le temps des regrets

Il fallait que j’achète ce livre


Paru il y a environ 2 ans, il était écrit par un auteur qui ne m’attirait pas spontanément, Jean-Pierre Foucault.


Je ne suis pas fan de télé, encore moins des émissions de ce présentateur, il me paraissait plutot sympathique, sans plus


Pourtant lorsque j’ai su que le livre de sa vie était paru, j’ai eu aussitôt envie de le lire.


Comment peut on expliquer ce qui vous mène vers le point ou vous deviez aller ? comment expliquer que j’ai reconnu dans ce présentateur celui qui allait me faire ressentir pour la première fois de ma vie, la vraie douleur de la séparation d’avec mon père…


Les histoires ne sont pas les mêmes pourtant, pas mêmes comparables. Son père a été tué injustement, sans raison,  alors qu’il avait 10 ans. Le mien est tombé brutalement malade alors que j’avais seulement un an. Ce que m’a raconté ma grand mère, est la soudaineté d’apparition des troubles de mon père, leur caractère agressif envers moi, la brutalité qui est soudain survenue alors qu’il était calme, doux, attentionné, et qu’il m’adorait, moi sa seule enfant à l’époque.


C’est en lisant ce qu’écrivait JP Foucault sur le ressenti de sa douleur en apprenant l’injuste disparition de son père qu’il adorait, que la mienne a jailli, comme une fontaine. Le partage des 2 histoires est l’absence de raison… l’incommensurable sensation d’injustice, et de soudaine privation.


En quelques phrases, un souvenir d’une intense intensité est remonté à mon souvenir.


J’ai compris… et éclairé une grande partie ma vision de la vie.


J’ai compris qu’un jour, je me suis sentie trahie, abandonnée par mon père. Ce jour la, j’avais en réalité perdu mon père, il n’avait jamais ensuite repris sa place. Ensuite il ne fut plus qu’un homme malade, prisonnier de sa maladie, de ma mère qui l’a quitté, de sa famille qui la phagocité. Il aimait ses enfants j’en suis certaine, mais  plus jamais il ne le leur a dit . Ce jour la, c’est en fait comme si mon père était mort. Ce jour la, aussi, la douleur a été telle, qu’à tout jamais je me suis enfermée dans une carapace, pour ne plus jamais ressentir un mal de cette sorte.


J’ai compris à quel point aucun adulte n’avait pu imaginer l’intensité de ma détresse, et de toute la détresse de mon enfance. Comme Jean-Piere Foucault… Mon silence les a bien arrangés, occupés qu’ils étaient à batailler autour de leurs problèmes d’adultes. ALors on m’a laissé me débrouiller seule, on a pensé que ma sagesse c’était de l’indifférence, on a pensé que j’allais bien. J’allais bien d’ailleurs … et je vais toujours bien… au prix d’un blindage affectif intouchable. Au prix d’un quotient émotionnel nul en ce qui concerne les évènements qui me touchent, ou pourraient me déstabiliser. Je ne manque pas d’émotions, pourtant, elles sont à fleur de peau. Je verse une larme au moindre film un peu triste..


Hier, mon père est mort…


Comme toujours, murée dans mon intangible silence, j’ai agi. Pris en main mon frère, ma belle mère, les papiers, les pompes funèbres…


Et puis hier en rentrant chez moi, je me suis aperçue que je n’avais appelé personne que j’aimais. Pas mon meilleur ami, pas ma vieille et fidèle amie V. Une fois encore j’avais choisi de supporter tout cela seule, de ne pas confier ma peine.
 De me murer dans le silence, et de souffrir dans mon coin.

La peine vient en se retournant sur le passé, et en se demandant si cela aurait pu être autre? ou mieux ? avec des relations père-fille ?

Il est tard, depuis bien des années il est tard, bien tard, trop tard. Ni mon père ni moi nous n’avions fait ensuite un seul pas pour nous rapprocher l’un de l’autre.

Il était malade, mais pas forcément malheureux. Il s’est trouvé une autre femme, et ils ont vécu l’un pour l’autre, manifestement heureux de longues années, sauf les dernières qui ont été dures.


Alors aujourd’hui je suis sortie de mon enfermement. J’ai appelé au secours mes amis. Ils viendront m’accompagner pour le dernier voyage de mon père, qu’ils n’ont jamais rencontré de leur vie. Un père avec qui je n’ai rien partagé de ma vie, qui ne connaissait même pas mes meilleurs amis …

6 réflexions sur “le temps des regrets

  1. Vous avez raison de vous entourer de vos amis, vous avez besoin de chaleur humaine, d’oreille attentive, n’ayez pas peur de pleurer… il le faut, car toujours se blinder n’est pas forcément la bonne solution . Bon courage pour cette période qui va être difficile . Josy

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  2. Votre écrit me touche profondément dans la vérité qu’il exprime et l’authenticité de votre ressenti. Sans m’approprier votre douleur, je vous comprends dans ce manque amorcé dès votre première année, ce vide et toutes ces questions sous jacentes tout au long de ces années jusqu’à aujourd’hui , et cette fin de vie de votre père avec la relation suspendue depuis si longtemps et qui ne s’est pas bouclée… Laissez sortir votre chagrin, permettez-vous de ne pas toujours être la forte et la courageuse qui assure, appuyez-vous sur les gens auxquels vous avez raison de faire appel. Prenez soin de vous. Bon courage

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  3. Chère ML, j’ai frissonné en te lisant. Je suis de tout coeur avec toi, vraiment. Tu as eu le bon réflexe, même en deuxième temps, d’appeler au secours les gens que tu aimes. Ils vont être là, pour te protéger, pour t’aider. Parce que cette peine qui te touche aujourd’hui, j’ai l’impression qu’elle a déclenché un nouveau tournant dans ta vie. Ce que j’ai ressenti en te lisant, c’est que tu as décidé, peut être inconsciemment, de lâcher du lest, de laisser enfin tomber ce poids qui t’a donné tant de chagrin toutes ces années, sous ta carapace. Et la vie va sûrement être très différente aujourd’hui, alors c’est très important que tes amis puissent être là pour te soutenir dans ce transfert. J’espère seulement que les regrets ne t’empêcheront pas d’avancer, tu promets, hein? Je pense bien à toi, si tu as besoin de sourires et de légèreté pour oublier, fais signe, je trouverai bien quelque chose à inventer. Je t’embrasse, prends soin de toi.

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  4. on est souvent seule lorsque l(o nveut tout supporter comme une grande adulte ,mais l’enfant doit encore pleurer de tempse ntemps et les bras d’un ami sont précieux ARRETONS DE REFOULER NOS BONS SENTIMENTS car sinon on traîne trop de regrets en vieillissant et ce n’est vraiment pas le moment de vivre dans les regrets alors que c’est de sérénité que l’o na besoin !

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