Pourra t’on longtemps laisser croire que rien n’a changé chez les médecins ?

Alors que tout le monde est d’accord pour que les médecins se tuent à la tâche rendent service  dès que l’on a besoin d’eux, peu de gens acceptent ces constatations pourtant sans équivoque :

  • les médecins ont outrageusement évolué dans le sens de la société.
  • Les médecins veulent exercer un métier et plus un sacerdoce
  • Les médecins sont fatigués: environ 4 médecins sur 10 sondés, disent avoir déjà vécu un épisode dépressif majeur lié à une souffrance au travail, ce qui est considérable.

Outre le fait de société, ce côté totalement humain du corps médical génère une équation mathématique presque insoluble et un fait sociétal. 

C’est simple

  • Il y a plus de patients : Dans les 10 dernières années (2006-2016), la population française a augmenté d’environ 3 millions de personnes. Chaque patient bénéficie en moyenne de 6,4 consultations annuelles , ce nombre est stable depuis 2008. Il y a donc plus de consultations.
  • Le nombre de médecins n’a pas augmenté, voire commence à diminuer. Mais, vu leur exigence de vie « normale », le volume d’heures travaillées par le corps médical a beaucoup diminué, et il est nettement inférieur à ce qu’il était il y a 20 ans. Selon certains calculs, il manquerait 100 000 heures annuelles de temps médical

L’évolution sociétale veut aussi que l’on réclame du médecin disponible à tout moment, et sans délai.

Comment confronter ces 2 antithèses, augmentation de la demande et offre en diminution? Plusieurs méthodes sont à l’essai pour que les patients pensent que rien n’a changé, que leurs désirs d’accès aux soins peuvent être satisfaits librement. Aucune ne fournit pour le moment un médecin là ou il n’y en a pas, ou juste quand on en réclame un. 

  • Il y a la méthode « Se voiler la face, faire comme si le problème n’existait pas »: très utilisée à l’échelon de la politique locale. La méthodologie préférée consiste à construire une maison médicale, puis à pleurer qu’aucun praticien ne vienne s’y installer, puis à entonner la ritournelle des médecins qui manquent, et, nouvelle option, à créer une association locale de patients qui ne trouvent pas de médecin.
  • La méthode consistant à faire croire que la solution est simple: à l’échelon de la politique politicienne, la méthodologie préférée consiste à expliquer  inlassablement la nécessité de répartir les médecins sur les territoires, de façon à ce que l’offre d’heures médicales locales disponibles soit équitable. En niant l’évidence que répartir moins de médecins pour soigner plus de patients ne fait que déplacer les problèmes de quelques kilomètres.
  • plus abrupt, une méthode bien connue qui consiste à faire porter le chapeau par ceux qui n’y peuvent pas grand chose: Sachant que la meilleure manière de cacher ses torts est l’attaque, la solution préférée consiste à faire peser la responsabilité de l’imprévoyance politique sur les médecins, bien sur, ces vilains docteurs qui ne veulent pas s’installer dans les déserts.  
  • La méthode je noie le poisson est pas mal non plus : il s’agit de distiller soigneusement quelques recettes d’enfumage:  comme distribuer quelques miettes financières pour en inciter quelques-uns à aller s’installer dans des lieux qu’ils n’auraient pas choisi spontanément…puis affirmer que  c’est la faute des médecins s’ils ne se répartissent pas équitablement sur le territoire..
  • la méthode « je ne paye pas assez les médecins afin qu’ils travaillent plus », est relativement efficace. Il suffit en effet de les sous-payer pour qu’ils doivent travailler plus s’ils veulent gagner leur vie mieux. Afin qu’ils ne se vantent pas de travailler des 50-60 heures par semaine, assortir cela de critiques sur la hauteur de leurs revenus et sur leurs estimations de leur temps de travail. 
  • Dernière option à la mode: essayer de tout faire pour que les médecins travaillent jusqu’à un âge bien plus avancé que les autres. Quitte à leur offrir quelques compensations financières, que, bien sur, on assortira de critiques sur la hauteur de leurs revenus. 
  • Enfin ajouter des incohérences à l’imprévoyance, méthode prisée des managers irresponsables. Et donc, tout en pleurant l’insuffisance de temps médical disponible, s’acharner à le réduire.  Faire ployer les médecins sous une montagne de tâches administratives consommatrices de temps médical, au premier chef duquel figure le truc le plus inepte inventé depuis des années qu’on voit passer des trucs ineptes : le tiers payant généralisé. A l’heure ou la sécu rembourse en 3 jours et la mutuelle en 5…

Ceux qui n’ont pas su prévoir la situation actuelle de la répartition de l’offre de soins et de son insuffisance se réfugient dans les ambivalences censées ménager la chèvre et le chou. Ils  continuent de faire croire aux patients qu’il reste possible de trouver un médecin ou ils veulent, quand ils veulent, et sans payer.

2 réflexions sur “Pourra t’on longtemps laisser croire que rien n’a changé chez les médecins ?

  1. Bonjour ;

    En 1962, dans un petit pays, dans une petite ville Universitaire (connue pour son Domkyrkan), dans une petite Université Agricole, dans un petit cours de statistiques pour des étudiants cherchant juste à avoir 10/20, notre vieux professeur (45 ans?) nous a présenté les courbes de l’évolution du PIB de la Suède et de l’évolution des dépenses de santé, courbes montrant qu’en 1980 (ou tout autre chiffre) l’ensemble des revenus suédois seraient consacrés à la Santé. Pour comprendre ces chiffres il faut essayer de s’imaginer un monde où nous venions d’abandonner la règle à calcul en ivoire léguée par papa pour utiliser les roulettes où on tournait n levier en avant et en arrière, excusez, je n’ai jamais compris. De plus nous n’avions aucun accès à ce que plus tard nous appellerons des « bases de données » mais à des compilations faites par des armées de secrétaires sur des masses de dossiers crasseux. Je crains que cette démonstration nous a fait rire, nous ne pouvions pas à nôtre âge, à l’orée d’un monde merveilleux prospère, riche, égalitaire, respectueux, considérer cela que comme un paradoxe. Pour nous donnez des excuses, nous ne savions rien des effets du vieillissement de la population, l’Alzheimer n’était encore qu’une curiosité pour champion des dix questions, les antibiotiques guérissaient tout en une semaine, pourquoi se faire du soucis. Nous étions dans les années où les autorités avaient fait le choix de nationaliser tout le système médical qui était hôpital centré. L’hôpital était notre cathédrale.

    Aujourd’hui le système médical est merveilleux comparé à ce que nous avons connu, mais l’offre ne correspond pas à la demande. Même le premier Ministre à du attendre 6 mois pour une prothèse de la hanche, si il avait été un Dupont/Durant il aurait fait comme les autre et se serait fait installer une prothèse en Estonie ou en Pologne, comme les finlandais qui prennent le bateau pour voir leur dentiste à Tallinn.

    Quant aux soins pour les vieux, cela va du Paradis au Purgatoire. Pour citer le docteur House, « La mort n’est jamais dans la dignité ».

    Vous analyser le système français et vous cherchez des responsabilités parmi ceux que nous avons élu. Vous êtes mécontents. Pourtant si je prends votre analyse, que je prenne celle du Guardian, celle de Dagens Nyheter, celle de la Repubblica, je ne vois pas de différence, pourtant ces systèmes sont différents. Peut-être ont-il en commun qu’il sont tous des Top to Down systèmes et qu’ils sont l’accomplissement de nos dirigeants de laisser une pyramide à leur gloire.

    La Suède avec son immense capacité à collecter et analyser les chiffres (Bid Data, Cloud,!data Harvesting) vient de créer son Pompidou à elle sur les ruines du vénérable Karolinksa de Stockholm. Ils ont l’honnêteté de reconnaître que c’est une machine à Prix Nobel, pas une Abbaye médiévale.

    En passant, si vous croyez que la folie nous est propre, ils ont découvert que leur star médiatique qui pratiquement des interventions sur le larynx avait un CV légèrement bidonné. Ah oui, ces grands machins ne fonctionnent pas sans Star qui va attirer l’argent.

    Et ils avaient une raison de construite le Pompidou de Stockolm, la honte s’instillait, on citait dans les revues médicales Salhgrenska à Göteborg, c’était intolérable.

    Si tant de pays, tant d’analystes, tant d’études de faisabilité donnent avec un enthousiasme encouragent des résultats intolérables, peut-être n’est-pas la faute à celui-ci ou celui là, mais un défaut de base de notre système de pensée.

    Lorsque vous déprimez pensez que lorsque vous raconterez à vos petits enfants que vous étiez docteur (c’est quoi ça?) dans un hôpital (on y mangeait quoi?) et que nous arriverons à des soins médicaux tels que nous n’osons même pas y rêver aujourd’hui ?

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