Lettre ouverte aux autorités de santé à propos d’une nouvelle rupture de stock dans le traitement des maladies de la thyroïde

Lettre ouverte aux autorités de santé

à propos d’une nouvelle rupture de stock

dans le traitement des maladies de la thyroïde

L’hyperthyroidie (appelée aussi maladie de Basedow) est une maladie grave. La production en excès d’hormones thyroidiennes par une thyroide malade entraine de nombreuses manifestations cliniques. Notamment, l’accélération du cœur constitue un risque significatif de troubles du rythme cardiaque potentiellement mortels.

Tout hyperfonctionnement thyroidien doit être traité dès son diagnostic par un « anti-thyroïdien de synthèse ». L’efficacité du traitement ne peut être obtenue qu’après un traitement prolongé, au minimum 18 mois de prise continue.

4 médicaments anti-thyroidiens existent sur le marché français, 2 d’entre eux sont traditionnellement plus utilisés : le Neomercazole® (carbimazole) (laboratoire CSP) prescrit dans plus de 80% des cas, et le Thyrozol® (thiamazole) (Laboratoire Merck-Serono) ; le Basdène® (benzylthiouracile) et le Propylex® (propylthiouracile, PTU) sont plus rarement employés en France.

En matière de traitement des maladies de thyroïde, la galère des patients a commencé cet été 2013. Les esprits et les articles de presse se concentraient sur l’alerte concernant une prétendue rupture de stock de l’hormone thyroïdienne, le Lévothyrox® (traitement substitutif de l’hypothyroïdie), que prennent plus de 3 million de Français. En réalité, il s’agissait de difficultés d’approvisionnement, mais les fautes de communication du laboratoire ont laissé toute la place à la presse et à l’emballement médiatique, allant jusqu’à annoncer la rupture de stock et la mise en danger de la vie des patients. Une cacophonie d’informations, une réponse inadaptée du laboratoire, la mise à disposition tardive d’un médicament de substitution. Quelle déconsidération pour les nombreux patients qui prennent ce médicament toute leur vie.

 www.forum-thyroide.net/phpBB/ftopic42569.html

Il ne faudrait pas que cela se reproduise, parce que les génériques du Lévothyrox® ont déclaré forfait entre temps. La fabrication de l’un définitivement interrompue, l’autre qui devrait bientôt revenir sur le marché français justement « grace » aux problèmes d’approvisionnement du Levothyrox.

Les hypothyroidiens de cet été ont vu leurs problèmes d’approvisionnement réglé … maintenant voici le tour des hyperthyroïdiens !

Car, dans le même temps, le laboratoire CSP fabriquant le Néomercazole® indiqué dans l’hyperthyroidie, confirmait tranquillement et silencieusement sa rupture de stock. Niveau de communication du laboratoire avec les associations de patients = zéro … Le Néomercazole® n’est plus disponible en ville depuis mi-juillet, à l’hôpital depuis octobre, et les derniers stocks sont en train de s’épuiser. Remise à disposition normale prévue initialement fin décembre 2013 et actuellement à une date indéterminée. Les alternatives thérapeutiques sont différentes, souligne le laboratoire, et nécessitent un suivi médical.

http://ansm.sante.fr/S-informer/Informations-de-securite-Ruptures-de-stock-et-arrets-de-commercialisation-des-medicaments/NEO-MERCAZOLE-5-et-20-mg-comprime-carbimazole-Rupture-de-stock 

L’équivalence thérapeutique repose prioritairement sur un autre anti-thyroïdien de synthèse, pas tout à fait équivalent, nécessitant une adaptation des dosages. Sur le marché français, le Thyrozol® représentait habituellement moins de 20% de part de marché. Depuis Août, la demande à doublé et même triplé.

Simple calcul mathématique et réflexion logique. Le laboratoire fabriquant ce second médicament n’a pas su faire face à l’augmentation considérable de la demande. Finalement, on vient d’apprendre que l’anti-thyroidien de substitution, le Thyrozol®, est, à son tour, en rupture de stock sur son dosage principal à 20 mg, et a également des problèmes d’approvisionnement pour le 5 et le 10 mg.

http://ansm.sante.fr/S-informer/Informations-de-securite-Ruptures-de-stock-et-arrets-de-commercialisation-des-medicaments/THYROZOL-20-mg-comprime-pellicule-thiamazole-Rupture-de-stock

Pas de chance… le même laboratoire (Merck-Serono) fabrique le Thyrozol® et le Lévothyrox®. Fidèle à lui-même, il donne les mêmes conseils que cet été face à ce nouveau défaut d’approvisionnement : aux patients de courir les pharmacies et de bricoler avec les dosages encore disponibles, 5 et 10 mg pour composer leur dose totale.

Une nouvelle fois, le laboratoire communique mal sur cette rupture de stock, ne prenant pas la peine de prévenir directement les associations de patients. Nous sommes pourtant en première ligne … comment expliquer aux patients qui nous contactent depuis 3 mois, angoissés parce qu’ils ne trouvent plus le Neomercazole®, et à qui nous avions l’habitude de parler du Thyrozol®, molécule la plus proche, que ce deuxième médicament est maintenant à son tour en rupture de stock ?

On constate donc avec inquiétude qu’un grand laboratoire n’a pas su tirer les leçons des événements passés ni prévoir, avec la rupture du Neomercazole®, que la demande allait s’accroître pour le Thyrozol®.

Inquiétons nous pour les patients. Seules 2 autres molécules à effet anti-thyroïdien restent disponibles. Elles nécessiteront un suivi médical et une nouvelle adaptation thérapeutique. Ce sera compliqué. Inquiétons nous d’autant plus que l’une de ces 2 molécules, le PTU (propylthiouracyl) a également été en rupture de stock plusieurs mois durant fin 2012- début 2013, suite à des rachats entre laboratoires. Que va-t-il se passer si la demande concernant ce médicament augmente brutalement ?

Parlons aussi du silence des tutelles responsables du médicament, c’est-à-dire de l’ANSM. Elle relaie les alertes, mais va-t-elle se décider à prendre en compte les risques de santé publique autrement que trop tard et quand la presse en a fait ses gros titres ? On ne voit pas de démarche en direction des patients pour les aider à poursuivre leurs traitements dans de bonnes conditions. A l’heure où l’intérêt se porte sur l’observance thérapeutique, ça va être dur de suivre correctement un traitement d’hyperthyroïdie dans ce désert pharmaceutique, et l’inertie de l’agence du médicament ne procure pas un sentiment d’aide aux patients.

Quand il n’existe qu’une dizaine de médicaments pour soigner les maladies thyroïdiennes, qui sont très fréquentes, concernent plusieurs millions de patients, et qu’en à peine quelques mois, 7 d’entre eux sont concernés par des difficultés d’approvisionnement et des ruptures de stock (car il y a également eu une rupture de stock, de courte durée, pour l’Euthyral®, et une autre, qui dure encore, pour le Teatrois®), admettez que ça fait beaucoup!

Nous ne pouvons que constater ce fait : les patients n’ont guère d’importance …

Nous souhaitons, et demandons une nouvelle fois, en tant que représentants des patients, que soit mise en place une communication active sur les ruptures de stock des médicaments, et qu’un dispositif d’approvisionnement soit proposé à chaque patient victime de ces pénuries.

 

le 30 octobre 2013
L’association Vivre sans Thyroïde

Beate Bartès, présidente
Marion Lagneau, vice-présidente
Muriel Londres, antenne IDF

 

forum-thyroïde.net

2 réflexions sur “Lettre ouverte aux autorités de santé à propos d’une nouvelle rupture de stock dans le traitement des maladies de la thyroïde

  1. Bonjour, mon épouse souffre d’hyperthyroïdie. En traitement depuis un peu plus d’un an. Je vous remercie de ce texte d’indignation face au silence morbide de l’ensemble des acteurs de santé dans ce cas particulièrement. Je ne suis pas médecin mais confronté à ce je m’en-foutisme de l’état, de l’europe et des organismes de santé ainsi que des pharmaciens, et des médecins. J’ai éprouvé le besoin de chercher à comprendre comment une société comme la notre pouvait mépriser à ce point les êtres humains ?. Comment peut on laisser la santé aux mains de multi-nationales ? Pourquoi un générique produit au maroc est inconnu en Europe ? comment et pourquoi est-il produit sous cape ? Pourquoi trouve t-on du neo-mercazol sur le marché canadien à des prix honteux, vendu comme de la confiserie… ? … et tant d’autres humaines lâchetés. Alors, Qui peut entendre dans le feutre des salons des commissions et pinces-fesses de l’état, le SOS des malades qui sont eux résignés, parce que d’envisager un combat les exposent à se déstabiliser et donc à mettre en danger leur santé. La honte couvre une fois encore les autorités de santé. Peut-on interpeller directement le ministre de la santé ?

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    1. Je pense que la société et encore moins les politiques, n’ont jamais eu de considération pour l’humain en tant qu’individu. La différence avec autrefois, c’est que les individus peuvent maintenant être informés de ce qui se passent, et manifester leurs réactions.

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