Le virus qui oblige à prendre en main son propre destin

 

Directives données, directives imposées, injonctions floues, consignes contradictoires.

Le risque de cette saleté de Coronavirus est tellement conceptuel que c’est compliqué pour des décisions pratiques sur la vie quotidienne de futurs déconfinés. 

Et cette large part d’inconnu oblige chacun à réfléchir de manière à la fois collective sur injonction politique mais aussi de manière individuelle.

Les orientations qu’on va donner à son propre déconfinement suivront obligatoirement un certain nombre de consignes de santé publique, mais leurs modalités de réalisation effective seront largement teintées d’orientations et de décisions personnelles. Se confiner encore un peu ou sortir librement, prendre ses distances ou pas, se masquer ou non, voir ses petits enfants ou trop risqué, travailler ou renoncer par crainte, faire ses courses avec des gants, avec du gel , frotter les mains correctement ou en faisant semblant, etc ?

C’est pénible toutes ces questions en suspens, cette absence de certitude. Comment ça s’attrape, comment ça se transmet? . Au jour de jour la menace se précise ou s’éloigne, au gré d’articles scientifiques parfois publiés trop vite ou mal interprétés, ou bien d’interventions télévisées ou de presse, qui accrochent volontiers l’auditeur en créant une émotion issue d’un mélange de peur et d’espoir.

Face à ce risque indéfini, sans explication claire et nette, finalement, chacun va, d’une certaine manière, choisir ses responsabilités et prendre en main une partie de son destin.

Chacun porte en soi ses indicateurs d’attitude face au risque. Cela dépend notamment de ses convictions personnelles, de la conviction acquise par l’information,  et de sa propre vision du monde.

Suis-je de ceux qui estiment l’option qu’il aurait mieux valu laisser ce virus se répandre, quitte à des pertes humaines, puisque cela aurait permis d’obtenir plus rapidement une immunité collective qui aurait alors protégé la collectivité ? Suis-je de ceux qui se disent qu’après tout, si on laisse se répandre ce virus, il tue en priorité des vieux, des fragiles, et aux Etats Unis, des minorités ?  Mais si je suis de ceux-là, a quel niveau d’acceptation vais-je situer le nombre de décès tolérables pour arriver à ce bien public qu’est l’immunité collective ?

Suis-je au contraire de ceux qui pensent que le plus essentiel est la diminution significative de la mortalité, parce  toute vie a le même prix et doit être préservée. Quitte, dans le choix de cette option, à accepter une durée prolongée de confinement au nom de la santé publique, une épidémie étalée dans le temps , et donc d’importantes répercussions sur ma vie quotidienne.

Suis-je de ceux qui préfèrent ne pas penser au danger de ce virus, parce que finalement « il n’atteint pas les gens comme moi ». Et donc dans ce cas, suis-je de ceux qui ne s’astreignent pas à suivre les consignes données. Si je suis de ces gens là qui préfèrent ne pas penser au risque, est-ce que par bouffées me revient alors en tête l’âge de mes parents, et grands-parents, et est-ce que je réalise alors qu’ils font partie de ce groupe dont je présume accepter le coût humain. Et si ce sont eux à qui arrive cette mort imprévue, suis-je toujours aussi ferme pour négliger le danger potentiel de pouvoir en réalité leur transmettre le virus du fait de mon imprudente indifférence au risque ?

Suis-je de ceux qui pensent que confiner, masquer, distancer, est raisonnable, mais que le fait de se retrouver dans une société ainsi autoritaire, ainsi policée,  est inacceptable et n’induit qu’un seul comportement légitime : ne pas se conformer, et donc contourner les règles, ne pas les respecter, parce que c’est ainsi qu’est ma relation à l’autorité, ne pas l’accepter. Cela n’a rien d’immoral de ne pas accepter les règles et les lois. C’est juste dangereux pour les autres éventuellement.

Quel rôle joue dans ces réflexions mon expérience de vie ? . Qu’est ce que j’accepte ? . Pour moi, pour les autres, et pour mes proches ? . Est-ce que je trouve acceptable qu’il y ait beaucoup de morts pour revenir plus vite à la normale, et dans ce cas, je trouve logiquement acceptable que des membres de ma famille en fassent partie ? Sinon, il faut y réfléchir encore.

Et si j’ai la trouille, la vraie trouille d’attraper ce virus et que je me sens en sécurité en confinement total, comment vais-je vivre à partir du moment ou je vais rompre cet isolement ? Car, je le sais, 2 mois de confinement n’ont pas éliminé le risque d’attraper le coronavirus. Certes, le virus circulera à niveau plus faible, mais j’ai compris depuis longtemps que si le risque tombe sur moi, cela fait bien 100% de risque. Donc, exactement le même que si je n’avais pas passé ces 2 mois enfermés.  Du coup, que dois-je faire ? Est-ce mieux de sortir ou préférable de rester enfermé ? Mais si je reste enfermée, je vais alors manquer tout mes activités humaines, celle auxquelles j’ai eu le temps de comprendre que je tenais autant durant ce temps de confinement. Les réunions de famille, les enfants, les petits enfants, qui jouent et dont on embrasse tendrement la peau si douce et jeune, les projets de présent et d’avenir, les amis à voir, les vacances. Si je reste enfermée, je ne ferai plus partie de ce monde-la, et je ne sais pas quand je pourrai le retrouver. Alors, je dois faire un choix personnel, qui n’engage que moi, et ma gestion de mon risque. Est-ce que cela vaut le peine de ne pas vivre juste pour ne pas risquer d’être atteinte d’une maladie? . A l’inverse, cela ne vaudrait t’il pas mieux de profiter de tout les plaisirs de ma vie retrouvée, de mes proches de près. Eviter tous ces plaisirs ne me protégera pas forcément d’être atteinte et de mourir, de cela ou d’autre chose. Donc, finalement, jusqu’à quel point dois-je avoir peur ? et cela vaut-il le coup d’avoir peur ? . Car, on me l’a souvent dit, la peur n’évite pas le danger…

Donc, à partir de mi-mai, j’aurai, chacun de nous aura, une large part de responsabilité dans la prise en main de son propre destin. Quelle vie choisir ? Ma vie de jeune autorisé à reprendre une vie de jeune, quitte à risquer d’en contaminer ma propre famille? ma vie de vieux qui n’a pas devant lui le nombre insolent des années de ses 30 ans, et qui a envie malgré tout de choisir de revoir sa famille, de prendre le risque d’une vie écourtée au nom de l’envie de sortir ou d’être avec ses proches. 

La réponse à la menace du Covid n’est pas uniquement médicale et scientifique. C’est un choix moral entre le monde dont on est sorti il y a un mois, et celui que l’on voudrait pouvoir retrouver au plus vite. C’est un choix  dans lequel chacun va prendre en main une petite partie de son destin.

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