Polémique 2012 autour du dépistage du cancer de la prostate

Point de vue d’un gastroentérologue qui essaie de faire la part des choses

 

La Haute Autorité de Santé, entérine le fait  que le dépistage organisé du cancer prostatique de toute la population masculine de 50 à 75 ans par un dosage de PSA , c’est non ! Il n’en va donc pas pour la prostate  comme pour le dépistage du cancer colique, et de celui du cancer du sein.

L’association Française des Urologues (AFU) rétorque que la HAS exagère. Selon elle, le dosage du PSA a un intérêt pour dépister des cancers précoces à un stade curable, quand ils n’ont pas dépassé la limite de la glande.

Eh bien, non rétorque la HAS, car de nombreux patients sont ainsi soumis à des investigations répétées par biopsies, puis traités trop précocement et pâtissent de traitements dont ils n’auraient peut-être même pas eu besoin si une simple surveillance avait été instaurée, ou bien si on n’avait rien dépisté du tout.

Mais dit l’AFU, quand on dépiste 1055 hommes et que l’on en traite 37, on évite 1 décès par cancer de la prostate.  Eh bien alors, répondent en cœur les partisans de l’abstention, soutenus par ceux de la revue Prescrire et du collectif « Touche pas à ma prostate ».. en terme de santé publique, c’est pas le top niveau de la rentabilité diagnostique !

Les uns disent que dépister le cancer de la prostate n’en fait pas baisser la mortalité globale. Donc, pas d’intérêt de santé publique, la encore. Les autres allèguent qu’au contraire la mortalité par cancer de la prostate chez l’homme a beaucoup baissé ces dernières décennies.  Mais ne serait-ce pas un effet de l’amélioration des traitements, plus que de l’influence d’un dépistage organisé ?

Et puis, affirme l’AFU, quand on dépiste de petits cancers, la simple surveillance de petits cancers est maintenant un traitement en soi, décidé en réunion de cancérologie.  Oui, mais est-ce généralisé ? Et est-ce tenable ? Combien d’hommes se sachant  atteints d’un cancer supportent longtemps une simple surveillance ? Au contraire, cela ne pousse t’il pas à un traitement trop précoce, avec les conséquences délétères des thérapeutiques, comme l’impuissance ou l’incontinence  post-chirurgicale, ou les séquelles des rayons.

Mea Culpa, entend-on au loin..  c’est le Dr Richard J Ablin, l’inventeur du dosage du PSA, qui se repend et se reprend. Mon test  trop imparfait est un désastre de santé publique, et un gouffre financier. Depuis que je l’ai inventé en 1994, personne n’a réussi a se mettre d’accord sur une valeur seuil qui devrait déclencher des investigations. 2 disent les uns, 4 disent les autres, 10 pour les partisans de la simple surveillance, élévation progressive des taux proposent encore d’autres.  Les médecins prescrivent trop facilement le dosage  de PSA, mais après… que faire ?

D’un côté un groupe de travail HAS, comportant d’éminents épidémiologistes et statisticiens, mais aucun urologue. De l’autre côté un communiqué de l’AFU rédigé par les urologues de l’association. La rigueur scientifique de l’analyse des papiers, la motivation médicale au contact des patients.   Derrière tout ça, des intérêts. Celui de la collectivité qui considère le dépistage comme non rentable en terme de santé publique, celui de l’urologue qui n’imagine pas se retrouver sans dépister et donc sans surveiller, sans biopsier, sans opérer, les  petits cancers de ses patients.

Pour épiloguer, 2 conclusions parallèles dont on ne voit pas bien ou et comment elles vont se rejoindre:

– Pour la HAS : Pas d’opportunité de la mise en place d’un dépistage systématique du cancer de la prostate par le dosage du PSA

– Pour L’AFU, en guise de réponse pirouette, la pratique du dépistage individuel par le PSA ne doit pas être remise en question .

Ou l’on voit que la HAS a porté le coup de grâce au dépistage systématique et que l’AFU se bat  sur la notion de dépistage individuel.

Encore des débats en perspective sur un sujet qui reste donc polémique.

2 réflexions sur “Polémique 2012 autour du dépistage du cancer de la prostate

  1. Cher confrère   Je m’appelle Hélène MAGINOT, et je mène actuellement une enquête dans le cadre de ma thèse en médecine générale, qui porte sur les médecins généralistes bloggeurs et leurs lecteurs. Il s’agit pour 30 médecins généralistes bloggeurs sélectionnés de répondre à un questionnaire en ligne (http://tinyurl.com/cnomweb1  ), et de mettre sur leur blog un lien destiné à leurs lecteurs, avec un questionnaire à remplir (http://tinyurl.com/cnomweb2). J’aimerais recueillir votre avis sur les dernières recommandations du Conseil national de l’ordre des médecins (CNOM) de décembre 2011, concernant la déontologie médicale sur le web. Ce sujet occupe une place de plus en plus importante dans la pratique du médecin généraliste. Ce travail est dirigé par le Dr Lévêque, Professeur associé de Médecine Générale à la faculté de médecine de Strasbourg, et président du Département de Médecine Générale. Les résultats de cette enquête seront d’autant plus précis que vous serez nombreux à répondre. Répondre au questionnaire vous prendra environ vingt minutes. Vous contribuerez ainsi à une meilleure connaissance des problématiques soulevées par la déontologie médicale sur le web, et à l’étude des propositions apportées par le Conseil national de l’ordre des médecins. Un cahier des charges sera élaboré à destination des médecins généralistes intéressés par la création et la tenue d’un blog. Conformément aux recommandations du CNOM, les blogs pourraient devenir une composante importante et un outil intéressant en médecine générale, pour les patients et les médecins. Le questionnaire est anonyme, et ne sera utilisé que pour alimenter ce travail de thèse.   Je vous remercie d’avance de votre participation. Cordialement Hélène Maginot PS: Les résultats de l’étude pourront vous être communiqués si vous le souhaitez. La thèse sera mise en ligne après sa soutenance.

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    1. Chère collègue, J’ai pris connaissance de votre demande sur mon blog Le hic c’est que je ne suis pas généraliste, mais gastroentérologue Je ne pense donc pas pouvoir faire partie de votre échantillon. Cordialement.

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