je proposerais une rémunération au temps passé, autorisant ainsi des consultations longues pour les  pathologies lourdes, et les patients ayant une prise en charge en affection de longue durée. Je réfléchirais à tous moyens donnant du temps médical rémunéré, permettant aux médecins  de compléter le dossier partagé qu’ils seraient alors d’accord de tenir à jour, réévaluer les traitements, et assurer le pivot du suivi social en concertation avec des paramédicaux coordinateurs.

6 réflexions sur “Si j’étais au pouvoir ….

  1. Votre Post est très pertinent . Vous remettez à l’endroit ce qui n’aurait jamais dû êtres à l’envers! En effet , faire des économies à la C.. avec une myriade de textes réglementaires est plus que stupide. Vous avez effectivement raison de dire en premier lieu : que veut on pour notre santé ( dans un contexte où les moyens sont plus rares), dans un second temps, on donne l’argent ou les citoyens ont décider qu’il doit être. Peut être que vous ne l’avez pas remarqué mais c’est une révolution , ce que vous avez écrit , on arrête le mille feuille juridique, et la pléthore d’administration, et on repart de l’essentiel !

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    1. L’économie d’une révolution des idées n’est plus possible, merci de le remarquer, ce post se voulait sincère, pas forcément révolutionnaire. Je fais partie de ceux qui aimeraient que ça avance en mieux.

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  2. Si on enlève les douloureux, les enrhumés, les anxieux, les petits bobos et hypochondriaque … On va s’ennuyer. :)). Je me pose souvent la question effectivement de ce libre accès aux urgences pour tous, alors que en tant que MG je suis régulée nuit et WE ( ce qui est très bien d’ailleurs) . Merci

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    1. Le principe du paiement à l’acte impose en effet de nous laisser les actes moins prenants en temps et en energie intellectuelle. Ainsi les actes les plus simples et rapides contrebalancent le temps pris pour les choses plus complexes. Sauf que la non revalorisation des tarifs contraint à multiplier ces petits actes, au détriment des patients nécessitant plus de temps. Car les journées ne sont pas élastiques à l’infini (tiens, j’ai justement fait un post récent sur ce sujet http://www.cris-et-chuchotements.net/2015/06/le-temps-de-travail-elastique-des-medecins-peut-il-s-allonger-a-l-infini.html Le développement de la délégation de tâches prévoit justement de déléguer les actes peu techniques et peu complexes, et si les médecins ne se méfient pas, ils risquent de se retrouver avec la gestion des patients complexes, et consommateurs de temps, et d’intellect, et ceci toujours pour le même tarif

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