J’ai été, reste et resterai un médecin mal-adroit mais bien-traitant…

Je n’écrirai jamais ceci: « Pourquoi certains/tant de/trop de médecins sont-ils désagréables, brutaux, intrusifs, méprisants, sourds ???  (http://www.martinwinckler.com/spip.php?article1050 ) Cette phrase est une citation du blog de l’un de mes confrères, médecin généraliste écrivain très lu, très connu… bien plus que moi, pauvre spécialiste de quartier au petit blog peu (mais bien) fréquenté…

Un tel texte, qu’il soit dans ou hors de son contexte,  me désole. Tous les poncifs qu’il  rassemble, toutes les hâtives déductions qu’il induit, me rendent triste pour ma profession, moi  qui la trouve toujours si belle après plus de 30 ans d’exercice.

 

Pourquoi certains médecins (il y en a d’autres, moins connus mais tout aussi actifs sur la toile), ont-ils ce besoin de se  consacrer à la critique de leurs confrères.

 

Imaginez la même phrase sortie par un prof :  Pourquoi certains/tant de/trop de profs sont-ils désagréables, brutaux, intrusifs, méprisants, sourds.

Par n’importe quel fonctionnaire : Pourquoi certains/tant de/trop de fonctionnaires  sont-ils désagréables, brutaux, intrusifs, méprisants, sourds.

Par un patient ? Pourquoi certains/tant de/trop de patients  sont-ils désagréables, brutaux, intrusifs, méprisants, sourds.

 

Cette phrase est finalement bateau. Tout le monde peut penser cela. Et ce sera parfois vrai. Mais applicable dans certaines situations, et pas dans tous les cas,  et ce ne sera jamais généralisable à trop de médecins, ni à trop de prof, ni trop de fonctionnaires, ni trop de patients… . A mon avis, il y a un fossé entre penser pour soi de tels poncifs, et les écrire pour du public en les généralisant. 


Par ailleurs, si les syndicats  lisaient un tel texte écrit par un prof ou un fonctionnaire, ce serait un tollé, voire une grêve. Alors, que les médecins, ils lisent ça, et ne bronchent (presque) pas. Tout de même, parfois, ils tentent de répondre. Mais ils se font rabrouer, et choisissent souvent, in fine, l’option de la tranquillité :  Ils se taisent. Ils ont un peu raison de se taire, car c’est malsain de se bagarrer avec des gens de la même profession que soi dont le fonds de commerce consiste à critiquer ses propres congénères.  Mais, ils ont surtout beaucoup tort de se taire, parce que cela laisse la porte ouverte aux bavardages de ceux qui sont contre. Et finalement, on entend bien plus la voix de ceux qui sont contre. Cela permet finalement à certains de laisser entendre en filigrane dans des post très lus, que faire un toucher rectal à une grand-mère qui n’a pas son  discernement est une sorte de viol (non c’est un dépistage de tumeur du rectum) , ou que tout examen non librement consenti est une sorte de maltraitance, comme par exemple de faire écouter un cœur atypique au stéthoscope par plusieurs étudiants.  http://martinwinckler.com/spip.php?article1137

 

Une nouvelle fois j’entre en révolte contre cette catégorie de  médecins qui sont CONTRE  certaines/tant/trop de choses, mais qui ne sont POUR rien. C’est facile de critiquer, de s’opposer, de penser que les autres sont mauvais. C’est encore plus difficile de faire des propositions sérieuses, possiblement constructives.

 

L’humanisme est notre métier, cela ne nous rend pour autant pas plus parfaits que les autres humains. Nous sommes parfois bons, parfois mauvais, parfois empathiques, parfois exaspérés, parfois trop brusques, souvent patients mais parfois désagréables, généralement pressés, voire expéditifs ou le paraissant aux yeux de ceux qui attendent de nous une disponibilité que nous n’avons pas toujours. Si nous sommes sourds, c’est parfois une sorte de protection contre les doléances incessantes de nos patients. Nous sommes souvent intrusifs, avec nos questions, avec nos mains, surtout dans ma spécialité.  Nous faisons toujours attention, pour la grande majorité d’entre nous, mais restons des humains normaux, être  médecin ne fait pas de nous des sur-humains parfaits.  Je crois que nombre de médecins sont, ainsi que je le suis moi-même,  souvent mal-adroits,  rarement et sans le réaliser mal-intentionnés , jamais volontairement mal-traitants.(les cas atypiques faisant les choux gras de la presse sont à laisser loin de tout cela)

 

Alors, ma question est la suivante : pourquoi certains médecins ressentent t’ils ce besoin de critiquer ouvertement les autres membres de leur profession ? et surtout de généraliser leurs critiques ? Se sentent t’ils supérieurs et irréprochables ? (ce serait irraisonnable pour un médecin de se penser irréprochable, pourtant) . Se sentent t’ils au contraire si fragiles, si exposés, qu’ils ressentent la nécessité d’exprimer une sorte de pensée supérieure au sujet des défauts des autres ?  Pensent t’ils qu’en critiquant leurs confrères, ils participeront à les rendre meilleurs, du fait de la réflexion qu’induit leurs critiques ? Je ne comprends pas bien leurs raisons de critiquer le corps médical en général. En revanche, je déplore cette manière de faire. Cela  participe à la lente rapide dégradation de l’image du médecin dans la société… Quel regret que cette si belle profession consacrée à autrui, à son bien-être, à sa santé et sa guérison, soit ainsi tant remise en cause, fragilisée, délabrée non seulement par les attaques venant de l’extérieur mais encore plus par celle de ses propres membres..

 

 

 

 

PS: Une nouvelle fois, j’espère. J’espère que ce post critique et certainement inacceptable pour certains ne virera pas à la remise en cause de celle qui l’écrit.

19 réflexions sur “J’ai été, reste et resterai un médecin mal-adroit mais bien-traitant…

  1. j’ai lu cette strophe de poème hier dans un livre :   «Loin, au-delà des idées de mal-faire et de bien-faire, il y a un champ. Je t’y attend» ^^Djalal Al-Din Rumi

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  2. MW a succombé au coté obscur : comme bcpo d humains ,il se sent au desuus de la mêlée…. pourtant j aime bien ,je file aux patients des liens vers sa page a propos du gardasil par exemple …

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  3. Je suis personnellement content qu’il y ait un médecin qui soit, dans ses écrits, du coté du patient. Car selon moi, à l’époque des premiers écrits de Wincler, la relation médecin patient était plutôt centré sur le médecin. Petite pensée à ce jeune enfant Ilyès et le fameux syndrome méditerranéen que le personnel soignant à affublé à la famille.

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    1. J’avais bien évoqué cet accident gravissime d’il y a quelques années, mais je ne vois pas bien le rapport avec mon post, en fait. Je vous remercie de lire à travers les lignes de mon texte de la bienveillance pour les patients. Selon moi, il est important d’être aussi bienveillant envers les médecins, et encore plus important qu’ils soient bienveillants entre eux

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  4. Même si je pense, en effet, que Martin Winckler a modifié à son échelle la relation patient-praticien,il est à présent enfermé dans un rôle dont il aura du mal à sortir.  Je m’ explique: auteur à succès, il est invité sur tous les médias pour parler de la profession de médecin, du droit des patients et de la relation de soins. Mais l’ effet pervers c’est qu’il est devenu le porte-parole des patients et non des médecins (voir son livre sur les droits des patients).  De ce fait, il parle maintenant de ce que doit être la médecine (de façon peut être un peu trop idéalisée) et se permet des articles tels que celui dont nous parlons.  Mais on ne peut lui enlever le mérite de trouver des titres accrocheurs et de bien maîtriser son marketing. La preuve: nous parlons de lui…

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    1. Il me semble que MW  a choisi un créneau « facile »: les bons malades et les mauvais docteurs. Sachant que les médecins ne se défendent pas devant ce genre d’attaques, la voie est ouverte à toutes les critiques envers le corps médical. Dans une époque ou la critique est à la mode, forcément que des gens le suivent. Et si j’avais beaucoup aimé ses livres à l’époque, franchement entre temps il a pris la grosse tête, et j’ai quitté, comme d’autres que je connais, une célèbre chaine de radio sur laquelle il intervenait, car c’était inentendable.  Il fait maintenant partie d’une sorte d’école de gourous critiqueurs. Il y en a plusieurs, ils sont charismatiques, hélas bien forts en marketing, sur les réseaux sociaux notamment. Mais ces gens la ne sont que des forces de destruction, et ne font pas de propositions.

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  5. Chère tribu medicale, vous laissez entendre que les patients ne devraient pas avoir de porte parole, surtout si ces portes paroles sont médecins … Etrange, selon moi. Quand au fait que le corps médicale est un corps fragile victime de patient critiqueur … bons nombres d’histoire présentant la cohésion du corps médicale contre des patients donnent tord à cette affirmation … mais il ne vaut mieux pas le voir.   J’entend déjà le déni sous forme de  » je ne vois pas de quoi vous voulez parler » ou  » je ne vois pas le rapport »

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  6. Bonjour, je suis une patiente – qui est de moins en moins patiente. Et je trouve SAIN qu’un médecin ose mettre les pieds dans le plat et dire tout haut ce que nombre de patients ont constaté et n’osent pas dire tout haut. C’est difficile pour un patient de remettre en cause la parole, les actes, d’un médecin. C’est difficile de dire qu’un soignant censé soigner et prendre soin s’est comporté de façon inappropriée, violente, et a pratiqué des actes dans des conditions qui mériteraient une sévère sanction (je ne suis pas procèdurière pour un rond, mais certaines fois, je regrette de ne pas l’avoir été). et pire ; j’aimerais qu’il y aie bcp plus de Martin Winckler ! peut être que ça remettrait en cause l’impunité dans laquelle certains soignants pratiquent, malheureusement. cordialement

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  7. Je vous dis BRAVO, pour avoir dit ce que probablement beaucoup d eprofessionnels pensent. Cependant le silence pesant des instances professionnelles, ordinales ou syndicales, vis à vis de ces détracteurs systématiques d el’Art médical ne favorise-t-il pas ce silence? après tout si les autorités éluent ne disent rien, c’est qu’il n’y a rien à dire… Dommage en effet de voir que ce sont les professionnels médicaux eux-mêmes qui sont les prmeiers à dégrader l’image d ela profession. Poursuivez votr eroute et continuez surtout à lever bien haut la lumière de la pensée positive.   J Raynal – médecin généralise en Polynésie française

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  8. Personnellement j’ai cessé de commenter les paramètres comme le poids, la tension ou les résultats d’hémoglobine glyquée,.. afin de ne jamais paraitre désagrable et discourtois. Mon interrogatoire est succint et limité à « que puis je faire pour vous aujourd’hui ? ». Je ne prend la tension que si le patient m’y invite (l’exige), le laisse lui même se diriger vers la balance qu’il fréquente le plus souvent de manière spontanée et n’examine sa gorge ou son oreille que sur ses ordres (d’aucun diraient « demande impérieuse »).  Je reste discret, taiseu et inscrit au plus vite la longue liste qui m’est dictée par l’impatient qui le plus souvent aura pris un ou deux coup de fil durant notre rencontre. Je conclus par un « ce sera tout ? », inspiré de mon boucher avant de lancer une impression dont souvent on me repproche la lenteur. Je passe à la hate la carte qu’il a mis en évidence sur mon bureau et l’ordonnance signée le raccompagne poliement à la porte prêt à accueillir son suivant. La médecine moderne pour des patients modernes. Très informés par Dr Google, pressés par le temps et n’éprouvant du respect que pour eux même ou leur progéniture braillarde dont la seule présence me fait battre des records de vitesse d’éxécution du cycle « bonjour/au revoir ». La suite sera « online » ou ne sera pas. En ce qui me concerne je suis prêt, à moins que les Roumains me piquent le job.

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    1. Oups, quel découragement de vous lire. J’espère que c’est de l’humour rédactionnel grinçant, auquel cas je souris. Sinon, donnez moi votre adresse que je vienne vite vous chercher pour aller voir le grand spécialiste du burn-out, vous semblez à bout de souffle.

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  9. bonjour, Pour répondre à M.L. qui me demandait si j’avais été mal traitée et bien soignée ou mal traitée et mal soignée : j’ai été mal traitée, mal soignée et mise en danger. Et malheureusement, c’est encore très fréquent dans certains domaines médicaux.

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  10. d’accord avec vous nous médecins « de base » mais à mon avis indispensables avons aussi nos bons et mauvais jours mais c’est nous qui faisons le travail indispensable d’examen de decision d’orientation …pour etre finalement « méprisés » par nos confreres hospitaliers » (sauf exception et dans mon coin il y a a de bons médecins hospitaliers tres à l’écoute il y a de bons échanges tres constructifs mais c’est rare ) c’est ce qu’il faut rechercher l’échange et non l’hospitalocentrisme vers lequel on nous fait malheureusement pencher dans la page de wrinckkler que j’apprécie beaucoup j’ai malheureusement noté que lui aussi penche pour un controle des « universitaires » sur notre métier de généraliste ou médecins spé de ville qui me semble vraiment regrettable comment garder notre véritable fonction de médecins « de famille » qui est en voie de disparition?

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