Pour diminuer les effets indésirables du Levothyrox: juste changer la manière de le prendre ?

L’ancienne formule du Levothyrox, (maintenant idéalisée à l’aune des déboires liés à la nouvelle formule), était déjà mal tolérée par nombre de patients, ne l’oublions pas, notamment plusieurs ne réussissaient pas à stabiliser leur état biologique, du fait de l’instabilité de la molécule.

Le nouveau Levothyrox promettait une molécule plus stable, donc une meilleure équilibration thyroïdienne.

Mais, contrairement aux effets positifs attendus, de très nombreux effets indésirables se sont manifestés. Les effets les plus fréquemment rapportés sont la fatigue, les maux de tête, l’insomnie, les vertiges, les douleurs articulaires et musculaires et la chute de cheveux . Plus de 14000 signalement à l’heure actuelle.

Pourtant on assure avec force aux gens concernés par ces effets indésirables que tout va bien car leur TSH, reflet de l’équilibre thérapeutique, reste dans les valeurs normales.  En effet, il semble que dans la majorité des cas (44%), les effets indésirables graves reportés ne sont pas dus à un déséquilibre thyroïdien.

Cela questionne… Pourquoi ces effets indésirables que l’on ne peut rattacher à un déséquilibre thyroïdien : c’est d’ailleurs noté dans le rapport de pharmacovigilance de l’ANSM d’octobre 2017 : « la fréquence inattendue de signalements et de certains cas de patients qui présentent à la fois des signes d’hypo ou d’hyperthyroïdie avec des dosages de TSH dans les normes attendues ».

Prenant moi-même du Levothyrox depuis plus de 15 ans, je n’ai pas ressenti lors du changement tous les effets indésirables décrits, mais, j’ai néanmoins vu apparaître d’incontestables et gênantes palpitations à la prise de la nouvelle formule.  Bien entendu, dosage de TSH restant dans les normes.

Outre les palpitations, ce nouveau Levothyrox m’a donné une sensation bizarre  : celle d’une inondation continue d’hormones thyroïdiennes. Sensation différente en tous cas de ce que je ressentais avec la molécule précédente.

Cette sensation bizarre d’inondation hormonale continue m’a conduit à me poser la question suivante : l’ancien Levo était, on le sait maintenant, instable. Il n’apportait pas toujours le même taux d’hormones au cours de la journée, et d’un jour à l’autre.  Cette instabilité de l’ancienne formule ne se rapprochait-elle pas finalement de la physiologie ou le taux hormonal est variable dans la journée ? A l’inverse, la nouvelle formule, bien plus stable, générerait un taux sanguin quasi constant, et largement éloigné de la physiologie thyroïdienne, d’où la mauvaise tolérance chez certains. 

La vraie physiologie thyroïdienne, chez ceux qui n’ont pas de problème thyroïdien, montre une variation journalière importante des taux de TSH. La TSH présente un pic nocturne vers 2 heures du matin, et sa valeur minimale est l’après-midi. Mais elle varie aussi énormément sur une période de 24 heures, approximativement du simple au double. Cependant, comme ces changements se situent dans les normes de référence normales de la TSH pour l’ensemble de la population (~ 0,3 à 4,0 mUI/L), ils ne compromettent pas l’utilité d’un résultat isolé, individuel de TSH pour diagnostiquer un dysfonctionnement thyroïdien.

En relation avec les variations de TSH, la glande thyroïde sécrète le maximum de thyroxine le matin vers 9 h (préparant le cerveau au stress de la journée). Et c’est la raison pour laquelle il est recommandé de prendre le Levothyrox le matin.

Une chose est curieuse. Alors que le rythme circadien de la TSH est connu, L’existence d’un rythme circadien de sécrétion des hormones thyroïdiennes est plus controversé, et celui-ci est généralement considéré comme mineur. Cependant le dosage sanguin de T4 ne reflète pas forcément bien le taux circulant total.

Il est intéressant de noter que la TSH est perturbée chez les dépressifs. Chez les patients déprimés, le rythme circadien de la TSH est fréquemment perturbé, sous forme d’une absence de pic nocturne et/ou d’une diminution de la moyenne et de l’amplitude sécrétoire dans les 24 heures. [http://psychologie-m-fouchey.psyblogs.net/public/fichiers%20joints/psychiatrie/Endocrinologie_Et_Psychiatrie__37-640-A-10_.pdf] 

Munie de ces informations, je me suis donc posée la question suivante : le nouveau Levothyrox ne perturberait-il pas le rythme circadien de la TSH, générant ainsi des effets indésirables inattendus dont certains relèvent même de la sphère dépressive. Cela serait tout simplement induit par le fait que la stabilité du nouveau produit empêche les variations circadiennes du taux de TSH

Comment améliorer cela ?

Comme j’aime bien commencer par tester des solutions simples aux problèmes complexes, mon idée a été de répartir la dose journalière de Levothyrox en 2.

matin soir

Je le prenais comme tout le monde le matin. La vraie indication, c’est le matin à jeun, au moins 30 minutes avant de manger et à 2 heures de la prise d’autres médicaments

En pratique, c’est difficilement conciliable avec la vie de tous les jours (qui a le temps d’attendre ½ h entre son lever et le petit déjeuner ?), et avec les polypathologies (qui ne prend que du Levothyrox ?). Personnellement, je le prenais juste en début de petit déj.

Pourquoi ne pas en prendre une partie le soir ? en effet, plusieurs études pharmacologiques concernant le moment de la prise de Levothyrox concluent que la prise du médicament le soir ne change pas fondamentalement la concentration de TSH. [http://dune.univ-angers.fr/fichiers/20050941/2013PPHA520/fichier/520F.pdf]

L’idée étant de ne pas être en dosage permanent et identique, le propos n’était donc pas de changer la prise du matin contre celle du soir. C’était de répartir la dose dans les 24 heures.

Du coup, j’ai pris le matin, environ ¾ de ma dose journalière, et le soir ¼

Croyez-le ou pas, je me suis sentie instantanément mieux !! disparition immédiate des palpitations.

J’en fais une conclusion, non scientifique, tirée d’une expérience personnelle sur un cas, et étayée par l’analyse des articles sur le rythme circadien de la TSH et les effets cérébraux des perturbations du rythme de la TSH.  

Je pense que le Levothyrox ancienne formule, moins stable, et pris le matin, reproduisait probablement une partie de ce rythme circadien car son efficacité diminuait dans la journée ou d’un jour à l’autre. A l’inverse, la nouvelle formule, plus stable, et d’ailleurs choisie pour cette raison, constitue un apport hormonal constant, donnant au patient l’impression d’une sorte de permanence hormonale, d’absence de régulation hormonale. 

Donc, pour se rapprocher de la physiologie humaine normale, il vaut peut-être mieux des variations de taux hormonal sur les 24 heures. Cela se rapprocherait plus de la vraie vie. Pour obtenir cela, répartir la prise de Levothyrox sur le matin et le soir. Pour la répartition, j’ai essayé ¾- ¼ mais il faut surement faire différents essais individuels et voir s’il y a une amélioration des effets indésirables et si l’on se sent mieux.

Si l’on se sent immédiatement mieux avec ce système, cela ira dans le sens de mon hypothèse, celle du modèle physiologique se rapprochant de la vraie vie ou le taux hormonal est variable sur les 24 heures…

A suivre avec vos réactions si vous testez ! 

 

NB: en commentaire, je reçois plein de questions pratiques. Je comprends votre désarroi, mais je ne peux pas vous répondre, ce site n’est pas un site de consultation, je ne suis pas endocrino, et je n’ai pas les réponses plus que vous. 

18 réflexions sur “Pour diminuer les effets indésirables du Levothyrox: juste changer la manière de le prendre ?

  1. Bonjour Madame,
    je vous remercie pour votre article très pertinent et interessant Je suis tres surprise que les « inventeurs » de la nouvelle formule de Levothyrox ne se soient pas attachés à nous donner une explication du phénomène … cela me laisse perplexe de constater que le mécanisme thyroïdien soit aussi mal connu par les pharmacologues … Pour ma part, très très fatiguée depuis avril (consultations diverses, analyses multiples, et finalement ordonnance de mon médecin pour une consultation chez un psy…) j’ai souhaité (après contact avec le service de pharmacovigilance de Nantes ) faire le test de l’ancienne formule que je me suis procurée en Belgique. Debut septembre, j’ai donc repris mon 125 belge… 12 jours après : j’en envie de parler de « résurrection » ! j’ai repris mon activité… retrouvé une vie « normale »…
    Cordialement

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  2. Bonsoir, je fais partie des rares personnes qui se sentent beaucoup mieux avec la nouvelle formule, mais je trouve intéressant l’idée de le prendre en 2 fois, à condition de ne pas l’oublier le soir … il faut prendre un nouveau rythme ! Je soumettrai l’idée à mon médecin à la prochaine visite.

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  3. je précise mon cas:81 ans et hypo fruste découverte en 2014 (TSH à 9.94) levo de 25 à 50 puis moitie 50 et 75. et là problèmes en aout avec le nouveau levo et obtention des gouttes à 10; je me sentais surdosée avec palpitations et tremblements. Des expériences m’ont conduite à faire 2 prises 5 et 3 le soir et je revis; attention au sudosage des gouttes par rapport aux comprimés. Votre avis? dois je rester à 8 gouttes ou baisser encore? subsistent des insomnies

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  4. bonjour,
    Je prends L-thyroxin henning 100 dans ce cas puis-je prendre 50 le matin et 50 le soir ou 3/4 et 1/4 mais est ce que ça doit être pris quand même 30 mn avant de manger ?, merci

    cdt

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  5. Bonjour,
    J’ai moi aussi des problèmes avec la nouvelle formule qui m’ont occasionné 2 semaines d’arrêt de travail avec entre autres, des vertiges et pertes d’équilibre à tomber.
    Je me suis procurée l’ancienne formule et j’ai, comme vous, intuitivement scindé mon traitement en 2 : 1 comprimé de 125 le matin et 1 comprimé de 25 le soir.
    Grâce à ce mode de prise du médicament, j’ai constaté, moi aussi, un bien être quasi immédiat . Mon expérience me laisse donc penser , comme vous, que mon métabolisme supporte mieux une prise repartie dans la journée qu’une seule globale le matin.

    Aimé par 1 personne

  6. merci madame pour cette analyse je ne prend plus de Lévothyrox les deux ne me conviennent pas ni celui de Sanofi mais je doit avouer que votre idée de fraction me plait cependant l ancienne formule ne me convenait pas l tyroxin non plus la nouvelle également ,avec elle thyroxin de sanofi crampe abdominale et diharee comme l ancienne formule et pourtant la dose a ete diviser de moitie e car je suis a 100 et une prise de 50 me donne mal au ventre diahree insomnie

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    1. Suite) pour l instant avec l AF je me sent mieux c est l Euthyrox acheté en Italie. Il me reste les douleurs aux mains et l insomnie. Je le reprends depuis 1mois 1/2.

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  7. Bonsoir,
    C’est avec beaucoup d’intérêt que j’ai lu votre analyse. Les explications sont précises et je suis prête à croire que l’essai mérite d’être tenté.
    Cependant j’ai une question : considérant l’instabilité de l’ancienne formule qui se rapprochait certainement de la physiologie où le taux hormonal est variable dans la journée, doit-on penser que la fraction de la dose journalière ne s’adresse qu’aux patients prenant du Lévothyrox, nouvelle formule, plus stable ???…
    Pour ma part, après huit semaines décevantes de L.Thyroxine SERB (solution buvable), je suis passée, il y a deux semaines, à Euthyrox.
    Oui … je sais que cela peut paraître un peu « désordre » … mais les troubles persistants et invalidants conduisent à la recherche du « mieux-être » …
    Ainsi, à votre avis, serait-il utile de répartir la dose de Eutyrox entre le soir et le matin (sachant que je prends ma dose matinale 1h1/2 – 2h avant mon petit-déjeuner) ???…
    Merci par avance pour votre réponse … bien cordialement.

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  8. Moi j ai repris l ancienne formule de euthyrox d Allemagne depuis mis septembre je me sens mieux mais j ai encore des symptômes que j avais avec la nouvelle formule surtout des douleurs articulaires j ai pris 2 mois et demi de la nouvelle formule faut il longtemps pour éliminer ? Les effets secondaires ? Merci de me répondre

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  9. Bonjour,
    Pour ma part la prise de la nouvelle formule a entraîné une chute brutale de ma TSH (en plus des autres symptômes). Est-ce que vous pensez que cette solution soit aussi valable pour moi, tout en sachant que je suis atteinte d’une thyroïdite d’Hashimoto atrophique ?
    Par ailleurs, ayant en même temps déclaré une capsulite rétractile je me retrouve actuellement sous cortisone à haute dose (60 mg/ jour une semaine sur 2) ce qui a des répercussions sur ma Thyroïde et donc sur ma TSH.
    Merci d’avance de votre réponse.

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  10. Bonjour,
    J’ai craqué ! Oui, j’ai fini par craquer ….

    Pourtant, j’avais très bien compris :
    – que le changement d’excipients du Lévothyrox entrainerait une diminution d’absorption ou une augmentation d’absorption du médicament chez certain(e)s patient(e)s.
    – qu’il faudrait donc contrôler les TSH après 6 semaines de traitement
    – qu’il faudrait adapter la posologie pour retrouver le même taux de TSH qu’avec l’ancienne formule

    Mes patient(e)s avaient eu droit à des explications (avec des petits schémas à l’appui) avant le changement d’excipients. Il a donc été facile d’adapter leur posologie pour revenir à l’ancien taux de TSH, avec succès (et donc disparition des symptômes) pour certain(e)s , mais malheureusement sans succès pour d’autres…

    Dans notre métier, l’observation occupe une place importante. Or, quand on constate que des patientes continue à perdre leurs cheveux et qu’elles ont un champ de vision rétréci, malgré une THS « revenue » à l’ancien taux, on ne peut pas nier ces symptômes .
    De plus, quelques patientes décrivaient fort bien un tableau associant des signes d’hyperthyroïdie et des signes d’hypothyroïdie. Franchement, j’étais perplexe et…démuni.

    La solution m’a été donnée par les patientes. Elles sont allées acheter l’Euthyrox (ancienne formule du Lévothyrox) dans un pays frontalier. Les symptômes se sont atténués puis ont disparu, notamment le symptôme vérifiable par un médecin : la chute des cheveux.
    Alors, j’ai craqué ! Pour les patient(e)s dont l’état est resté dégradé, j’ai prescrit de l’Euthyrox, qu’il faut acheter à l’étranger.

    Il y a toujours eu des exceptions en médecine. Dans 2 ou 3 ans, peut-être aurons nous une explication scientifique, pour ces cas qui nous laissent perplexes. En attendant, pour quelques personnes, la moins mauvaise des solutions est de leur redonner « l’ancien Lévothyrox » ou…comme je la découvre aujourd’hui, leur suggérer la posologie fractionnée comme vous exposez très bien dans votre billet !

    Aimé par 1 personne

    1. merci beaucoup !!!!
      mais mon médecin persiste à dire que suis victime de la « médiatisation de cette affaire »!!!alors que les premiers symptômes sont apparus avant que l’on en parle dans les médias

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