Convention médicale… en 2022

Nous sommes en 2022. Les dernières négociations conventionnelles viennent de prendre fin.  Elles ont lieu désormais entre les mutuelles, les politico-économes et un syndicat unique. En effet, les médecins ont été priés de se faire représenter par une instance unique. Les syndicats dans le temps demandaient bien trop d’honoraires, bien trop d’avantages divers, qui pour les généralistes, qui pour les spécialistes. On y a mis bonne fin depuis 2019.

2022, enfin, le rêve d’une ministre mal-aimée des praticiens dans les années 2012-2016 s’est enfin réalisé.  La dernière convention médicale a réalisé ce qu’elle a mis en branle moins de 10 ans auparavant: les médecins sont désormais véritablement sous contrôle.

A partir des années 2015, la spirale de dispositifs de contrôle de la santé étant enfin au point a tourné de plus en plus vite. Les gouvernants successifs ont tous promis des retours en arrière…  tant qu’ils n’étaient pas aux commandes du pouvoir. Une fois en poste, non seulement ils réalisaient que le système était ficelé par les lois de leurs prédécesseurs, mais surtout, ils s’accommodaient de laisser champ libre aux assurances privées, tant elles avaient la main mise sur le système de santé et des tentacules dans tous les secteurs du soin. Cela permettait de cacher que la sécurité sociale était de plus en plus moribonde, et de continuer à clamer que la médecine était sociale, et privilégiait les patients vulnérables.

Du point de vue de l’installation des médecins, plus de tergiversations. Le médecin s’installe ou on lui dit d’aller, et n’a aucun droit à discuter. Les déserts médicaux sont donc pleins de médecins… qui n’ont pas beaucoup de travail. Personne n’y ayant vraiment réfléchi, ce slogan étant si porteur électoralement, il n’était pas apparus que les déserts n’étaient pas que médicaux. Il y a donc bien des médecins dans les déserts. Mais il n’y a QUE des médecins. Sans école, sans poste, sans transport en commun, cela fait longtemps que les patients étaient partis à GrandeVille.

A GrandeVille, c’est l’affolement permanent. Les médecins étant en majorité dans les déserts, et les patients en majorité dans les villes, les délais d’attente en Ville sont devenus gigantesques, et les quelques médecins encore en poste en Ville sont critiqués en permanence pour leur manque de disponibilité. Moins de médecins / plus de malades, la solution de facilité perdure : c’est la faute des médecins. 

Du point de vue tarifaire, les honoraires sont non seulement encadrés doublement, par la sécurité sociale et les mutuelles, mais en plus un volant de régulation a été instauré.  C’est un volant régulateur double. Régulation via des sanctions, bien sur, gérées par les payeurs que sont désormais les mutuelles.  A titre individuel, quand le médecin  dépasse un certain montant d’honoraires, le prix de sa consultation est abaissé. Un autre niveau d’encadrement,  collectif,  ajoute une strate à ce contrôle individuel. Dès lors que les dépenses de santé dépassent les objectifs du gouvernement, les honoraires de tous les médecins sont abaissés pour 3 mois,  les délais de paiement allongés, certains règlements étant reportés sans sommation à l’année suivante.  Et bien sur, tous les forfaits complétant les tarifs de consultation sont gelés jusqu’à  nouvel ordre.

La CPAM que l’on appelait dans le temps Sécurité Sociale, existe encore mais son essence même s’est un peu plus chaque jour diluée dans la dominance instaurée par les mutuelles.  En fait, on a laissé à la CPAM ce à quoi elle a toujours excellé : casser les pieds des médecins. Elle gère le suivi des normes, des obligations, des référentiels, des prescriptions. Un dirigeant imaginatif a eu l’idée en 2019 de changer l’intitulé de ses initiales, afin de les accorder à la vraie fonction de la sécu moribonde.  Désormais CPAM signifie « Comité pour l’amélioration de la médecine ».  Les médecins, du moins ceux qui avaient encore la force de penser et de résister, se sont empressés de la  rebaptiser « Comité pour l’aggravation des malfaçons, ou encore Comité pour l’aggravation de la merde »

Bien sûr, les médecins n’ont plus aucun droit à toucher de l’argent directement. En fait, un jour, une idée lumineuse a germé dans un cerveau de politico-ARSo-HASo-qualiticien. Depuis le temps que l’on tendait à considérer l’argent gagné par les médecins comme de l’argent sale… il ne restait plus qu’à prouver scientifiquement que l’argent était réellement sale.  On l’avait déjà remarqué pour les boulangers, notons qu’en 2015 certains boulangers ne touchaient plus l’argent directement avec leurs mains, une machine s’en chargeait. Dans le milieu médical, un qualiticien zélé avait alors réalisé l’étude que nombre d’afficionados du tiers-payant attendaient. Aidé des membres de plusieurs comités de lutte contre les infections nosocomiales, tous non médicaux pour être vraiment objectifs, ils purent démontrer que les billets étaient infestés de bactéries, et les pièces plus encore.  Sans parler de la carte bleue, ce rectangle en plastique utilisé à tout moment était un repère de germes.  L’occasion était enfin là pour légiférer une interdiction absolue et définitive pour tout médecin de toucher l’argent, au motif du risque infectieux pour ses malades.

Restait à encadrer vraiment la pratique médicale. Les utilisateurs du système de santé s’étant constamment plaint du manque d’écoute de leurs praticiens, une durée minimale de consultation avait été déterminée. Elle était automatiquement augmentée de 10 minutes pour chaque pathologie du patient. En cas de non- respect de cette durée par le praticien, le patient pouvait dès sa sortie du cabinet médical porter ses observations et réclamations sur la borne obligatoirement  située dans la salle d’attente de son médecin.  Le comité pour l’amélioration de la médecine en était aussitôt informé, il informait à son tour les mutuelles qui appliquaient alors les sanctions financières prévues.

Afin de gagner du temps, les médecins furent incités, puis obligés de se faire aider d’un staff paramédical. Une secrétaire dont la tutelle subventionne moins du quart, est désormais indispensable, la consultation ne pouvant être interrompue par un appel téléphonique, c’est interdit parce que ça casse l’écoute obligatoirement due au consultant. Une infirmière coordinatrice peut effectuer la première partie de la consultation médicale. Dans ce seul cas, le médecin décompte dans le temps passé et rémunéré, la moitié de celui de l’infirmière. Elle prend les constantes, interroge mais n’examine pas.  C’est évidemment le médecin qui rémunère tous ces gens. Des discussions politico-médiatiques ont souvent eu lieu pour obtenir des subventions, mais jamais aucune solution n’a été trouvée.

Plus question de laisser des diagnostics à la charge d’un seul individu médecin, ces décideurs aléatoires au jugement subjectif malgré toutes leurs études. Toute  consultation se déroule donc forcément avec l’aide d’une solution de e-diagnostic. Les symptômes sont entrés au fur et à mesure dans un logiciel. Celui-ci retourne au praticien plusieurs hypothèses diagnostiques, elles doivent systématiquement être présentées au consultant. Toutes les hypothèses sont à discuter une à une avec le patient. En cas de désaccord médecin patient sur le diagnostic retenu, une réunion avec les confrères sera obligatoire dans un délai inférieur à 24 heures. Les heures de travail des médecins étant comme toujours illimitées, et le service rendu toujours considéré comme urgent, le praticien sera invité à présenter son dossier par visio-conférence à la réunion en réseau quotidienne du soir de son groupe de pairs, entre 20h et  23 heures. 

Plus question de laisser des prescriptions de médicaments à la charge des médecins, qui faisaient, c’est notoire, n’importe quoi avec les médicaments. Toute prescription doit être entrée dans un logiciel prescriptif, validé par les hautes autorités compétentes.  Les traitements de chaque maladie sont codifiés. Sanctions financières à celui qui veut sortir des rails de la prescription autorisée. Sanction financière à ceux qui auront prescrit plus de 5 médicaments au même patient. Tous les effets indésirables doivent être relevés, et systématiquement présentés au patient, qui acceptera en toute transparence de prendre alors son traitement. Si le malade refuse un traitement au motif des effets indésirables, le médecin sera rendu responsable de la non prise du traitement, considérant qu’il a mal informé, mal expliqué, et pas passé assez de temps à convaincre son patient.  Comme pour la consultation, si le traitement habituel est inchangé, le médecin peut en déléguer la rédaction à l’infirmière, mais il reste le responsable.

La question des arrêts de travail n’est plus un problème pour les médecins. S’ils pensent qu’un patient nécessite un arrêt de travail pour maladie, ils rédigent un certificat, puis se connectent sur le site dédié des médecins de la CPAM. Ce nouveau département est composé prioritairement de médecins n’ayant jamais exercé de fonction clinique, afin de ne pas être influencés par le contexte des patients.  La CAM, « commission d’autorisation de la maladie » décide de l’indication et de la durée de tous les arrêts de travail, et rend sa réponse en 48 à 72 heures. Pour ce faire, les médecins de la CAM se connectent sur la solution de e-diagnostic du cabinet du médecin, et vérifient le diagnostic retenu à l’issue de la consultation. Il ne leur reste plus qu’à consulter les tables de temps d’arrêt de travail correspondant et ils retournent le document complété d’arrêt. Ni le médecin ni le patient n’ont à discuter, car c’est protocolisé à 100%, entièrement codifié, basé sur des référentiels, et les référentiels élaborés par des non-médecins sont quand même devenus, dans ce futur si proche, l’essence même de la médecine

Tout va bien en santé ? Figurez-vous qu’il reste tout de même une constatation très étonnante : malgré le calibrage de la médecine, des prescriptions, des diagnostics, malgré la normatisation du corps médical, et l’implication des patients dans leur diagnostic et leur traitement, les patients restent aussi insatisfaits de leur prise en charge qu’en début de siècle. Ils n’ont toujours pas le sentiment d’être acteurs de leur santé, malgré les promesses récurrentes des tutelles. Nul ne comprend au juste pourquoi les patients continuent à ne pas remplir de louanges les questionnaires de satisfactions remis à chaque étape de leur parcours. Les prétendants de la prochaine alternance  politique parlent donc encore de mettre en place de nouvelles normes et une nouvelle régulation de la santé lors des prochaines discussions conventionnelles. 

4 réflexions sur “Convention médicale… en 2022

  1. Le staff paramédical est devenu incontournable : c’est une réalité et ce n’est pas matière à débats. Cela représente un coût supplémentaire pour les cabinets médicaux. Là encore, c’est indéniable. En même temps, j’ai un peu eu l’impression que vous vous êtes lancé, en écrivant cet article, dans une sorte de dialectique : le staff représente une charge supplémentaire, mais les consultations ne doivent pas être interrompues par les appels téléphoniques. Je voudrais vous demander ce que vous pensez du télésecrétariat médical. Une bonne affaire pour les médecins et une assistance personnalisée pour les patients peut-être…?

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  2. Grâce à ces emprunts pour faire tourner la pompe à électeur sous prétexte d’assurer la Santé égalitaire , encore et aussi mise sous tutelle du même électeur en le faisant payer toujours plus ceux qui décident à sa place !

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