De la santé publique à la santé ouverte au public..

Quelle est la définition de « santé publique » ? . Pour les médecins, qui soignent un patient à la fois, c’est faire en sorte que chaque individu soit bien soigné de manière à augmenter le niveau général de santé de la population. Pour le politique, c’est essentiellement et prioritairement à l’heure actuelle de pouvoir assurer à la population une consommation médicale aussi disponible qu’un supermarché ouvert 24/24 et tous les jours de l’année. Clairement, on glisse de la santé publique à la santé ouverte au public...

Et ce qu’on entend et lit fait crainte en ce mois de septembre 2022: Le ministre de la santé énonce clairement: «  j’attends que nos professionnels de santé s’organisent entre eux, se positionnent eux-mêmes »

En clair, on veut absolument, chers confrères, que vous teniez l’engagement pour lequel on vous a formaté durant des siècles : travailler beaucoup, ne pas tenir compte de vos propres ressentis, piétiner votre fatigue, négliger votre vie personnelle, être au service des autres.

On se fout totalement des changements de paradigme. A savoir que les jeunes médecins ne veulent pas travailler sans horaires, jour et nuit et gardes et astreintes, que leur engagement est de faire de la qualité pas de l’abattage. On se fout complètement que l’évolution des modes d’exercice conjuguée à celle de la société ait généré une pénibilité d’exercice à nulle autre pareille. On demande aux médecins d’avoir à la fois des conditions de travail à l’ancienne, accepter tous les patients, et toutes les demandes, y compris les exigences, rester passifs devant les incivilités qui se multiplient, mais aussi de devoir répondre à des obligations innombrables et sans cesse augmentées de qualité, de coordination, d’organisation,

De nombreux médecins pensent avoir des demandes légitimes: notamment une augmentation du tarif des consultations, le prépaiement des consultations en raison des nombreux lapins posés par les patients, Sans vouloir les bousculer, et sans négliger ces demandes légitimes d’une meilleure rémunération et d’une meilleure considération, je pense qu’il faut se rappeler la réalité.

Cette réalité (hélas, désolée), c’est de tenir compte des paroles du jour du ministre de la santé. De réaliser qu’il est en train de parler de coercition, pas de rémunération : dixit François Braun « Il faut que ce soit bien tous les médecins du territoire qui se mobilisent : libéraux, salariés, du public comme du privé, y compris de structures qui ne travailleraient jamais la nuit et le week-end. C’est une question d’équité et d’efficacité »,

Donc, oui, il faudrait absolument que les médecins se mobilisent ! . Mais pas pour dire qu’ils veulent continuer la médecine à la papa payée à l’acte..  pour exiger qu’on les assiste et qu’on les paye correctement si l’on veut qu’ils puissent assurer sur le territoire l’organisation du travail médical attendu par les gouvernants. Peut-on imaginer qu’une profession entière, profession par essence dédiée à l’individu, sache se fédérer ? Il faudrait que l’on se préoccupe du fait que les médecins ont non seulement des engagements envers leurs patients, mais aussi d’innombrables tâches de chef d’entreprise, chargés du personnel, des achats, des RH, de la formation de leurs salariés et d’eux-mêmes. Il faudrait des gens spécifiquement formés et payés pour venir faire de l’organisationnel, correctement, en aide aux médecins et afin de leur libérer du temps de travail. Par exemple, des médecins retraités comme moi, seraient à même de faire de telles actions pour faciliter la vie professionnelle de leurs confrères (NDLR: je suis disponible si besoin et je sais faire ! )

Bref, que l’on ne demande pas aux libéraux d’être asservis comme des esclaves, mais qu’on les assiste dans la grande mutation de la médecine libérale qui ne peut se faire en un jour.

Pas en les contraignant à intégrer des CPTS qui leur prennent du temps sans leur assurer de quoi payer ce temps à une personne qui peut les assister dans l’organisation.

Pas en leur donnant des forfaits sur lesquels ils n’ont aucune visibilité, que ce soit sur la méthode de calcul que sur le montant d’une année à l’autre, ce qui ne leur permet pas d’anticiper d’un revenu supplémentaire pour rémunérer de l’aide, une infirmière, une secrétaire.

Et puis, en réfléchissant à une nouvelle organisation de la prise en charge des patients. Distinguer clairement 2 filières, la prise en charge aigue et la prise en charge chronique. Peut-on demander à un médecin d’interrompre plusieurs fois ses consultations de patients chroniques pour assurer des demandes aigues, dont l’urgence est souvent une urgence administrative ou une urgence ressentie ? C’est une manière insécurisante de travailler pour les médecins, tous tenaillés aussi et maintenant désormais par la crainte de la faute, par l’angoisse de la plainte, voire de la simple lettre au conseil de l’ordre qui va leur demander des explications pour avoir mécontenté leurs patients, ce qui est un surcroit d’anxiété.

Les médecins ne sont pas des surhommes et ne peuvent pas répondre aux innombrables exigences qui leur sont imposées. Tout le monde le sait, et si le ministre de la santé piétine de cette manière les difficultés de sa propre profession, même en contraignant, il n’arrivera surement pas à obtenir ce qu’il en espère.

Il en espère quoi, d’ailleurs, je ne comprends pas bien. Il espère pouvoir améliorer l’accès des patients, sauter à pieds joints sur la pénurie médicale en agissant seulement sur un petit morceau du problème: les médecins ? aucune action en direction des patients? ne serait-ce que de l’éducation à la santé ? de l’explication claire et nette sur la situation qui n’autorise plus toutes les demandes vite satisfaites, mais impose peut-être, pourquoi pas, des rencontres avec des organisations de patients, afin qu’ils puissent informer la population de la réalité de la situation et voir comment elle aussi pourrait s’adapter pour que ce soit plus facile pour tous. La réalité est claire et ne peut être changée, même en tapant du pied comme le fait le ministre. Il n’est pas possible d’avoir un accès rapide et sans limite et partout à un médecin à l’heure actuelle. Empêcher tous les médecins de dormir n’est pas une véritable solution, c’est une fausse bonne idée.

On ne cesse en fait d’apporter des mauvaises solutions aux vrais problèmes. Et très sincèrement, je suis outrée que l’on demande tant à une profession sans lui apporter de l’aide, du support logistique et technique, accessoirement financier, mais surtout et avant tout un soutien moral en cessant de d’accuser les médecins des désordres actuels de la médecine dont ils sont loin d’être les seuls responsables, et dont ils ne sont, de toute évidence, pas la seule solution. .

Un commentaire sur “De la santé publique à la santé ouverte au public..

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  1. Cela me fait penser à un médecin travaillant à la Croix Route. On demandait aux médecins de faire des consultations plus courtes pour que le centre soit rentable. Réponse des médecins : impossible si l’on veut faire du travail correct. Ou alors, salariez une infirmière qui remplira les dossiers, demandera aux patients de faire la liste de leurs médicaments, ATCD, se déshabiller, et de noter la demande. Cela ferait gagner du temps aux médecins. Réponse de la Croix Rouge : Ah non, il faudrait payer une infirmière ! Tout est dit, c’est un beau résumé de ce que tu racontes Marion !

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