Quelques dollars de plus pour des médecins libéraux de moins en moins libres

Libéral, se dit d’une profession ayant pour objet un travail effectué dans une relative indépendance sans lien de subordination entre celui qui l’effectue et celui pour le compte de qui il est effectué, travail effectué sous sa propre responsabilité et dont la rémunération ne revêt aucun caractère commercial ou spéculatif*

Les médecins sont attachés à la notion d’exercice libéral. Parce que ce mot contient le mot libre. Parce qu’aussi l’exercice libéral est une notion et beaucoup soutiennent encore que cette manière de soigner permet que s’établissent entre le malade et le médecin ces liens de liberté et de confiance sans lesquels il ne saurait y avoir de thérapeutique. Et enfin parce que le mot « libéral »  parle aussi d’attitude. Un libéral est une personne qui donne avec largesse et manifeste de la générosité.  

Pour le corps médical, l’entente directe entre le médecin et le malade sur le montant des honoraires est l’un des principes essentiels de la médecine libérale (Meynaud, Groupes pression Fr.,1958, p. 241). A lire cela, on mesure combien se dissout actuellement ce principe fondamental du paiement à l’acte sur un tarif librement consenti.

Cependant, on va le voir ci-après, c’est vraiment intéressant pour la nation que les médecins de premier recours restent des soit-disant « libéraux. En effet,  rester estampillés « libéraux » aux yeux du public, présente un nombre incroyables d’avantages, euh, pas pour les médecins, bien sur..

Pour les finances publiques, libéral = pas cher pour l’état

  • Les médecins libéraux payent eux-mêmes leurs charges sociales et l’état n’a pas de charge d’employeur. Pas de salaire, pas de charge, pas d’arrêt maladie, pas de grêve payée, pas de retraite publique. Mais, dans le même temps, on peut tout de même axer le discours sur le fait que l’exercice libéral de la santé est un service public…exercé par des agents non publics.. jolie pirouette, non ? 

Du point de vue financier, libéral = riche = critiquable

  • On peut accuser des libéraux de dépouiller les finances de la sécurité sociale. On n’accuse jamais les médecins de l’hôpital public de cela, dire que des médecins du public pompent l’argent de l’état ne viendrait à l’idée de personne. Alors qu’envers les libéraux c’est un leit-motiv : ils vivent sur le dos de la sécurité sociale, qu’ils dépouillent allègrement. Tout cela en  prenant l’argent directement dans la poche des patients ce qui appauvrit les pauvres malades.

Par conséquent, pour qu’ils arrêtent de s’enrichir impunément en pompant aussi facilement les sous publics via le porte-monnaie de leurs malades, on va  désormais leur demander de s’adresser directement à leur mère nourricière, la sécurité sociale, en pratiquant le tiers payant

  • On peut aussi critiquer les libéraux de solliciter des astronomiques dépassements d’honoraires payés par leurs patients. C’est néanmoins instructif de remarquer une fois de plus que les dépassements en eux-mêmes ne sont jamais remis en cause, parce qu’en fait, ils sont légaux.
  • Du fait que les médecins libéraux vont être augmentés, on peut laisser penser aux patients qu’augmenter de 2 euros la consultation des médecins généralistes va en mettre plein les poches des praticiens. Les patients font un calcul vite fait. 2 euros de plus, multiplié par un patient toutes les 20 minutes multiplié par le nombre de jours que le médecin travaille, franchement les médecins vont être encore une fois richissimes et sur le dos des malades, dont ils devraient s’occuper mieux avec tant de largesses financières de la sécu. Pourtant, le tarif des consultations de médecine générale est bloqué et pas revalorisé depuis plusieurs années. Et puis on omet bien soigneusement de rappeler que ces 2 euros sont du revenu brut, soit après déduction des charges moins de 1 euro effectif pour le bénéfice du médecin.

Et puis des médecins libéraux, c’est facile à remettre en cause

  • C’est attaquable personnellement pour ce qu’ils ont fait, ou pas fait, ou pas assez fait, ou pas bien fait. S’ils étaient salariés, leur employeur les couvrirait.
  • C’est corvéable à merci. Puisque leur revenu est corrélé à leur activité, il suffit de les rémunérer trop peu à l’acte pour qu’ils multiplient les actes afin de maintenir un revenu décent, et ainsi faire exactement ce que l’on attend d’eux, concilier l’inflation de la demande de soins et la baisse du nombre de médecins libéraux
  • C’est facilement culpabilisable, pour plein de motifs. De ne pas vouloir assurer la continuité des soins (y compris pour des soins non urgents), de ne pas être disponibles quand on a besoin d’eux, de ne pas accepter de s’installer à trouduc le désert. Accuse t’on un enseignant de ne pas vouloir travailler durant ses vacances, que l’on se retrouve aussitôt avec un corps professoral mobilisé. Tandis qu’avec les médecins libéraux, vous pouvez y aller avec des attaques comme ça. Ils vous font attendre, ne sont pas disponibles, ne peuvent recevoir tout patient qui le souhaite dans l’heure, sont pressés, ne sont pas empathiques. Un libéral devrait donc théoriquement correspondre à l’image idéalisée que l’on s’en fait. Tant qu’à critiquer, certains ont même été jusqu’à leur reprocher leurs études payées par l’état, qu’ils seraient censés avoir à rembourser par un investissement sans défaut, et totalement désintéressé.

Enfin des médecins libéraux, c’est financièrement fragile (quoi qu’en disent les mauvaises langues)

  • Enfin, et hélas, les médecins libéraux sont financièrement fragiles. Malades, ils n’ont aucun droit social. En vacances, ils ne gagnent rien. Enceinte, les femmes n’ont pas les mêmes droits que les salariés. S’ils sont absents, personne d’autre qu’un médecin ne peut les remplacer. Cela rend les libéraux « sensibles » à leurs rentrées financières, intéressés diront certains. Le principe de l’activité libérale est de faire entrer le plus possible d’argent tout en dépensant le moins en charge. Certaines initiatives proposées par la nouvelle convention médicale en cours de discussion, tablent sur une sorte d’appat du gain de la part des médecins libéraux, en instaurant une sorte de chasse à la prime qui est en réalité un piège dans lequel tomberont médecins et patients encore une fois dupés par les promesses des politiques. L’idée générale c’est de ne surtout pas rémunérer les médecins à la hauteur de leur compétence, mais juste appâter les docteurs avec quelques dollars de plus. Faire l’aumône de 2 euros supplémentaires par consultation, des primes quand ils vont aller s’installer en province dite désertique, des primes quand ils vont voir des vieux, des jeunes, et bien faire les prescriptions comme on leur dit, et pas prendre trop de dépassements d’honoraires. Des primes sous condition pour subventionner une secrétaire. Des primes pour les vieux médecins qui trouveront un jeune successeur, sous plein de réserves, à commencer par l’absence de jeunes médecins intéressés par une pratique libérale de ville.

 

Donc, on continue à vous affirmer que votre médecin est libéral… mais ne vous méprenez pas, libéral ne veut pas dire libre. Tout dans la vraie vie démontre que les médecins n’ont plus de libéral que la dénomination, mais que la médecine est désormais si encadrée qu’elle s’oppose à ce que les médecins soient libres, et en particulier, qu’ils aient du temps à consacrer à chaque patient. Car l’acte de consultation sous payé, l’inflation des vieux et la baisse du nombre de médecins libéraux, obligent à l’abattage. Il y a moins de médecins, toujours autant, voire plus de malades à voir. C’est mathématique, pas possible de gagner pareil en travaillant moins. Ni de pouvoir consacrer plus de temps aux patients. On attend du corps médical dit libéral de travailler plus pour assurer la demande en nombre, mais pas en qualité. Et en  parallèle, on arrivera encore à faire croire aux patients que leurs praticiens libéraux vont s’enrichir grâce à 2 euros supplémentaires par consultation.

 

 

 

  • Le caractère libéral des médecins a la particularité d’être encadré, car il s’agit d’une profession réglementée. Cela veut dire que les membres doivent respecter des règles déontologiques strictes et sont soumis au contrôle de leurs instances professionnelles (ordre, chambre, ou syndicat). Les caisses d’assurance maladie ne sont pas des instances professionnelles pour les médecins.

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