Triste fin

 

Sylvain avait 57 ans… c’était un de mes proches amis d’enfance et d’adolescence. Ce garçon paumé, était comme bien d’autres, la victime innocente d’imbroglios familiaux . Les adultes tourmentés par leurs histoires ne s’occupèrent ni ne se préoccupèrent de 2 enfants dont ils ne savaient que faire. Le père, personnage connu était parti avec la femme du voisin, la femme de mon oncle. La mère désabusée de s’être fait plaquer avait décidé de  s’installer dans une maison de campagne normande, avec ses 2 garçons. Elle avait vite  troqué son look de parisienne des salons contre celui de campagnarde rustique.  

Les 2 petits garçons n’intéressèrent personne. Ils n’étaient ni spécialement beaux, ni spécialement intelligents. On les laissa grandir, ils ne firent pas d’études. Le plus jeune, très ami avec mon frère, se bagarra avec la vie et des problèmes de santé. Hormis son aimante grand-mère, sa famille ne lui fut d’aucune aide, et même s’acharna perpétuellement à le laisser sur le bord de la route, à la jalonner d’obstacles financiers. Néanmoins,  à force d’efforts pour s’en sortir il devint plombier.


L’ainé, Sylvain, je ne l’avais jamais oublié, parce qu’il avait touché le coeur de mes 15 ans. D’un doux amour d’été que l’on croit éternel. Souvenir de promenades romantiques dans la forêt, à découvrir les feuilles, les champignons et la mousse des clairières. Ensuite, je ne l’ai revu que très peu depuis 30 ans. Par l’intermédiaire de son frère, je suivis son triste et aléatoire parcours. Presque pas de boulot, du nomadisme, de l’alcool, de la drogue, de la cigarette. Puis le cancer ORL, puis l’artérite, avec la menace de l’amputation. Le refus de se faire soigner. Puis la mort, seul, chez lui, il y a deux semaines.


Les enterrements ne sont pas faits pour les morts, mais pour les vivants. Pour soutenir son frère, mon ami, j’allai donc lundi dernier à l’enterrement de Sylvain.


Sous le pâle soleil gris de ce mois de Mars gelé, le caveau de famille au Père Lachaise attendait Sylvain pour un point final à cette triste vie.  Nous étions 5 autour de la tombe.  Son frère, sa mère, et sa demi-sœur. Ces gens- la ne se parlent plus depuis des années, et ne se réconcilièrent pas sur la tombe de Sylvain. Puis mon frère et moi. Pas de famille, pas d’ami. Personne d’autre n’avait jugé bon de se déplacer pour accompagner dans l’éternité ce jeune mort de 57 ans. La mère  a gardé les yeux secs en enterrant son fils. Sa demi-sœur n’a cessé de se plaindre de son mal de dos, et de trépigner.  Personne n’a pleuré. Un homme est mort, et personne n’a versé une larme sur son départ, ni n’a honoré sa mémoire.  On a descendu l’urne, c’est fou ce que ça tient peu de place un humain dans une urne, et puis on est parti.

 

Après une vie sans éclat, après une vie sans échange, sans affection, un homme est mort dans la solitude et l’indifférence. C’était Sylvain G, il avait vécu pendant 57 ans.


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